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À qui le droit!

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L’été dernier, j’ai reçu l’appel de Flavie Payette-Renouf, me demandant de me rencontrer avec Martine Desjardins.

La première phrase lancée lors de notre rencontre chez Dazmo fut bien accrocheuse : «Mitsou, savais-tu que le 25 avril prochain sera le 75e anniversaire du droit de vote des femmes au Québec? Ça te tente de te joindre à nous pour le souligner?».

Ben oui! Demandez-moi n’importe quoi! Je suis prête à vous offrir du support technique, de l’aide à l’animation, je peux aussi faire le «coat check» et servir les drinks!

Elles n’ont pas retenu mon offre pour le vestiaire et les Dry martinis, mais m’ont plutôt demandé de coanimer avec Mélanie Maynard ainsi que de présenter les femmes influentes qui viendront sur scène faire des discours lors du spectacle Les voix du 75e, produit par Productions J au Capitole de Québec, avec Lise Payette, Lisa Frulla, Fatima Houda-Pépin, Danièle Henkel, la jeune Mi’gmaq André-Yanne Parent ainsi que Marcel Sabourin.

Je me suis depuis replongée dans une partie de notre passé, malheureusement pas si lointain. Juste le fait de prendre conscience que les femmes ont eu le droit de vote en 1940, soit DEUX ANS seulement avant la naissance de ma mère, cela me semblait incongru. Même si, quand j’étais petite, ma maman Yuki m’a tellement parlé des suffragettes et de la pression du clergé sur les générations de femmes qui nous précédaient, je mettais aujourd’hui ces images dans un espace-temps beaucoup plus concret.

J’avoue que moi aussi, comme bien des filles de ma génération, j’ai peut-être pris ce droit de vote pour acquis. Issue des années 70, j’entendais parler de féminisme plusieurs fois par semaine dans les médias et dans tous les partys de famille. Ça a été mon engrais naturel. Toute ma vie, j’aurai vécu avec les bénéfices du travail acharné de ces battantes. J’ai été privilégiée par les décisions que les femmes ont pu prendre en militant pour nous toutes, que ce soit au niveau social, de l’éducation, de la santé (du droit à la contraception et l’avortement) et plus encore.

Ma génération a par contre hérité d’un lot de dénigrements sexistes qui persiste encore maintenant (hello le «girl bashing» sur le net!). À l’époque où j’ai commencé à chanter, on me posait des questions aussi politiquement incorrectes que: «Alors, Mitsou, dites-nous : est-il vraiment possible d’être belle et intelligente à la fois? ». J’aurais dû répondre: «Autant que l’on peut être laid et con!».

Reste que mon féminisme à moi relève d’un héritage. Je n’ai pas toujours réalisé le long combat qui fut nécessaire pour arriver à faire valoir nos droits. Comme si à un moment donné dans l’histoire, le peuple et les dirigeants s’étaient réveillés un bon matin en se disant : «Ben voyons, ça n’a pas d’allure! On est donc bien niaiseux, on va leur donner tout de suite, le droit de vote, aux femmes!».

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Pourtant, pourtant, pourtant… C’est en lisant le livre de Nicolle Forget, Thérèse Casgrain La gauchiste en collier de perles que j’ai enfin pu comprendre le longissime «play by play» de cette odyssée. Les Canadiennes ont eu le droit de vote en 1918, mais les Québécoises, l’on décroché comme on décroche la lune, en 1940. Et les femmes autochtones? En 1960 au fédéral, mais en 1969 au provincial!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Too close for comfort, comme disent les Anglais.

Quand on se compare d’une génération à l’autre, on se console, évidemment. Mais cela n’est pas une raison pour hausser les épaules. En 1936, les institutrices rurales ne gagnaient que la moitié du salaire des hommes (pour certaines, cela équivaut à cent dollars par année) et dans certains cas, elles devaient fournir le bois de chauffage à même leur bourse! Cependant, l’égalité salariale (en quantité et en qualité) est loin d’être acquise partout au Québec en 2015. Je citerai la professeure Carrie Derrick qui avait déclaré lors d’une assemblée organisée par Mme Casgrain: «Le féminisme est un mouvement humaniste et surtout un mouvement d’éducation qui favorise le progrès». On ne pourrait pas mieux dire.

Nous pouvons continuer ce mouvement par différentes actions, qu’elles soient locales ou internationales. Les femmes de partout ont besoin de notre support. Il faut aussi continuer à se sensibiliser à la cause des femmes autochtones qui disparaissent ici sans que l’on y prête l’attention qui leur est due. La lenteur d’action à laquelle se sont butées les femmes au début du siècle dernier, ressemble étrangement à la nonchalance qui afflige l’avancement des droits de ces femmes des Premières Nations. Thérèse citait quelquefois le proverbe africain «Si on met le temps, on arrive à cuire un éléphant dans un petit pot.» Les Autochtones auront définitivement besoin de courage pour réussir à faire entrer le caribou dans le micro-ondes!

Un ami me faisait remarquer qu’en ce moment au Canada, vivaient un peu plus de 900 hommes centenaires, mais attention, plus de 4000 femmes qui ont dépassé l’âge vénérable 100 ans. C’est dire que notre pouvoir est encore plus rentable. Célébrons-le avec fierté!

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