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Claudette Dion, La soeur de…: «J’ai une sacrée belle vie et je ne l’échangerais avec personne»

Claudette Dion est la fan numéro 1 de Céline Dion. Il n’y a aucun doute là-dessus!

Depuis 35 ans, des dizaines de livres (biographies autorisées ou non) ont vu le jour sur LA plus grande chanteuse du monde… Pourtant, ce n’est qu’aujourd’hui qu’on a le bonheur d’avoir un point de vue de l’intérieur, celui de sa sister! Après avoir reçu une tonne d’offres ici et en France afin de publier une biographie, Claudette a finalement trouvé que le timing était bon, prête à se livrer sur sa vie et celle de toute sa tribu, transformée sous l’effet de l’ouragan Céline.

Avec la complicité de l’auteur Jean-Yves Girard, qui a recueilli ses propos, Claudette revient dans le livre Claudette Dion, La soeur de… sur des moments marquants de sa vie, sur son enfance passée à Charlemagne à aujourd’hui…. tout en ne manquant pas de décrire, avec senti et émotion, sa propre expérience de l’univers hors normes de Céline Dion.

Que signifie être «la soeur de»? C’est ce qu’elle nous dévoile!

Claudette, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas beaucoup votre famille en lisant le livre… Je connais les grandes lignes, bien sûr, je suis les nouvelles, comme tout le monde, mais je serais curieuse de savoir ce qu’un vrai fan de Céline, qui sait TOUT sur elle, apprendrait de nouveau?

Mon dieu! Plus ma vie à moi en tant que «soeur de»! Parce que tu ne racontes pas ça, surtout pas aux fans de Céline… Le seul sujet qu’ils veulent entendre, c’est elle, les nouveaux scoops: «Pis, est-ce qu’elle l’a achetée, la maison? Est-ce qu’elle a vendu son château?». Ils veulent savoir quelque chose sur elle, rarement sur toi.

Ils veulent connaître les secrets de famille aussi, non?

Oui, oui, tout à fait! Mais peut-être le fait d’avoir habité chez elle, d’être à proximité des jumeaux et près de Céline, de ses demandes… J’ai été deux ans en Europe pour aider Céline et René, j’étais là lorsqu’elle m’a dit: «Peux-tu me faire une petite place cocooning pour que je me sente à la maison!». Ils avaient loué pendant plusieurs semaines un étage complet de l’hôtel George V à Paris et ils voulaient que je redécore l’endroit avec Linda pour qu’ils se sentent chez eux avant les Fêtes. Avec un garde du corps, j’ai aussi fait les emplettes avec les jumeaux dans leur poussette… Je raconte tout ça, toute la confiance que ma soeur a en moi, qui est si précieuse. J’ai aussi passé six mois à Vegas parce que tout le monde avait une bronchite et Céline ne voulait pas qu’un inconnu dorme dans son lit; c’était la première fois qu’elle quittait son petit cocon familial pour une semaine en Chine et elle était très inquiète. Elle avait besoin de sa marraine et je suis allée les aider… j’ai senti sa détresse! Je me permets de raconter quelques moments comme ceux-là parce que je les trouve beaux. Avec ce livre, je crois que les gens vont découvrir de beaux moments intimes entre soeurs!


Dans votre famille, vous avez un rôle bien particulier… porte-parole non-officielle de la famille! 

C’est extrêmement important! J’étais et je suis la porte-parole de la maison des soins palliatifs Adhémar-Dion et quand ma mère m’a demandé de l’aider à la Fondation maman Dion, j’avais déjà ce titre-là, que je n’ai pas pu abandonner. J’y ai pensé. Je me suis dit: «là, j’embarque dans quelque chose, ça va être rock ‘n’ roll, ça va être beaucoup de travail, beaucoup de développements, beaucoup de communication. Il faut que j’aille partout pour en parler! Ces deux fondations-là, ils ont besoin d’argent, je vais-tu passer pour une quêteuse? C’est donc bien difficile de demander de l’argent… il y a tellement de causes!». En bout de ligne, j’en suis venue à la conclusion que je ne pouvais pas avoir reçu autant dans la vie et ne pas en redonner aux autres, je ne pouvais pas laisser tomber mon père et ma mère! À la base, je suis supposée passer trois jours par semaine à la Fondation maman Dion, mais je n’ai jamais été capable de le faire! C’est 5 jours, parfois 6! On aide à peu près 2000 enfants par année, mais il faudrait en aider le double, parce qu’un enfant qui n’a pas ses outils pour aller à l’école, il a honte… Il n’ira pas longtemps là-bas! Maman dit tout le temps: «Claudette, un enfant pas d’outils, comment il peut construire ses rêves»? C’est obligatoire l’école! Tu ne peux pas dire: «Maman, je vais passer mon tour cette année! Je sais que tu n’as pas d’argent»! Tu ne peux pas faire ça. Il faut qu’on les aide! Alors c’est important… Je ne peux pas abandonner. Moi, mes parents ne m’ont jamais abandonnée non plus quand j’avais besoin de quelque chose. Maman pouvait passer trois heures debout pour tricoter ou me fabriquer tout ce dont j’avais besoin… Je ne suis jamais allée à l’école en manque de quoi que ce soit.

