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Hymne à la maman universelle

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8 mai 2016. Fête des Mères. Facebook est inondé de photos «mère-fille», «mère-fils». Mon cœur lui, vogue sur une mer tumultueuse d’émotions. J’aime ma maman. Je l’aime «aussi gros que mille millions de montagnes» comme nous nous plaisions à le répéter mes sœurs et moi alors que nous étions enfants. Ma mère signe encore ses cartes de souhaits et ses courriels de cette façon. «Jag älskar dej som tusen miljoner berg».

Un soleil plombait sur le mont Saint-Hilaire lorsque je suis née. Les tulipes ornaient l’allée vers la maison familiale. Ma grande sœur d’un an et demi, tout juste réveillée d’une sieste d’après-midi, gazouillait dans son lit douillet à l’étage. C’était dimanche et aussi la fête des mamans. La mienne m’attendait depuis neuf longs mois déjà et le jour J était finalement à sa portée. Elle m’aimait déjà. Elle m’a toujours aimée avant même de me rencontrer. Elle s’est avancée vers ma grande sœur et lui a murmuré à l’oreille « À partir de cet instant, ta vie changera pour toujours. Tu auras une petite sœur d’ici quelques heures. N’oublie jamais que je t’aime comme mille millions de montagnes ». Et puis elle est partie me donner la vie.

Elle ne se doutait guère que j’allais lui faire perdre les pédales avec mes simagrées d’ado rebelle. Elle ne pensait pas non plus qu’un jour, j’allais disparaitre sans donner de mes nouvelles. Elle ne s’imaginait sûrement pas arrêter de dormir parce que je n’étais toujours pas rentrée. Mais elle m’a aimée. Sans condition. Elle m’a aimée pour ce que je suis sans essayer de forger ma personnalité à la sienne ni tenter de me modeler à ce qu’elle avait imaginé comme progéniture. Elle a fait de son mieux pour ne pas me transmettre ses peurs et ses angoisses… Il faut être forte pour être une maman. Elle m’a aimée sans m’étouffer non plus de son amour maternel. Elle m’a confrontée parce que comme un miroir, elle me reflète qui je suis… Je lui ressemble un brin, moi aussi je suis devenue une lionne de belle-maman. J’ai été aimée et j’aime à mon tour.

Avons-nous tous cette chance de ressentir l’amour de notre mère à profusion? Non. Malheureusement, le soleil ne plombe pas toujours le jour de notre naissance. Les tulipes ne font pas toutes la file sur l’allée de garage.

Au cours de notre vie, nous rencontrons des êtres sans savoir qui ils sont véritablement. Nous ne connaissons ni leur parcours ni leurs histoires. J’ai dans mon entourage depuis quelque temps une femme qui a le cœur sur la main. Tatie… On la surnomme Tatie. Elle nous aide dans le quotidien avec les enfants. Elle aime sans limites, donne sans calculer, écoute sans parler. Elle est une maman dans l’âme et ça se sent. Pourtant, elle n’a pas d’enfants. Du moins pas les siens. J’ai eu dès notre toute première rencontre, le sentiment qu’elle aurait pu être ma deuxième mère… et celle de tout le patelin. Elle dégage cette vibration qui nous fait sentir en sécurité, en confiance et remplis d’amour. Pourtant, Tatie n’a pas eu de maman. Sa mère l’a conçue égoïstement, pour combler un besoin d’amour. Aussitôt sortie de l’enfance, elle ne l’a plus voulue et en a créé un deuxième qu’elle a rejeté aussitôt, puis rebelote avec le troisième. Ils sont trois frères et sœurs élevés de la même façon, sans amour ni respect d’une mère présente de cris et de colère. Pauvre, la « mère » envoyait les enfants à sa place mendier au curé pour pouvoir par la suite se pavaner dans la paroisse sans ressentir la honte d’avoir demandé. Elle se « suicidait » une fois par semaine, laissant percevoir que la faute de cet acte reposait sur les épaules des enfants, lesquels n’auraient jamais dû exister. Une mère égoïste, une mère nombril… Une mère avec un passé probablement, mais je m’en contrefiche en ce moment.

Aujourd’hui, les trois enfants sont tricotés serré et ont fait le choix de couper le cordon avec celle qui leur a donné la vie. Et c’est bien ainsi. Tatie n’aura pas d’enfant, car elle est maman depuis ses 4 ans et qu’elle prend une pause en ce moment. Étant l’aînée de cette famille dysfonctionnelle, elle a appris à cajoler, dorloter et protéger son frère et sa sœur. Elle se voue aux autres, se donne en faisant du bénévolat dans les orphelinats et berce des bébés qui, à leur tour, sont lapidés de rejet, abandonnés par leur mère. Elle renoue ainsi avec son enfance et redonne ce qu’elle n’a jamais reçu.

L’histoire de Tatie n’est pas la plus immonde. Des milliers d’enfants grandissent sans amour, sans respect et réussissent à ressurgir suite à des histoires d’horreur sans pareilles.
Et mon cœur vogue sur une mer tumultueuse d’émotions lorsque je pense à ces enfances…

La fête des Mères… oui. Et aujourd’hui la fête des mamans universelles. J’honore Tatie. La plupart des femmes peuvent être mères, mais ce n’est pas donné à toutes d’être maman. Tatie est une maman universelle et une larme coule doucement sur ma joue lorsque je me remémore son vécu. Le jour de la fête des Mères, j’ouvrirai dorénavant les frontières et je ferai la révérence à toutes ces mamans universelles qui se donnent corps et âmes aux enfants de la planète. Ça prend un village pour élever un enfant et ça prend des Taties pour célébrer la vie.

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