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Béatrice ouvre son cœur de pirate et révèle qu’elle est queer

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Béatrice Martin alias Cœur de pirate affiche aujourd’hui un pan bien personnel de sa vie. Celle qui a été comme nous tous affectée par la tuerie dans un bar LGBTQ2 (lesbien, gai, bisexuel, transgenre, queer, bispirituel) d’Orlando, y va d’un élan du cœur s’affichant comme queer, quelque chose qu’elle cachait depuis un très jeune âge. J’ai trouvé la lettre si touchante que j’ai voulu vous la partager. Ce geste venant d’une jeune maman est d’autant plus bouleversant qu’il ouvre la porte à la discussion sur la bisexualité féminine et masculine ce qui nous permettra de mieux comprendre les homosexuels, bisexuels et transgenres et de permettre à chacun et chacune d’être libre d’être soi.

Au Québec, nous nous disons une société ouverte où l’homosexualité est généralement bien acceptée. La prochaine étape pour nous sera d’élargir nos horizons afin de mieux comprendre les bisexuels, les transgenres et les bispirituels. Au nom de l’amour, faisons tomber les barrières une fois pour toutes et acceptons-nous tels que nous sommes. Maintenant et pour les générations futures.

Voici la lettre ouverte que notre Cœur de pirate a rédigée sur Noisey, le site de musique de Vice :

« Nous sommes dimanche matin à Paris. Je fais un saut sur Twitter où l’on parle encore de l’événement qui s’est déroulé hier. Une ancienne finaliste de The Voice a été tuée par balle alors qu’elle signait des autographes. En faisant défiler mes actualités, j’apprends qu’une autre tuerie a eu lieu dans un bar. L’horreur et le dégoût que je ressens ont sur moi l’effet d’un coup de poing. Omar Mateen a tué 49 personnes dans un bar gai. Ça me rend malade. Je me sens impuissante. C’est non seulement l’une des pires tueries de l’histoire des États-Unis, mais elle soulève une pléthore d’enjeux complexes : homophobie, affiliation probable à un groupe terroriste, terrorisme local… L’enjeu fondamental, c’est qu’une communauté LGBTQ2 a été volontairement visée et tuée.

Ce bar était un endroit où les victimes devaient se sentir en sécurité, où elles célébraient leur identité et quelqu’un avait décidé d’entrer dans cette intimité pour y commettre l’horreur. Je me suis soudainement rappelé les attaques de Paris survenues en novembre dernier et la paranoïa qui s’était installée et que l’on ressent toujours dans le pays. J’étais en tournée en France à ce moment-là et j’ai dû annuler des spectacles pour assurer la sécurité de mes fans ainsi que la mienne. C’est une chose de dire qu’il faut continuer, mais la peur et l’anxiété demeurent lorsque des endroits où l’on joue et que nous aimons sont attaqués.

En y pensant bien, la tuerie d’Orlando a eu un autre impact puisque des familles ont dû apprendre l’orientation sexuelle d’un proche au même moment que leur décès. On a enlevé aux victimes le choix d’affirmer leur identité sexuelle à leur façon.

En réponse à la nouvelle, les médias sociaux ont été inondés de mots-clics comme #gaysbreaktheinternet et #queersbreaktheinternet invitant les gens à s’affirmer publiquement en mémoire des victimes. Il est important de s’affirmer dans un monde où certains pays condamnent à mort les homosexuels. Internet est parfois un endroit merveilleux. C’est à ce moment que j’ai commencé à me sentir hypocrite. Cette situation m’a amenée à me questionner sur mon honnêteté. J’ai vécu beaucoup de changements moi aussi. À titre de personnalité publique, je me suis toujours demandé quelle position adopter au sujet de ma vie privée. Que dire et que taire? Évidemment, c’est ma vie « privée » alors je peux choisir ce que je dis, mais sérieusement, il y a du bon à être honnête. Pour moi, bien sûr, mais aussi pour les gens qui me considèrent comme une personne cool et merveilleuse. Du moins, j’essaie de l’être.