En tant que porte-parole pour les médias aussi… À chaque fois qu’il se passe quelque chose dans votre famille, c’est vous qui passez «au bat» (rires).

Oui, exactement, exactement (rires).. c’est malade! Comme quand René est décédé, quand Daniel est mort, le téléphone ne dérougissait plus… Mon frère me dit: «C’est fou Claudette… 150 appels minimum», mon frère en pleurs, évidemment… Ce n’est pas grave, on fait avec!

Est-ce que ça devient lourd de devoir gérer ça, à la longue..?

Écoute, je sais qu’on leur doit ça… Et ils s’excusent gros comme le bras… Mais, c’est là que j’ai senti, après l’accalmie, à quel point les gens nous aiment, qu’ils veulent entendre qu’on est confortables là-dedans, qu’on est encore debout et comment on vit ça, si notre mère tient le coup… Je sais que c’est pour donner des nouvelles à monsieur et madame Tout-le-monde, je sais qu’ils font leur travail, leur devoir, mais en même temps, j’ai senti la vague d’amour! On nous disait: «Nos sympathies! Lâchez pas! Eh que vous l’avez pas facile!». Ce qu’on entendait au bout de la ligne, dans les médias, c’était exactement ce que le public disait… C’est incroyable comment ils ont pu avoir des mots d’amour pour nous, des mots de sympathies!

Crédit photo: Karine Paradis

À l’inverse, est-ce qu’ils vous «gossent» aussi à chaque fois… comme avec l’apparition de Céline sur le Vogue par exemple?

Paul Houde m’a appelée justement à la radio, tu sais ben (rires)! Mais moi j’assume tellement qui je suis, je trouve tellement que c’est un privilège! On a une belle famille, on est reconnus, les gens nous aiment, il y a un prix aussi à ça. On ne peut pas se plaindre!

Je vous cite: «La rumeur court voulant que je sois une chanteuse frustrée puisque je n’aurais pas eu droit à la carrière que j’aurais voulue et méritée». Que répondez-vous aux gens quand ils vous disent ça?

J’ai déjà lu ça à mon sujet, oui… Que je me morfondais chez moi à me tricoter un châle, que je n’avais pas la carrière que je voulais! On chante tous chez nous! J’ai fait Michel Jasmin, René Angélil m’a produit, j’ai sorti des albums… quand je suis partie de chanteuse pour aller animatrice, ça, c’est venu me chercher. J’avais une identité propre à moi! J’ai 4 enfants, j’ai 8 petits-enfants, je n’ai pas envie de courir le monde!

Vous avez quand même fait L’Olympia de Paris aussi!

Oui! Oui!

Ce n’est pas pire pour une «petite chanteuse frustrée» (rires)!

Quand même!!! Quand même (rires)! Tu peux pas chanter si tu n’as pas le courage de le faire sur les planches de L’Olympia! C’est pas rien! Alors c’est de cadeaux en cadeaux… Je me disais «wow! je suis donc ben chanceuse»! Ça aurait pu ne pas marcher, mais la soeur de Céline qui fait L’Olympia et va chanter du Piaf, ma mère m’a dit «maudit que t’as du front Claudette»! Je sais, je retiens d’elle (rires)! Moi, du moment que tu es heureuse dans ce que tu fais, ce n’est pas le fun d’envier les autres, c’est pas le fun de regarder derrière, d’essayer de se comparer… J’ai une santé de fer, comme ma mère, je chapeaute deux belles fondations, j’ai une belle place… j’ai fait dernièrement Les dames de coeur avec Marie-Denise Pelletier et France Castel au Casino pendant tout le mois de mars. Je chante avec deux chanteuses exceptionnelles! Alors pour moi, ma place, ça ressemble en rien de rien à la place que Céline occupe! Et c’est pas tout le monde qui pourrait atteindre ces sommets-là. J’ai beau regarder toutes les autres chanteuses qui ont du talent comme ça s’peut pas, c’est pas donné à tout le monde de tirer son épingle du jeu et d’être adorée comme elle l’est à travers le monde…

Vous dites aussi justement qu’elle a réussi à garder une belle réputation, dans le sens qu’elle est restée éloignée des drogues et autres substances… c’est rare dans l’industrie!

