Vivre

Ces personnes qui transforment nos vies

Lorsque j’avais 10 ans, je rêvais de devenir la prochaine Agatha Christie. Et ce, même si je n’avais jamais lu aucun de ses livres. Mademoiselle Boju m’avait tant vanté le talent de cette auteure que cela me suffisait.

Mademoiselle Boju, c’était cette dame d’un certain âge qui venait de la France et qui passait tous ses étés dans un chalet à environ 15 minutes de marche de chez moi.

Quel bonheur c’était de la côtoyer! Une soirée avec elle, c’était comme aller au cinéma. Le popcorn en moins, car comme deux grandes dames de ce monde, nous prenions le thé avec des petits biscuits secs. La grande classe, quoi!

Des provisions de bonheur

C’est avec mademoiselle Boju que j’ai appris à tricoter au crochet. Elle était d’ailleurs fréquemment habillée de vêtements qu’elle avait confectionnés. Elle m’a aussi initiée au Scrabble et que dire de ces yaourts au café qu’elle m’a fait découvrir, moi qui ne savais même pas que le yaourt existait!

Dans sa bouche, les mots sonnaient comme de la musique. Elle était une oratrice incroyable. Il faut dire qu’elle en avait vécu des choses dans sa vie. Pour la petite fille que j’étais, qui n’était jamais sortie de son patelin, c’était un véritablement enchantement que de l’entendre me raconter ses péripéties et ses nombreux voyages.

Elle me décrivait l’Afrique, le Vietnam et le Mexique et j’avais l’impression de m’y retrouver.  Grâce à elle, mon esprit s’envolait pendant des heures, donnant un peu de repos à mon cœur qui, en temps ordinaire, aurait été rempli de tristesse et d’angoisse.

Mademoiselle Boju était et vivait tout ce que je n’étais pas alors je n’avais qu’une envie: passer le plus de temps possible avec elle pour me faire des provisions de bonheur.

La plus importante rencontre de ma vie

C’est elle qui a su détecter en moi un talent d’écrivain et qui m’a encouragée à foncer, malgré le fait que ma mère ne voulait même pas en entendre parler. J’ai d’ailleurs souvent vu la désolation sur son visage alors qu’elle essayait de lui faire comprendre à quel point il fallait à tout prix que sa fille exploite son don.

Mais parce qu’elle a cru en moi, j’ai fini par y croire aussi. Et c’est ainsi que je me suis mise à taper sur la dactylo de ma sœur des pages et des pages entières, sans ne plus pouvoir m’arrêter.  Enfin, je pouvais coucher sur le papier ce trop-plein d’imagination qui ne demandait qu’à s’exprimer.

Je ne sais pas si mademoiselle Boju a jamais réalisé à quel point son passage dans ma vie a été une véritable bénédiction. À quel point, elle a été la plus importante rencontre de ma vie.  Mais je compte bien le lui dire un jour, quand je la retrouverai au pays des barbes à papa.

Entre-temps, j’espère de tout cœur pouvoir être aussi la mademoiselle Boju de quelqu’un.

Extrait tiré du Carnet de route pour manifester l’inattendu. Visitez jackiebhamilton.com.

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