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Chroniques d’une paramédic: l’épisode du pantalon

pantalon

Avertissement: Cette histoire est basée sur des faits réels, mais elle a été changée et elle est fictive. Toute ressemblance avec des personnes ou des événements réels relève d’une pure coïncidence. 

Plus gros que nature

J’ai la chance d’écrire de la fiction pour la télévision et pour la scène. Des fois, on me dit, « C’est bien, mais peux-tu rendre ça un peu plus réaliste? Un peu moins gros? Tes personnages sont trop intenses. On n’y croit pas. » 

Ce qui est le plus drôle dans tout ça, c’est que les seules fois où on m’a dit ça, je m’étais inspirée de vraies histoires! De vraies personnes qui ont vécu de vraies situations. Puis, quand mon cerveau invente de toute pièce une histoire, là on y croit, c’est plus réaliste!

L’humain n’est pas prêt à tout entendre. Il ne veut pas savoir jusqu’à quel point il peut commettre la bêtise.

Alors je repars avec mon script et j’y ajoute un peu de bullshit et bubble gum, qui rend ça plus joli aux yeux du producteur et du public. Là, c’est bon et ça passe.

C’est quand j’ai commencé à pratiquer le métier d’auteure que je me suis dit « Ok Nadine, personne ne va te croire. Ce que les humains font, c’est souvent plus gros que nature. » L’humain ne veut pas croire ce qu’il croit impossible.

D’ailleurs, j’ai déjà lu quelque part dans un livre de psychopop que les gens à qui tu racontes tes rêves et ambitions vont te décourager, car l’humain n’est pas toujours capable de se dissocier de sa propre personne. Donc, il va refléter tes rêves sur lui-même en te disant que tu ne seras pas capable, car lui-même ne se croit pas capable.

Donc en gros si tu rêves de te lancer de la lune en deltaplane, c’est peut-être mieux d’éviter d’en parler à ton grand-père qui a fait la 2e guerre. Il a peut-être un petit côté trop cartésien qui va te décourager.

L’épisode du pantalon 

Un jour un homme appelle le 9-1-1 pour des douleurs à la poitrine. Quand on arrive là, mon partenaire et moi, on n’a même pas besoin de se consulter pour savoir qu’on l’embarque en deuxième vitesse. Quand vient le temps de reconnaître une bonne grosse crise cardiaque, nous sommes comme des spécialistes en champignons, nous savons exactement de quoi ça l’air et quel genre il s’agit! 

Il ne tient plus debout, respire à peine, est d’un gris Sico très à la mode. Celui que je cherchais pour mon salon, mais malheureusement, je n’ai pas le temps de prendre une photo.

Nous faisons notre possible pour l’aider. L’homme tombe en arrêt cardiaque. Rien ne va plus. Nous sommes derrière l’ambulance et nous tentons de le réanimer.

J’arrive au point où j’ai absolument besoin de couper son pantalon. Mon partenaire lui insère une aiguille intraosseuse. Ouch! Mais je vous garantis il n’a rien senti.

Tout va pour le mieux à présent. Il reçoit les bons traitements et médicaments et soudainement, il prend une respiration. Nous avons un pouls et nous partons sans attendre vers l’hôpital.

Nous avons su que l’homme s’en est sorti indemne. Magie de la vie. Un cadeau. Du temps de plus pour profiter de ton costume d’humain. Tiens mon chanceux, va propager le bonheur autour de toi.

Nous sommes fiers et surtout heureux pour lui et sa famille. 

La semaine d’après, mon patron m’appelle pour savoir toutes les raisons pour lesquelles j’ai coupé son pantalon. 

Quoi? Je n’en crois pas mes oreilles ! « Le gars était mort! Je n’avais pas le temps de jouer à tirer un ti-peu sur une patte et tirer un ti-peu sur l’autre patte pis faire des guili-guili… »

Mon patron me dit : « Relaxe, je voulais juste avoir ta version. Je te crois. Mais le gars s’est plaint et il veut une nouvelle paire. »

Incroyable hein? Je ne pensais jamais vivre ça de toute ma vie. Déjà, toute petite, si tu m’avais dit que je sauverais la vie de quelqu’un, je ne t’aurais pas cru. Encore moins si tu avais ajouté et cette personne déposerait une plainte pour une paire de jeans de chez Costco.

Oui c’est invraisemblable, mais c’est mon quotidien et ça me fait rire. À la limite, c’est triste. Mais lui, sa deuxième chance, sa deuxième vie, il l’a commencée comme cela… Mais bon, c’est sa deuxième vie, il la vit comme il l’entend!

Ça, je vous le partage, car si je l’avais mis dans un scénario télé, probablement que mon script-éditeur m’aurait dit : « Nadine, c’est encore trop gros. Retourne chez toi et rapetisse un peu tes personnages. »

Non seulement c’est vrai, mais c’est fréquent!

Soyez bons.

Nadine xx

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