C’est très très rare! Parce que c’est très demandant la carrière qu’elle a… C’est facile de bifurquer! C’est facile d’avoir besoin d’un petit remontant ou d’un petit réconfortant. Son amour pour ses enfants et son mari, ça lui a permis d’avoir un encrage! Eddy Marnay nous l’avait dit un jour, de rester près d’elle: «Elle aura besoin de sa famille parce que vous serez son équilibre. Soyez présents». On ne comprenait pas trop au début, rester près d’elle? Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse d’autre! C’est là qu’il nous a dit d’avoir du temps pour elle quand le moment se présente aussi et de faire un effort pour s’y rendre aussi… Elle a besoin de nous!

Justement, à la fin du livre, à la toute fin… Céline écrit un petit mot! Elle dit que vous êtes sa Edith Piaf. Est-ce que ça a été dur d’avoir une citation d’elle, avec son horaire chargé?

J’ai passé par ma soeur Linda et elle m’a dit qu’elle allait m’appeler! Mais je voulais juste qu’elle sache que ça allait s’appeler «La soeur de…»! C’est sûr que la presse voulait d’elle un petit mot et finalement elle a envoyé un petit mémo à toute la famille en leur disant d’écrire un petit souvenir pour moi à la fin aussi. Je ne les avais pas encore lus, parce que c’était une surprise!

Il y a un quart de siècle, en pleine ascension internationale et dotée d’un patrimoine bien moins imposant qu’aujourd’hui, Céline accordait une entrevue-choc à Lise Payette à TVA. Visiblement à fleur de peau, la chanteuse de vingt quatre ans se disait amoureuse d’un homme dont elle devait taire le nom – il s’agissait bien sûr de René, et leur amour ne deviendra officiel qu’un an plus tard. Plus étonnant, la cadette des Dion avouait que des membres de sa famille abusaient de sa générosité: «À chaque fois que je reçois un coup de téléphone, c’est pour l’argent. […] Je ne suis pas capable de leur dire non. Je leur dis d’appeler mon comptable, et lui juge si c’est bon ou non. Ça me fait beaucoup de peine que ce soit comme ça, mais j’ai pas le choix». En 1996, Céline et René donneront 100 000 $ à chaque frère et sœur. Un beau geste qui devait rester privé, mais qui s’est retrouvé à la une des journaux. L’histoire ne dit pas ce qu’il est advenu de ces treize chèques une fois encaissés. Sauf dans un cas.

Vous êtes aussi revenue sur les événements de l’entrevue de Lise Payette…

C’est un peu Jean-Yves qui me l’a amené en me disant: «t’en souviens-tu, de cet épisode-là Claudette»? Je ne l’avais pas vraiment regardé, mais j’en avais entendu parler par tout le monde, que Céline pleurait parce qu’elle disait qu’elle ne se sentait pas si riche que ça… Ils savaient qu’elle travaillait beaucoup. T’sais, si tu fais 100 000$ une année, est-ce que ça se peut qu’il y ait 50 000$ qui retournent dans la production? Pour produire, avancer, t’habiller, te payer une équipe d’attachés de presse, un bureau, des locaux, etc… ce n’est pas en faisant 100 000$ qu’elle va nous donner chacun mille là! C’est démesuré quasiment! Alors, c’est elle qui gère ça! Je sais qu’elle a pleuré… Je trouve ça triste parce que je sais pas… sûrement dans la tête des gens: «Céline est riche, ben demandez-lui de l’argent, elle va vous en donner»! T’sais, on l’entendait ça… Elle nous a quand même donné 100 000$ chaque, qui est quand même 1 million 300 00$! Elle n’était pas obligé de le faire. J’ai pu payer mon hypothèque et mes dettes avec ça, pour finalement m’acheter un Nickels.

Je ne savais pas combien ma soeur valait avant que Jean-Yves ne m’en parle pour le livre (ndlr: la fortune de Céline est estimée à 400 millions de dollars US). Ça ne m’intéresse pas ces choses-là! Je veux seulement qu’elle soit heureuse.

Tout de même, ça a dû vous faire un méchant coup dur qu’elle dise ça devant… tout le monde?