L’objet de mes premières pensées romantiques était une fille que je connaissais. Je n’ai pas tout à fait compris à l’époque parce que j’avais 6 ou 7 ans, mais je me souviens que les parents de la fille avaient appelé les miens pour dire que j’étais un peu trop insistante avec mes appels et mes attentions. Je l’aimais. Je l’aimais vraiment. À cet âge, je lisais beaucoup de mangas, surtout les Sailor Moon, dans lesquels l’amour entre femmes était célébré subtilement. Certains personnages s’habillaient même avec des vêtements masculins ce qui était fantastique. Ce fut révélateur. Il était parfois impossible de savoir si un personnage était un garçon ou une fille.  La plupart des enfants de sept ans ne pensaient pas à ça. Ceci dit, en vieillissant et en regardant les gens interagir, c’est devenu clair pour moi qu’il était considéré étrange qu’une personne en aime une autre du même sexe. Mon premier béguin a été une fille qui a commencé à m’ignorer dès qu’elle l’a su. C’est traumatisant pour n’importe qui. J’ai réalisé que le fait d’aimer une personne du même sexe n’était pas accepté. J’ai choisi un mode de vie hétérosexuel de peur d’être rejetée. Après des années de sexe et de relations insatisfaisantes, j’ai enfoui profondément mes sentiments, j’ai eu un enfant et je me suis dit que tout irait bien.

J’avais tort. Tout ce que j’avais réprimé pendant des années est revenu au moment où j’ai donné la vie. J’ai commencé à me dissocier. Je me sentais usée et inutile dès que j’avais un contact avec quelqu’un. J’ai donc tenté de me détacher de tout, physiquement et mentalement. Je me sentais comme une imposteure de faire ce constat si tard dans ma vie. L’attaque à Orlando montre que l’homophobie est toujours présente et que c’est un problème. Même avec Internet… Le débat ouvert au sujet d’horribles projets de lois comme le HB2 que l’on veut passer en ce moment en Caroline du Nord est une preuve qu’aimer la personne de son choix vient parfois avec un prix à payer.

C’est pourquoi aujourd’hui, je m’affirme comme étant queer. Je ne veux plus avoir peur de ce que les gens penseront de moi. Je ne veux plus avoir peur que des gens arrêtent d’écouter ma musique ou refusent que leurs enfants l’écoutent simplement parce que je veux choisir la personne que j’aime. Je m’affirme pour ma fille à qui je veux enseigner que l’amour n’a pas de race, de religion, de genre ou d’orientation. Même si la famille qu’elle a connue dans les premiers instants de sa vie ne sera plus la même, elle mérite d’avoir tout l’amour dont elle a besoin. Je m’affirme pour les victimes à qui on a enlevé la vie parce qu’elles célébraient leur véritable identité.

Ce n’est pas facile pour moi de rédiger ces lignes, mais je sais que je pourrai en tirer du positif. Je suis certaine que si vous n’habitez pas une grande ville, vous craignez de dévoiler qui vous êtes vraiment. Ce qui est arrivé à Orlando pourrait vous effrayer et faire en sorte que vous ne deveniez jamais la personne que vous devriez être. J’ai envie de vous dire que j’étais moi aussi terrifiée, mais que j’ai trouvé du soulagement dans ma différence. »

Si vous souhaitez applaudir la belle chanteuse cette été, elle sera en tournée partout au Québec. Elle sera entre autres au Festival d’été de Québec où elle a invité une personne bien spéciale à se joindre à elle, la chanteuse Laura Jane Grace (autrefois appelé Tom Gabel), un papa transsexuel aujourd’hui devenu femme. Vous pouvez lire son histoire ici.

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Laura Jane Grace (autrefois appelé Tom Gabel) Crédit photo cosmopolitan.com

 

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