Vivre

Emmitouflée dans une doudou de Caillou

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Hier, la première neige a empreint de givre la fenêtre de ma chambre. Emmitouflée dans une doudou de Caillou, je m’évade dans mon imaginaire comme je le fais chaque matin. En buvant mon café, je pianote sur mon clavier des verbes qui trouvent refuge dans le creux de mon ordi.

Avant de plonger dans le tourbillon des appels, des rendez-vous, du brouhaha du quotidien, je prends cet instant, munie de mes mots, et je fais défiler les phrases.

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Il fait froid dehors. Ça sent l’hiver et le sapin en épines de plastique ne tardera pas à sortir de sa boîte de carton pour hiverner dans mon salon.

Ce qui diffère de ma vie d’avant, ce n’est pas le sapin, ni la fenêtre glacée… c’est la doudou de Caillou et le réveil qui n’est plus teinté de la musique stridente de mon cadran, mais plutôt coloré par un petit bout d’humain qui, à 6 heures tapantes, se faufile dans mon lit pour se coller les pattes froides entre papa et moi. À peine réveillée, je sens un sourire s’esquisser sur mon visage. Et je «snooze» pour un quinze minutes supplémentaire afin de profiter de ce moment sacré.

Ce qui se distingue de jadis, c’est que lorsque mes deux amours me quittent pour la garderie et l’école, le «je-me-moi» ne dure que quelques heures et ma caverne est vite inondée par leur retour joyeux.

Mon sommeil n’est plus le même lorsqu’une semaine sur deux, ces êtres prennent d’assaut la maisonnée. Le temps s’arrête et mon nombril n’est plus au centre de la mêlée. Et lorsqu’ils s’envolent de mon nid, je m’ennuie. J’ai hâte de les retrouver et d’enfouir mon nez dans leur petit cou.

Alors ce matin, j’ai ramassé la doudou de Caillou qui traînait au pied du lit, et je me suis emmitouflée pour écrire ce billet inspiré par ces deux petits effervescents à l’enthousiasme bouillonnant.

Je n’avais pas prévu tomber amoureuse d’un papa. Je n’avais pas calculé cette éventualité dans mon chemin de vie. Je n’avais pas prédit que le mot belle-maman me collerait à la peau et, au cœur surtout. Je ne me suis pas levée un matin en me disant : Aujourd’hui, jour J, je deviens belle-maman!

Non… Oh non. J’avais plutôt imaginé un homme exempt de lourd passé, sans ex piétinant mon décor, sans enfants qui gravitent déjà autour sans être sortis de mon bide. Un nouveau avec qui les souvenirs seraient imagés de nous, uniquement. J’avais plutôt cru que je bâtirais sur du neuf sans l’ombre omniprésente de… personne. Mais nous ne choisissons pas de qui nous tombons amoureux, croyez-moi, je connais le dossier.

Peu de temps après avoir rencontré mon prince barbu, j’ai fait la connaissance de ses deux enfants. Et mon cœur s’est ouvert pour ne plus jamais se refermer.

Deux et six ans. Le plus jeune hyperactif, hyper sensible, hyper intelligent, hyper gentil, hyper attachant, hyper toute. Et le plus vieux, avec une difficulté supplémentaire, autiste et merveilleux, avec ses défis et ses réussites. Et les miens par ricochet. Je ne croyais jamais un jour sauter de joie alors qu’il se balançait seul pour la première fois à huit ans. Ou pleurer à chaudes larmes de fierté alors qu’il a réussi à intégrer un groupe dans un cours de danse après maintes tentatives. Jamais je n’aurais cru aimer à ce point.

Mon barbu et notre cellule familiale sont un quatuor fonctionnel, fusionnel et totalement sain. J’ai trouvé ma place… la famille m’a ouvert grand les bras et m’a accueillie comme leur propre fille. Les enfants m’ont adoptée d’emblée. Je suis une belle-maman comblée. Mais les débuts ont tout de même été périlleux dans mon cheminement personnel.

Alors je pose la question. Comment se définissent les belles-mamans dans une nouvelle cellule familiale?

Bien évidemment, une panoplie de facteurs fait osciller la flèche du baromètre vers le «difficile» ou dans la direction du «facile».

Mais généralement, les belles-mamans (Dieu que je déteste ce terme!) se font infliger un test de qualité dûment rédigé par les proches. Elles ne doivent pas prendre la place de la mère, terrain sacré et bien gardé, mais doivent s’impliquer dans le quotidien des enfants. Elles doivent se faire discrètes, tout en étant présentes. Elles doivent couvrir d’amour la progéniture de papa, c’est ce à quoi on s’attend d’elles.

Alors, belle-maman… Marche sur des œufs; implique-toi, mais pas trop; aime sans prendre de place; donne tout ce que tu as, mais ne sois pas présente à la fête d’anniversaire du plus vieux, car la tante n’est pas «à l’aise»; aide aux devoirs, mais ton opinion n’est pas la bienvenue concernant l’éducation des enfants.

Alors hurle dans ton oreiller pour que personne ne t’entende:

– Je n’ai pas besoin d’empiéter sur l’espace de qui que ce soit! Je veux simplement ma place!

La belle-maman doit faire le deuil d’avoir un chum juste à elle. Le deuil de fonder une famille, sa famille. Le deuil des premiers moments que l’homme de ta vie a déjà vécus avec l’ex. Et surtout, avoir l’ombre de la mère bien présente. L’ombre d’une autre femme qui vieillira avec nous, ai-je entendu un jour quelqu’un me raconter. Malgré tout, les frontières doivent être respectée et établies.

Je crois qu’une belle-maman a elle aussi le droit de respirer, de mettre ses limites et d’installer un respect. Elle a autant le droit que son conjoint d’avoir des instants où les marmots lui tapent sur les nerfs et où une marche est nécessaire. Et, elle a pleinement le droit de les aimer, de les chérir en toute liberté.

Alors que le nouveau chum de l’ex apparaît soudainement sur Facebook, portant les petits sur ses épaules et affichant son sourire gentil sans avertir qu’il est le nouveau venu, la belle-maman est tenue de se faire toute petite malgré les années et se taire. Pourquoi? Parce que la figure paternelle dans un couple est nécessaire donc il débarque comme un super héros?

Non. Belle-maman, prends un verre de Jura, une cape de Superman et défriche ton terrain pour y bâtir ta cabane.

Oui, il est possible de créer un pont, d’être une famille reconstituée et d’avoir sa place comme belle-maman. Dans le respect, l’honneur de qui nous sommes et surtout, pour l’amour des enfants.

Il y a Youpi, Badaboum, le Bonhomme Carnaval, les Barbies, Spider Man, Caillou… et il y a aussi Poufette, qui est loin d’être une simple mascotte populaire auprès des enfants.

Poufette, c’est mon surnom. Je ne l’ai pas choisi, personne n’a fait de concours pour me l’attribuer. Il m’est unique et je l’aime d’un amour infini. C’est celui que m’a donné spontanément le fils de mon chum. Il voulait dire Schtroumpfette je présume, mais Poufette ce sera.

Poufette aura un jour les cheveux blancs. Et mes deux petits amours seront grands. Je suis leur belle-maman et j’assume à présent.

Photographie couverture: SAME RAVENELLE

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