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Deltaplane : la trouille de ma vie

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Il y a trois ans, j’ai décidé de faire une chose tout à fait inimaginable: sauter du haut d’une montagne d’une altitude de 1 350 pieds (430 m). Ce que vous devez savoir, c’est que je suis probablement la plus grande froussarde que la terre ait portée.  

Il faut dire que l’idée avait commencé à germer quinze ans plus tôt, alors que je passais en décapotable devant le fameux mont Saint-Pierre en Gaspésie. À ce moment-là, je vivais l’un des moments les plus noirs de ma vie, ce qui avait réveillé en moi certaines pulsions.  Mais les quelque deux cents dollars qu’il en aurait coûté pour participer à l’activité avaient fini par refroidir mes ardeurs. Toutefois, je m’étais promis de revenir un jour et ce jour fut le 23 juin 2013.

La trouille de ma vie

C’est ainsi qu’en ce premier dimanche de l’été, ma partenaire de voyage et moi avions décidé de nous lever en même temps que le soleil pour nous rendre directement à Mont-Saint-Pierre.  On m’avait dit, la veille, que le seul moment où il serait possible de voler était très tôt le matin, car les vents soufflaient très forts dans la vallée depuis quelques jours. Ainsi, à 6 h pile, je contactais le responsable des vols pour lui dire que je l’attendais devant la porte de sa boutique. Quelques minutes plus tard, il arriva avec un collègue qui, au premier coup d’oeil, me semblait avoir un peu trop fêté la veille. J’avoue que cela eut pour effet de m’inquiéter un tantinet.  Après tout, j’allais mettre ma vie entre les mains de personnes qui, dix minutes plus tôt, dormaient à poings fermés.  Mais advienne que pourra; il n’était pas question pour moi de reculer. J’étais trop près du but.

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Une fois le matériel embarqué dans la Jeep, nous avons gravi la montagne.  De mon côté, toujours aucun stress, alors que mon amie n’en revenait tout simplement pas de ce qui était en train de se passer. Arrivée tout en haut, je me suis même penchée au-dessus du vide et toujours aucun signe d’anxiété si ce n’est un mélange de joie et d’excitation. C’est comme si, tout à coup, j’étais devenue une tout autre personne.

Si on n’est pas synchro, on peut se tuer

Après que tous les morceaux du deltaplane ont été assemblés, mon pilote m’expliqua nerveusement ce que je devais faire et l’une des choses consistait à effectuer quelques pas de course avec lui, mais de façon synchronisée. Comme l’espèce de sac de couchage qui pendait dans mon dos n’arrêtait pas de se rabattre sur mes chevilles lorsque je me déplaçais, je me suis mise à craindre qu’un de mes pieds s’accroche dedans. Vous vous imaginez la catastrophe si ça arrivait juste avant d’atteindre le bout de la passerelle!

Comme le temps pressait parce que le vent soufflait de plus en plus fort, l’instructeur devint de plus en plus tendu et impatient, un comportement qui ne fonctionne pas, mais vraiment pas, avec moi.  Il y alla même de phrases du style: si on n’est pas synchro, on peut se tuer. Euh…  Quoi?  Drôle de façon de motiver une fille à sauter dans le vide!

C’est alors que je me suis littéralement changée en statue de sel.  Mon corps refusait de bouger ne serait-ce que d’un millimètre et je n’arrivais même plus à émettre le moindre son alors que je l’entendais me menacer de tout annuler si je ne me ressaisissais pas rapidement.  Plus il me criait après, plus j’étais paralysée. En fait, j’étais tétanisée.  Même si ma tête essayait de raisonner, mon corps, lui, avait trop bien compris qu’une seule petite erreur de ma part risquait de nous faire perdre le contrôle du deltaplane et que nous nous fracasserions alors sur les flancs de la montagne.  À cet instant, mon instinct de survie avait pris le dessus pour m’empêcher de commettre l’irréparable.

Cela dura quelques minutes qui me parurent des heures. Puis, le collègue de l’instructeur s’approcha de moi et, d’une voix douce et calme, m’expliqua à nouveau ce qu’il fallait faire. Ce changement d’attitude me permit de me ressaisir. Du moins, je retrouvai assez de motricité pour arriver à parcourir la distance qui nous séparait du vide.  Mais je dois vous avouer que j’ai vraiment eu peur de me mettre à figer à nouveau. Après avoir complètement perdu le contrôle de ma petite personne, je ne savais plus trop si je pouvais me faire confiance.

Le grand vol

Heureusement, tout se passa extrêmement vite et, une fois que le deltaplane fut pris en charge par le vent, la peur se dissipa.  C’était même étrange à quel point j’arrivais à me sentir en sécurité.  En sécurité à quelque 450 mètres entre le ciel et la terre…  C’est ainsi que, pendant quelques minutes, je me glissai dans la peau d’un magnifique goéland qui survole la mer. Ce fut tout simplement magique.

À la vue d’une voiture qui circulait tout en bas, je ne pus m’empêcher de penser à la fille à la décapotable rouge qui, 15 ans plus tôt, se déplaçait sur cette même route. Comme je pouvais être fière de moi aujourd’hui! Fière d’avoir accompli l’impensable!  Fière de m’être rendue jusqu’au bout de cette idée farfelue qui était née d’un moment de désespoir, mais qui me réconciliait désormais avec la vie, car, en ce 23 juin 2013, je devenais la preuve vivante que ce qui nous limite peut être dépassé.

C’est ainsi que ce saut en deltaplane est devenu ma référence lorsque je sens que le courage me manque pour accomplir quelque chose. Au fond, nous avons beaucoup plus à offrir que nous le pensons.  Il suffit d’ouvrir nos ailes et de nous élancer.

Et vous, à quoi pensez-vous pour aller puiser du courage?

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