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Chroniques d’une paramédic: l’épisode pas propre

Je suis aussi un humain

Les gens oublient souvent l’humain derrière l’uniforme. En uniforme, on a de grosses bottes, on fait du bruit, notre radio parle fort et quand on entre, on prend du terrain.

En tant qu’humains, nos systèmes fonctionnent comme tous les autres humains. C’est-à-dire qu’ils nous arrivent de pogner une sale envie d’uriner lors d’un accident grave. «Bah, j’ai le temps de faire cet appel-là et j’irai aux toilettes en arrivant à l’hôpital!» Ha! Ha! Ha! C’est certain que la personne est prise dans le véhicule, que ça prend les pompiers qui sont déjà occupés ailleurs et que le camion qui arrive en premier, n’est pas celui avec les pinces BORDEL.

L’épisode pas propre

À ne pas lire au déjeuner, vraiment! Cette histoire n’a pas été romancée DU TOUT.  Je travaillais avec un partenaire qui avait des problèmes intestinaux. Oui, on se partage ces détails-là.

Cette journée commence tranquillement. Nous allons prendre un petit déjeuner. Comme je finis ma dernière bouchée d’œuf pas assez cuit à mon goût, nous sommes appelés.

Sur les lieux

2e étage, pas de fenêtre, un homme est assis au sol. Il est tombé en bas de son lit. Sa femme, âgée, est toute petite et nous dit qu’elle veut seulement de l’aide à le relever.

Mon partenaire, ressent une solide crampe. Je vois une goutte de sueur perler sur son front. Il me demande si je peux gérer ça. Il ne demande même pas à la dame où sont les toilettes, il les trouve. Tu comprends?

Moi, je lève l’homme du sol, pas habillé et dû pour un petit bain… J’ai les oeufs baveux qui me remontent dans la gorge, mais je le dépose sur le lit et je cherche de l’air près de la PAS DE FENÊTRE.

Mon partenaire vient me rejoindre et pas 3 secondes passent sans que je lui demande «as-tu flushé ta toilette?» Ça sent quelque chose que je n’ai jamais senti, et crois-moi j’en ai senti. Le cœur me lève une fois de plus. Toujours sans aération dans cette maison incongrue, je ne peux plus arrêter de faire des efforts pour vomir dans le vide et mes yeux sont remplis d’eau.

Nous décidons d’emmener l’homme à l’hôpital. Je vais chercher la chaise en bas dans le camion. Je passe devant la zone sinistrée où s’est exécuté mon partenaire et c’est encore légèrement beurré! Il n’a pas trop eu le temps de tout nettoyer. L’odeur vient me revisiter une deuxième fois. Je fais toujours des efforts, mais cette fois pour garder ma nourriture à l’intérieur.

Je m’excuse, c’est dégueu…

J’arrive dehors et je me prends une belle bouffée d’air, mais malheureusement, je ne suis pas capable de garder mon déjeuner. Tout sort à grands jets sur le balcon de la dame, tout.

Je ramène la chaise en haut. Je dis à mon partenaire «j’ai un peu vomi». Nous voulions nettoyer, mais l’homme a eu une chute de pression, alors le temps s’est mis à presser. Nous repassons devant la salle de bain et mon partenaire dit «oh non! merde…» C’est le bon mot. Il dit à la dame que nous reviendrons tout ramasser dès que nous finissons avec votre mari à l’hôpital.

Et là, nous avons envie de rire, mais rire dans les escaliers… Avec une chaise et quelqu’un d’assis dessus, c’est dangereux. On se contente de bouger les épaules à quelques reprises.

En arrivant dehors, surprise! Nous avons les pieds dans le vomi. Je constate l’ampleur de mon dégât. Je m’excuse à la dame et on lui promet une fois de plus de revenir.

Elle est toute petite et elle s’en fout. Elle veut que son mari aille mieux. Nous ne causons aucun délai et partons avec cet homme. Je conduis en riant. Je n’en crois pas ma vie. On a enduit une maison de fluides corporels, pauvre dame!

Nous sommes retournés tel que promis à la résidence de la dame 30 minutes plus tard. Elle avait tout nettoyé et passait l’arrosoir sur son balcon. Nous nous sommes excusés mille fois et elle ne semblait pas s’en faire du tout. Elle nous a demandé comment allait son mari.

Cet épisode m’a fait prendre conscience que nous sommes seulement des humains nous aussi

Si tu n’écoutes pas ton corps, lui, il va réagir sans ta permission. Quand je pense à toutes les fois où les gens se plaignent parce qu’on a accroché une fleur en se stationnant, qu’on a coupé un pantalon ou qu’on a fait du bruit avec notre sirène la nuit… Cette dame aurait pu se plaindre, mais elle n’a jamais rien dit. Elle pensait à son mari.

C’est peut-être ça que ça veut dire pour le meilleur et pour le pire.

Soyez bons, la vie est courte

Nadine xx

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