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J’ai tué la séduction

seductiongymune

Ça s’est passé il y a quelques jours. J’étais au gym, sur l’escalateur, et je m’époumonais à monter frénétiquement des marches comme si ma vie en dépendait. Un homme s’est approché de moi et il m’a fait signe d’enlever mes écouteurs. Ce que je fis. Il m’a lancé: Je te regarde depuis quelque temps t’entraîner. Je te trouve bonne. Je trouve que tu te donnes beaucoup. Je te trouve inspirante. Ah ben… Euh… Ma réponse fut: Eh bien merci. C’est parce que j’écoute du Mozart. Toute dégoulinante de sueur, je remis mes écouteurs et mis fin ainsi à l’éclosion d’une possible conversation.

Eh bien merci. C’est parce que j’écoute du Mozart. C’est tout ce que j’ai trouvé à répondre. Bravo! Pourquoi ai-je répondu ça? Aucune idée. J’étais bel et bien en train d’écouter le Requiem de ce prodige, mais pourquoi ai-je senti le besoin de le manifester? Encore maintenant, quand j’y repense, c’est pas mal le néant dans ma tête. En fait, je crois que j’ai été surprise. Surprise de me faire aborder dans un endroit où je ne suis pas à mon avantage, surprise d’avoir été prise de court et de ne pas avoir pu contrôler le message et surprise, parce que dépassé 40 ans, j’ai l’impression que les hommes n’abordent plus les femmes comme il y a 20 ans. J’ai été surprise. Point.

C’est drôle parce que j’avais remarqué cet homme depuis quelques semaines. Il regardait toujours dans ma direction, mais je n’en faisais pas de cas puisque derrière mon escalateur, il y a une horloge. J’ai mis ça sur le fait qu’il calculait son temps de façon un peu old fashion. J’avoue que cette réponse m’a quelque peu réconfortée. Quelqu’un qui fixe une horloge pour calculer son sprint sur un appareil… Ben oui, ça se peut! Peut-être…

Il y a comme un doute qui s’est installé dans ma tête depuis l’avènement des réseaux sociaux, des applications ou sites de rencontres et je crois que cela m’a fait perdre un peu d’habileté sociale avec les hommes. Avec le temps, je me suis habituée à un rythme de séduction qui n’existe pratiquement plus dans la vie réelle. Je ne connais plus que les communications très peu spontanées.

Ça me rappelle une soirée BBQ entre amis cet été. J’ai revu un gars que je n’avais pas vu depuis quelques années. Entre lui et moi, ça a toujours été un peu weird. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années. J’ai été attirée par son regard sur moi lors d’une fête. J’ai soutenu son regard et après quelques allers-retours près de lui, je l’ai abordé. La chimie était là, mais je ne suis pas allée plus loin, car je n’imaginais pas qu’il pouvait vraiment s’intéresser à moi… Peut-être parce que nous n’avions pas conversé sur internet avant. Allez savoir.

Mes amis m’ont dit à tour de rôle: j’pense que ce gars-là s’intéresse à toi. Mais je ne l’ai pas cru. J’ai vociféré qu’il était comme ça. Qu’il devait cruiser tout ce qui bougeait. Avais-je tort? J’pense que oui… Mais ma réponse me réconfortait. Je sais, je suis ridicule…

Le web offre une armure incroyable qui peut désarmer à la longue. Protégée derrière mon écran, j’ai oublié comment c’était avant… Dans la vraie vie, là où la confiance s’installait à chaque battement de cœur. J’ai oublié que ça existe un homme qui prend son courage à deux mains pour m’aborder au lieu de m’écrire que j’ai l’air cute sur mes photos.

J’ai tué la séduction. Mon cerveau a décidé que ça ne se pouvait pas. Je ne pense pas que ce soit un manque de confiance, mais peut-être une façon bien intime d’avoir préféré un poke sur Facebook à un regard bien senti.

J’ai une amie qui me disait dernièrement que les hommes d’aujourd’hui n’osent plus séduire. J’ai pensé en moi-même: peut-être, surtout si une partie des femmes agissent comme moi.

J’ai réalisé que le fait de m’être cachée derrière une photo de profil pendant des années m’a un peu carencée au niveau des relations interpersonnelles. Peut-être devrais-je apprendre à accueillir différemment les situations imprévues, comme un beau gosse qui me sourit lorsque j’achète mon latté du matin au café du coin. Et lorsqu’un homme m’abordera au gym, j’aurai l’option de mentionner le pouvoir caché de Mozart, mais aussi de déposer mes écouteurs et de lui demander: Toi, qu’est-ce que tu écoutes?

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