Vivre

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Un dimanche matin, nous étions attablées quelques amies pour un brunch. J’aime ces déjeuners dominicaux tardifs, car ils me permettent de voir toutes mes amies en même temps et parce qu’il est bien souvent difficile de voir mes chums qui sont en couple ou qui ont des enfants à l’extérieur de leur cadre familial. On parle de tout, on débriefe sur un paquet d’affaires, que ce soit le p’tit dernier de l’une qui a été accepté dans une bonne école de son quartier ou l’autre qui rénove sa cuisine et qui ne s’entend pas du tout avec son conjoint quant à la couleur des armoires. C’est léger, mais salutaire pour l’âme de nous toutes, j’en suis presque certaine. Et il y a toujours ce moment où je deviens le centre de l’attention.

— Pis toi Sylvie, comment ça se passe avec tes dates?
— Ouf, pas grand nouveau et surtout pas grand-chose. Je pense abandonner encore le projet, ça m’ennuie de plus en plus.

Une amie intervient :

— Mon chum a un ami célibataire vraiment cute. Il est seul depuis un bon moment. Un bon gars. Je ne sais pas s’il cherche vraiment, veux-tu que je m’informe?
— Pfff… pourquoi pas? De toute façon, ce n’est pas comme si j’étais à une rencontre près.

Mon amie me revient quelques jours plus tard, elle en a parlé avec sa douce moitié, qui a parlé à mon peut-être futur amoureux. Ça lui tente. Ben OK. Allons-y tant qu’à y être.

C’est donc sans grande conviction que je le rencontre dans un bar pour un 5 à 7. Mais cette fois-ci, pas de niaisage. Ce sera un vrai 5 à 7, pas question d’étendre cela. À 19h, je dois être partie. J’ai trop perdu de temps à essayer de connaître des causes perdues d’avance. Si je trouve que j’ai trop de temps à donner, je ferai du bénévolat. Voilà!

Nous arrivons en même temps au bar, on se rencontre donc devant la porte. Premier constat, ma chum m’avait dit qu’il était cute… Elle doit être vraiment aveugle, car ce gars-là n’est pas cute IL EST CANON! Grand avec de belles épaules, une barbe de 3-4 jours, bref, je suis en présence d’un véritable dieu grec et je remercie intérieurement ma chum de ce magnifique cadeau. On s’attable au bar, on prend un verre, on jase, on rit, on parle fort. On se raconte toutes nos pires dates. Il n’y a aucun doute, ça clique entre nous, va savoir à quoi ressemblera la suite. 19h arrive, j’ai envie de continuer, mais je me suis fait une promesse. Je quitte donc l’adonis en lui donnant deux baisers sur les joues. J’ai passé un véritable bon moment, ce qui me réconcilie pas mal avec toutes les autres fois qui ont été plus foireuses.

Le lendemain, je ne reçois ni texto, ni courriel, ni message sur Facebook… Non, non. Le gars m’appelle avec le téléphone. Oui! Comme dans le bon vieux temps, il a pris soin de faire mon numéro et d’attendre que je décroche pour entendre ma voix. J’pense que ça faisait 10 ans que je n’avais pas vécu cela. J’étais complètement déstabilisée. Il me dit :

— Je ne sais pas si je suis le seul à penser ça, mais hier c’était comme vraiment le fun. Aimerais-tu que l’on remette ça?
— Bien sûr, avec grand plaisir.
— Super, j’ai des billets pour le spectacle de Milk & Bone cette semaine, ça te dirait de m’accompagner?

Ben quin! En plus, on aime la même musique. C’était presque trop beau pour être vrai!

On se revoit au spectacle. Encore là, rien à redire. Il a été super galant, super drôle. On a dansé et on a chanté (ou plutôt fredonné dans mon cas puisque je venais tout juste de découvrir ce groupe). Ce que j’aime de moi, à cet instant, c’est que pour une fois je suis juste moi-même. Il fait la rencontre de la vraie Sylvie et j’en suis pas mal fière.

Sur le chemin du retour, notre conversation est animée, notre sujet: est-ce qu’il y a trop d’émissions de cuisine? Ce qui met donc la table au monsieur pour m’inviter à une prochaine rencontre à son restaurant préféré. J’accepte avec grand enthousiasme.

Quelques jours plus tard, nous revoilà pour une troisième date. Il arrive en retard, nous nous étions mal entendus sur l’heure du rendez-vous. Il se confond en excuses et pour me remercier de ne pas être partie, il demande du champagne. Quel gentleman tout de même! Encore là, on parle de nous, on rit beaucoup, il a un magnifique sens de l’humour et un homme qui me fait rire, ça me charme profondément. Il commande pour nous des entrées, qu’on mange avec appétit. Honnêtement, il a raison, la cuisine de ce petit restaurant est absolument divine. Je m’excuse et je quitte un instant pour les toilettes. En me refaisant une beauté, une mauvaise pensée me passe par la tête. C’est un propos que j’avais entendu d’un psychologue dans une émission de télé qui parlait des premiers instants lorsqu’on rencontre quelqu’un. En gros, le psychologue disait que lorsque deux personnes apprenaient à se connaître, puisque la relation était fragile, tout pouvait foutre le camp en l’espace de 10 minutes, même si on pensait être sûr de soi. Je me ressaisis donc en envoyant derrière moi cette pensée négative. Non rien n’allait venir saboter ce début de quelque chose. Même pas moi, et encore moins ce psychologue que je n’avais vu qu’une fois dans ma vie, et ce au petit écran.

Je reviens donc à la table, super de bonne humeur encore une fois. On parle des relations en général, et là je lui demande:

— Mais toi, tu cherches quoi comme fille?
— Moi? Euh… Rien… Je ne veux personne dans ma vie.

Premier coup de batte de baseball dans la face.

— Euh… OK… Mais qu’est-ce qu’on fait ici?
— Ben, tu m’intriguais…
— Mais toi, tu sais ce que je cherche?
— Oui je le sais, mais je me suis dit que tu n’allais pas dire non à une bonne soirée et à un bon repas.

Deuxième coup de batte de baseball.

— Écoute, prends-le pas mal. Je suis vraiment difficile dans mon choix de femme…

Coup de grâce, il venait de me tuer sur place.

J’ai envie de me liquéfier. Je ne sais pas trop comment prendre sa révélation. D’un côté, il a été honnête, gentil, mais de l’autre, il connaissait mes attentes et il a fait tout de même semblant qu’elles n’existaient pas. De plus, le rejet n’est pas une chose super captivante à vivre surtout quand ça sous-entend que tu n’es pas à la hauteur des standards du convoité. Pis ce qui me fait un peu mal à l’égo, c’est qu’il rejette la vraie Sylvie, pas celle qu’elle fait semblant d’être. Il pousse sa luck en me disant avec un petit sourire: On peut par contre être des amis avec quelques affinités, mais sans engagement.

C’est là, que je me suis levée et que je suis partie. Non, je n’ai pas besoin d’un ami de plus et il doit bien être 19h quelque part dans le monde. En quittant, le bel homme s’est insurgé. Monsieur est insulté de mon départ et il m’a regardée partir avec le plus grand des mépris.

Ma déception et moi sommes retournées à la maison.

Le psy avait raison, tout peut arriver en 10 minutes, sans ne rien voir venir.

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