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Chronique d’une paramédic: l’épisode du Denis que personne ne connaissait

Récit romancé basé sur des histoires vraies. Toute ressemblance avec des personnes réelles relève d’une pure coïncidence.

Les paramédics, les policiers, les infirmiers… Bref, tous ceux qui pratiquent un métier qui les mène à examiner ta vie jusque dans les moindres détails de ce que tu as mangé, ou encore vomi, savent quand quelqu’un nous bourre de mensonges.

Désolée, mais vous n’êtes pas de bons menteurs quand vous êtes stressés!

On ne sait pas toujours c’est quoi la vérité, mais on sait quand c’est clairement un mensonge.

Quand j’arrive sur les lieux d’un accident et que t’as changé de place, je sais que ce n’est pas toi qui conduisais. Mais tu sais quoi? Moi, ce n’est pas mon travail de te faire parler. Je ne suis pas la police.

Quand ensuite on embarque dans l’ambulance, l’endroit le plus confiné où les odeurs intimes se partagent à une vitesse que mon cerveau ne peut même pas percevoir, et que tu me dis que tu n’as pas consommé une goutte d’alcool, je le sais que tu me mens. Sache que nous savons beaucoup de choses, par expérience, car oui, j’en ai senti des gens et je peux même te dire ce que t’as bu, bière, alcool ou vin, d’après ton haleine. On devient aussi des experts de l’instinct.

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Notre instinct nous trompe rarement

Voici notre modus operandi. Souviens-toi de ton premier sentiment et mets-le sur pause. Tu y reviendras. Maintenant. L’image, ce qui se passe dans ton environnement c’est quoi? Ça a l’air de quoi la situation?

Ensuite, pose des questions jusqu’à ce que ton intérieur soit complètement satisfait. Quand l’image, les réponses et le feeling que tu as sont bien alignés, retourne voir ton premier sentiment du début et demande-toi si ça concorde. Tu vas voir, on se trompe rarement!

Quand y’a quelque chose qui cloche, ça veut dire que ça cloche. Désolée, je ne veux pas vous faire paranoïer dans vos relations, mais quand le doute plane, la vérité est souvent près de t’atterrir dans la face!

Pratique-toi à la maison… (Ça se peut que ton conjoint ou ta conjointe te dise de te calmer!)

Moi, je suis programmée comme cela et mon chum est au courant, le pauvre. Quand il conduit après un spectacle (il est humoriste), je le sens en rentrant et il n’est même pas près de mon visage. Au début, il me trouvait intense!

– À quelle heure ta dernière bière?

– Autour de 10 heures.

– Ha oui et tu es monté sur scène avant ou après l’entracte?

– Après…

– Donc tu as bu après 10 heures?

– J’imagine…

– Et votre coupon vous donne droit à une bière en bouteille?

– Non une pinte

– Donc tu as bu l’équivalent de 2 bières après 10 heures et là, il est 11 heures et quart et tu as conduit? T’avais combien de coupons?

Ha! Ha! Il a vite compris que c’est plus facile de me dire la vérité. Il a aussi appris à prendre le métro! Mon pauvre fils, il ne sait pas encore que sa mère est une névrosée du mensonge. Bonne chance pour essayer d’en passer une à ta mère le petit!

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John Denis Doe

Ceci est un classique, ça m’est arrivé PLEIN de fois. Nous arrivons dans un appartement, à 4 heures du matin. Quelqu’un a appelé l’ambulance, qui? Un homme est inconscient dans la salle de bain et des jeunes dans la vingtaine jouent au PlayStation au salon. 

L’homme en question fait des «ballounes» tellement sa surdose de drogue est intense. Mais personne ne s’en fait pour lui.

Moi (pendant que nous faisons des manœuvres pour garder cet homme en vie) :

–Excusez les gars, son nom à lui c’est quoi, il n’a pas de carte d’identité.

–Gars: On ne sait pas.

–Moi: C’est chez qui ici?

–Gars: Chez moi.

–Moi: OK. Donc y’a un gars dans ta salle de bain en overdose d’héroïne, mais tu ne sais pas c’est qui?

–Gars: Non

–Moi : Wow! Ça ne m’est jamais arrivé d’avoir un gars que je connais qui rentre faire de l’héro chez moi. Donne-moi un nom s’il vous plaît. Il va peut-être mourir, la police s’en vient vous allez devoir parler éventuellement…

Quelqu’un se lève du sofa au ralenti pour regarder et dit: C’est Denis

Moi: OK. C’est bon ça. Denis qui?

Tous: Sais pas.

Moi: Bon. C’est John Denis Doe.

Nous avons fini par le transporter et je crois bien que quelque part, un John Denis Doe vit toujours. Sur celle-là, même si j’ai beaucoup insisté, je n’ai jamais eu la vérité. Sauf que je savais que l’histoire était louche en rentrant, premier sentiment.

Conclusion: mon chum est plus facile à faire parler!

Soyez prudents et prenez donc deux minutes pour ajouter à vos contacts le numéro de Nez rouge, juste au cas… operationnezrouge.com. Eux aussi, ils sauvent des vies.

Nadine xo

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