Culturel

13 ans pour toujours

Hier soir, je me suis dit que j’allais regarder la télé une petite heure avant d’aller au lit. J’avais le choix entre le Super Bowl et un film français. Le choix a été plutôt facile puisque j’adore les films français.

Mais voilà que je me retrouve devant ce drôle de titre: Marion, 13 ans pour toujours. Sur le coup, je me dis que c’est sûrement une comédie. Vous savez, la fille qui ne veut pas vieillir… Puis, j’ai un long frisson qui me parcourt le corps. Et si c’était cette autre idée qui me traverse l’esprit?

Les premières scènes me confirment la chose. Ce n’est définitivement pas le genre d’émission à laquelle j’aspire pour me divertir un dimanche soir. Pourtant, je ne sais pas pourquoi; je n’arrive pas à zapper ni à fermer le téléviseur. Retenant mon souffle, je vois les images défiler devant mes yeux. Et je sais maintenant avec certitude comment l’histoire va se terminer.

Marion, c’est mon fils, vos enfants

Vous l’avez compris, Marion s’est suicidée. Elle s’est pendue dans sa chambre, car elle n’en pouvait plus de supporter le harcèlement à l’école.

Ses parents n’en savaient rien. Du moins, il y avait bien sa mère qui commençait à la trouver un peu distante, mais rien qui n’aurait pu laisser présager un tel drame.

Dans une lettre qu’elle a laissée, Marion dénonce tous ceux qui lui ont fait du mal. C’est d’ailleurs de cette façon que ses parents ont découvert ce qui avait motivé son geste.

Par la suite, sa mère fouille sa chambre et essaie d’en savoir plus sur ce qui l’a plongée dans une telle détresse. Elle tombe alors sur son compte Facebook. L’horreur! Son mur est rempli de menaces et d’insultes. Un message publié deux jours avant sa mort va même jusqu’à dire: «Sale pute! Pends-toi!»

Cette histoire, elle est vraie. Elle est arrivée en Europe, mais ça pourrait être l’histoire de n’importe quel adolescent. Celle de mon fils, celle d’un de vos enfants.

Sur Internet, je trouve aujourd’hui ce bout d’article: «Marion, 13 ans, est morte le 13 février 2013. La veille de la Saint-Valentin, cette jolie brune aux longs cheveux a noué un foulard autour de son cou gracile et s’est pendue dans sa chambre d’enfant, chez elle, à Vaugrigneuse (Essonne). À la rambarde de son lit en hauteur, elle a accroché son portable au bout d’un fil. Comme si elle voulait le tuer, lui aussi. Faire taire pour toujours les textos d’insultes et de menaces. Rompre avec ces réseaux si peu sociaux qui, parfois, font de l’adolescence un enfer.»

Si un seul enfant peut être aidé

Ce matin, en récupérant mon fiston de 16 ans chez son père, j’ai eu envie de lui raconter l’histoire de Marion. J’ai senti qu’il était bouleversé. Et cela m’a fait prendre conscience que nous ne savons pas grand-chose de nos enfants, finalement. Dès qu’ils sont un peu grands, nous prenons moins de temps pour discuter avec eux, pour les inviter à nous confier leurs petits et gros tracas.

Je ne crois pas que mon fils soit victime d’intimidation, mais je me promets bien de valider ceci avec lui. Ou était-ce parce qu’il a vu ou participé à une taquinerie un peu poussée qu’il a eu ce malaise? Je ne sais pas, mais je vais m’en informer.

Même si nous pensons bien connaître nos enfants, ils ne sont pas à l’abri de l’effet d’entraînement du groupe. Il suffit parfois d’une seule personne influente pour que la méchanceté se propage comme une traînée de poudre.

Pour chaque enfant intimidé, il y a un intimidateur. N’ayons pas peur de demander à nos enfants s’ils sont victimes d’intimidation ou s’ils en sont témoins ou… s’ils y participent d’une quelconque façon.

Si c’est le cas, vous voudrez peut-être lire ou faire lire à votre ado le livre Marion, 13 ans pour toujours écrit par Nora Fraisse, la maman de Marion, qui a inspiré le film que j’ai regardé.

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