Ouin… ça peut être deux ou trois qui lui demandaient de l’argent et ça devient les 14! C’est ça qu’il faut faire attention. On les connaît et c’est dommage… est-ce qu’un jour ils s’en sortiront? Pour être heureux dans la vie, ce n’est pas juste de l’argent que ça prend. Regarde en-dedans de toi, ce qui fait que tu es dans cet état-là, qu’est-ce qui fait que tu as autant de malchance dans la vie? Ce n’est pas la faute à Céline! Elle gagne sa vie, elle ne gagnera pas la tienne en plus là! Go, sors de chez vous et trouve-toi une petite job! Moi je dis tout le temps: «Heille, chez Walmart, ils sont au salaire minimum, ils sont dans la porte à donner du coupon rabais, vas-y!». C’est niaiseux, mais je pense que ce n’est pas à ta soeur, comme ce n’est pas aux grands-mères à faire vivre les p’tits enfants non plus. Je comprends, s’il est survenu un drame, un accident de voiture… mais… moi j’me rappelle quand j’ai demandé le divorce, je suis allée sur le BS… J’avais trop honte de demander de l’argent à ma mère, encore ben moins à Céline! Elle m’a dit par la suite: «Pourquoi tu ne me l’as pas dit!???». Je ne voulais pas! Je ne pense pas que c’était sa charge à elle, de dire «je vais l’acheter moi sa maison pour payer ses dettes»!

Être la sœur de… c’est aussi recevoir des milliers de lettres et messages à transmettre à Céline!

Le nombre de fois que j’ai répondu: «Est-ce que j’ai l’air d’un facteur madame?»… On m’a tellement dit de fois: «Tu vas lui donner en main propre hein, ma lettre?», comme si Céline habitait à côté de chez moi! Vous voulez que je mette des timbres et que je lui envoie ça chez elle? Pourquoi je me ramasserais avec tout ça moi? Les gens avaient des demandes de toutes sortes, souvent ils demandaient de l’argent à Céline pour mille et une raisons! Ils ajoutaient la phrase assassine: «Je mérite ben ça, c’est nous autres qui la faisons vivre, Céline!» Oh boy, c’était malsain! Il y a une dame qui a déjà menacé de se suicider devant moi si je ne prenais pas sa lettre, d’autres allaient à la maison de mes parents pour porter des roses chaque jour et les harcelaient…

Les petites lettres, pour nous autres, c’était devenu quasiment la mode… René m’avait dit: «Claudette, arrête de ramasser des lettres. On en reçoit à travers le monde, pas juste à Charlemagne!». Je disais aux gens de ne pas me demander de nouvelles de retour… parce que les gens voulaient savoir quand Céline allait leur donner des nouvelles! Ils pouvaient devenir méchants quand je leur disais ça! C’était très intense… Ça s’apprend, être la soeur de…! Elle a tellement une belle histoire Céline. Elle est tellement simple! Elle est tellement «wow»! Les gens pensent qu’elle est capable de tout. Qu’elle va tout régler. Ça tient du miracle quasiment! On sent dans leur langage… «Céline, tu lui donnes de quoi et c’est sûr qu’elle va me trouver une solution!»… Et ça pleure!

En 1990, l’ADISQ vous a utilisée pour que Céline accepte le trophée de l’artiste anglophone de l’année… qu’elle a finalement refusé sur scène. Par contre, petit baume, votre «Cé-Céliiiiiiine», lui, est resté gravé dans la mémoire des gens et, même 30 ans plus tard, on l’utilise toujours!

Ouiiii (rires)! Je ne pouvais pas seulement dire «et la gagnante est… Céline Dion (sur un ton monotone)». Je ne suis pas comme ça dans la vie, il fallait que je dise et crie «CÉ-CÉLIIIIIIINE»! Je n’ai jamais compris à ce jour pourquoi c’est devenu vraiment commun, tout le monde dit ça depuis ce jour-là!! Quand je suis arrivée en Europe, je me suis amusée à le dire parce que c’était drôle d’entrer dans le jeu dans le fond!

Le mot de la fin?

Ce que je peux te dire, c’est que je n’envie personne! J’ai une sacrée belle vie et je ne l’échangerais avec personne. On est 14 à la maison, je regarde leur vie à eux… la mienne, elle est spéciale. C’est particulier, j’adore ça! J’ai eu deux hommes dans ma vie! J’adore ce que je fais aussi et mon mari m’appuie là-dedans! J’ai 4 enfants en santé mentale et physique encore une fois! J’ai des petits enfants adorables et ils me le rendent bien! Quand ils viennent à la maison, ils veulent dormir chez nous! J’ai une belle vie! J’ai toujours été à la recherche du bonheur, et rien d’autre! Je suis heureuse et je l’ai trouvé, le bonheur! C’est le meilleur des deux mondes, au niveau de la famille et de la carrière!

Claudette Dion, La soeur de… est disponible dès maintenant aux Éditions La Presse (27,95$).

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