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Chroniques d’une paramédic : l’épisode du resto

paramedic

Avertissement: Cette histoire est basée sur des faits réels, mais elle a été changée et elle est fictive. Toute ressemblance avec des personnes ou des événements réels relève d’une pure coïncidence.

Paramédic? Hein?

Salut!

Je suis Nadine Massie, humoriste, auteure et paramédic. Paramédic, c’est le mot qui veut dire plus que juste conduire une ambulance. Ça veut dire penser vite à la bonne solution et au bon protocole, tout en utilisant son jugement pour apporter les soins appropriés à un autre humain, genre…

On est partout. Comme des acariens. C’est pas parce que tu nous vois pas qu’on n’est pas là. On a signé un pacte avec la vie. On doit être là. Je ne veux pas parler pour les médecins, les infirmiers, les policiers, ni les pompiers, mais on a tous signé le même document.

Un pacte avec la vie

Personne ne m’a avertie de ce que deviendrait ma vie une fois mon diplôme en mains. Personne. On m’avait mise en garde, un professeur a déjà dit: Vos Noëls ne vous appartiennent plus et vous manquerez le récital de danse de votre fille, comme un sans cœur.

Il avait raison. J’ai manqué mes derniers Noëls précieux avec ma maman, puis ceux avec ma grand-maman. J’ai manqué ceux avec mon ancien fiancé, on n’a pas fait d’enfant et on s’est séparés après 8 ans. Si ta passion, c’est de sauver des vies, voilà ce que ça coûte: une partie de la tienne!

Heureusement, on finit par gagner en ancienneté puis on peut se permettre de profiter pleinement de la vie. Des fois, j’arrête de marcher et je prends le bras de mon chum pour lui dire: prends le temps d’apprécier comme c’est beau ce qu’on vit. Et lui me répond : relaxe on fait l’épicerie. À 35 ans, je suis enceinte de mon premier enfant, et des fois, je pleure de joie d’avoir la chance de pouvoir m’occuper d’un autre humain que j’aime déjà profondément.

L’épisode du restaurant

J’ai eu mon premier poste de paramédic à 20 ans. Je n’étais même pas assez mature pour conduire une voiture que je conduisais une ambulance!

Un soir, j’ai 22 ans et je suis au restaurant telle une acarienne avec une amie. J’ai bu quelques margaritas. C’est la fiesta mexicaine. Soudainement, un homme se lève et il a les mains autour de son cou. J’ai pensé qu’on jouait aux mimes pour 2 secondes, il mime sans doute quelqu’un qui s’étouffe. J’étais en plein dessus, mais il ne jouait pas.

Alors la serveuse crie très fort: y’a-t-il un médecin dans la salle? Un homme se lève et dit moi. Je me lève aussi. Un silence s’installe, le chef est hors de sa cuisine, spatule à la main, puis le trio à corde s’éteint. Je dis: moi, je suis paramédic. Le médecin répond: Vas-y! Moi, je suis médecin de famille, c’est pas ma spécialité.

Oh merde! C’est moi, l’héroïne du moment. Du coup, c’est moins prestigieux comme titre. Tout l’alcool que j’ai ingéré se dissipe en une seconde. Je pense alors que je ne suis pas prête à vivre ça. J’ai lu le livre, j’ai eu la formation, j’ai pratiqué sur un mannequin, mais jamais sur un vrai humain. Mais c’est là, live, devant moi, et l’homme a arrêté de tousser.

(Quand quelqu’un s’étouffe et qu’il tousse, c’est bon signe, ça veut dire que l’air passe encore. Le contraire indique qu’il n’y a plus beaucoup de temps qui sépare le moment présent et… le pire.)

Je me mets derrière lui, position Heimlich, et je fais des poussées en J, comme dans le livre. Une jolie motte de poulet et de riz est expulsée de son orifice buccal et vole dans les airs au ralenti pour aller finir sa course dans l’assiette de la madame qui rit fort depuis le début de la soirée. Elle ne rit plus. L’homme se remet à bien respirer et il me remercie. Le médecin me serre la main et je me rassois devant les yeux dilatés de mon amie sous le choc. Le chef retourne à sa spatule, la serveuse me paye un verre sur le bras et les guitares reprennent leur cucaracha.

Ce jour-là, j’ai compris le contrat que j’ai signé. Je ne serai plus jamais totalement en repos complet, ni au restaurant, ni dans l’avion, ni à la maison entourée de mes voisins âgés.

Cet été, je suis allée au chalet d’une amie. Il y avait 6 enfants dans le bateau avec nous. J’ai compté jusqu’à 6 des milliers de fois pour m’assurer que le compte était bon.

On ne m’a pas avertie, à l’école, que j’allais être standby pour toujours. Que je dois être prête au cas où quelqu’un crierait y’a-t-il un médecin dans la salle?

Mais j’accepte le rôle, j’ai signé ce pacte avec la vie.

Soyez bon, la vie est courte.

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