Vivre

Intimidateurs Anonymes

Lucien Bouchard raconte au Journal de Montréal comment il a été intimidé dès l’âge de 9 ans. Dents cassées, bouche en sang, oeil au beurre noir, il était devenu pour les cancres de l’école, le premier de classe qu’il fallait insulter. Détruire. La ‘tapette du cours classique’. Le week-end, il fabriquait avec ses frères des haltères en béton pour s’entraîner en vue de se défendre le lundi suivant. Monsieur Bouchard vient de s’associer à la Fondation Jasmin Roy, comme le font aussi Gino Chouinard, Yan England, Alexandre Bilodeau et Yannick Nezet-Séguin, pour dénoncer les agressions. Grand geste pour l’avancement de cette cause. Il encouragera sûrement les parents, qui y verront un peu d’espoir : un jour mon amour, même si on t’intimide à l’école, tu deviendras peut-être à ton tour premier ministre, grand skieur ou acteur. Sois fort… Quand on est petit et qu’on est encore entouré de cette violence, la dénonciation devient un grand et courageux risque.

J’aimerais dans la même foulée, est-ce un rêve utopique, voir un jour une campagne où l’on voit d’anciens agresseurs affronter les caméras et avouer qu’ils ont déjà roué de coups le petit ‘nerd’ de l’école. Qu’ils expliquent pourquoi ils le faisaient et comment ils s’en repentent. Chaque fois que le sujet de l’intimidation revient en avant-plan dans les médias, j’entends à la machine à café du bureau, des gens qui se repentent d’avoir insulté la ‘petite pauvre’ du coin dans l’autobus. Ils ont souvent pensé à s’en excuser, devenus adultes mais ne l’ont jamais fait. Créer une ligne de courage virtuelle, où les gens pourraient tendre la main à celui ou celle à qui ils ont fait du mal. Il y a autant d’agresseurs que d’agressés et je crois qu’un tel message (peut-être a-t-il déjà été imaginé?) pourrait faire la différence et peut-être toucher le cœur de ces jeunes qui ne savent pas comment canaliser leur violence ou ne connaissent pas encore le respect d’autrui, car on ne leur a pas enseigné à la maison. Comment aide-t-on les jeunes intimidateurs à se sortir de cette roue dans laquelle ils sont pris? Comment donner des pistes de solutions aux parents souvent très malheureux du comportement de leur enfant? Il faut mettre de l’énergie sur l’autre partie sombre du problème, faire connaître des comportements de remplacement que le jeune peut exercer. Un exemple? J’ai un ami qui a été intimidateur pendant une grande partie de sa jeunesse et qui ne peut encore à ce jour s’expliquer les raisons de cette agressivité. Ses parents, ce qu’il y a de tout à fait gentil, ne réussissant pas à faire changer l’attitude du garçon, lui ont acheté en dernier recours, un chiot. Le jeune a alors transféré son attention sur l’animal et la personne douce que je connais est née à ce moment. Un peu simple comme histoire, mais les spécialistes parleront de comportement de remplacement (remplacer un comportement par un autre) qui est une des façons de diriger les actions vers le positif.

L’intimidation commence par un mal de vivre qui doit être exprimé. Je ne suis certainement pas experte, mais ai depuis longtemps la forte impression que nous devons traiter la cause, pas seulement le malheureux résultat. Pour trouver des pistes, les parents peuvent communiquer avec Ligne Parent et les enfants peuvent consulter Jeunesse j’écoute.

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