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Dans mon temps…

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Le jour où nous nous mettons à débuter nos phrases par Dans mon temps…, ça ne va pas bien. Mais pas bien du tout. Soit que cela signifie que nous sommes déjà rendus à une étape de notre vie où il y a plus d’années derrière qu’il y en a devant ou nous avons tout simplement attrapé la même maladie que nos parents et nos grands-parents! Et, comble de malheur, nous sommes plus que déterminés à continuer à transmettre cet héritage de pacotille!

Il y a quelques jours, lors d’un souper entre girls, j’ai eu le malheur d’entendre ma bonne amie Marithé commencer une phrase par ces trois mots damnés. Ces mots qui ne sous-entendent jamais rien de bon, si ce n’est une comparaison tout à fait hors contexte ou un reproche long comme le bras. Il est vrai que nous aimons faire pitié aux yeux de nos enfants. Maman devait porter les vêtements de sa grande sœur. Papa a dû commencer à travailler à 12 ans pour pouvoir se payer un vélo pour aller à l’école. Stop!  Qu’on amène la muselière!

Ceci dit, fidèle à moi-même, je me suis empressée de défendre cette belle jeunesse que nous critiquons constamment. Sur le coup, Marithé s’est opposée avec véhémence. Mais elle a dû battre en retraite lorsque je me suis mise à lui dresser la liste de toutes les conneries et étourderies qu’elles et moi avons faites…  Étrangement, les mots dans mon temps sont devenus j’espère que ma fille ne fera pas comme moi.

Ainsi, d’un commun accord, toutes les personnes autour de la table en sont venues à la conclusion que, quand nous y réfléchissons un tantinet, nous n’étions pas les enfants et les jeunes adultes parfaits que nous essayons de faire croire! Et advenant le cas où nous l’avons été, il y a de fortes chances pour que ce soit parce que nos parents tenaient la bride très serrée. D’ailleurs, c’est souvent par frustration que les parents sont portés à saupoudrer toutes leurs conversations de dans mon temps.

Permettez-moi de vous ramener à la réalité. Je vais vous dire ce qu’il en est. Dans mon temps, on conduisait avec une bière entre les deux jambes. Dans mon temps, il aurait fallu sortir dans les bars vêtu comme un scaphandrier pour ne pas être intoxiqué par le goudron. Dans mon temps, les options en amour étaient quasi inexistantes. Elles étaient proportionnelles au nombre de célibataires qu’il y avait dans la ville. En supposant ici que nous ne faisions pas partie des personnes ayant une faible cote de popularité. Dans mon temps, les mamans étaient probablement plus présentes physiquement, mais cela ne faisait pas nécessairement d’elles des mamans à l’écoute.

Lorsque je regarde mon fils de 15 ans, je ne crains pas pour son avenir. Oui, il joue un peu trop à l’ordinateur avec ses amis, mais je me rappelle avoir vu des garçons de son âge qui, dans mon temps, traînaient dans les parcs et cours de dépanneur en apprenant à fumer et à boire. Et puis, qu’est-ce que je faisais de si extraordinaire, moi, à son âge?

Nos jeunes sont tellement beaux. Ils sont tellement intelligents. Ils n’ont vraiment rien à envier à dans mon temps. C’est à nous que revient la responsabilité de leur montrer que nous vivons dans un monde rempli de mille et une possibilités. Si nous sommes parfois effrayés de voir à quel point les choses évoluent rapidement, nous devons nous rappeler que tout, dans la vie, est soumis au mouvement du balancier. Un peu trop à droite, un peu trop à gauche. Viendra un temps où celui-ci ralentira sa course et c’est alors qu’un équilibre s’installera.

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