Culturel

Des bravos comme des mercis

alain-une

Était-ce seulement des applaudissements qu’Alain Lefèvre acceptait à l’issue de son concert au Carnegie Hall le 10 décembre dernier? Certainement pas. Ces bravos!, qui fusaient de partout, sonnaient aussi comme des mercis! Merci de faire connaître l’œuvre d’un grand compositeur québécois, André Mathieu, qui serait peut-être tombé dans l’oubli si Alain ne s’était pas battu pour jouer ses concertos un peu partout sur la planète. Lefèvre a enfin réalisé son rêve. Celui de présenter l’œuvre de Mathieu à New York dans la même salle de concert mythique où avait lieu, il y a 70 ans, le concert de ce petit Mozart canadien. Mathieu avait treize ans et trois jours à l’époque, et avait bénéficié d’une entrée particulière aux États-Unis grâce en partie au patronage d’Elisabeth Arden, qui en avait fait son protégé. Un succès en Amérique était la seule issue possible pour faire connaître le garçon, qui avait joui d’un succès en Europe, mais qui avait dû renoncer à son séjour à Paris après que la Deuxième Guerre mondiale eut été déclarée.

André Mathieu était consumé par son amour impossible avec Huguette Oligny et Alain Lefèvre a choisi de présenter une des pièces qu’il a composées pour elle en toute fin de spectacle. Un des moments émouvants pour moi et aussi pour mon amoureux, pour qui le spectacle était le cadeau d’anniversaire de sa famille et amis. Iohann est fan d’André Mathieu et peut-être encore plus d’Alain Lefèvre. Le pianiste nous a offert une prestation enlevante, avec des moments spectaculaires, grâce à son travail colossal et le tonus de la chef d’orchestre Joann Faletta qui maintenait la cadence avec vigueur. Des compositions qui expriment les états d’âme tumultueux de ce musicien décédé dû aux conséquences de l’alcoolisme à 39 ans. L’effet en est encore plus prenant quand on s’imagine à quel point Alain Lefèvre, un homme tendre et calme, doit se faire violence pour interpréter cette musique, qu’il offre au public telle une décharge électrique. Sur disque, l’effet de cette musique parfois chaotique, mais brillante est déjà surprenant. En concert, on réalise que seulement dix doigts et un cerveau sont à l’origine de ces manœuvres. Un homme seulement. Mais quel homme! Bravo… Et merci Alain!

photo-13

Partager cet article

Vous aimerez également