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Je suis cyber tannée

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Je suis cyber tannée parce que dans les dernières semaines, des femmes ont été un peu beaucoup écorchées sur le web que ce soit avec l’affaire Safia Nolin, le tweet qui a bien fait jaser concernant les auteures du livre Les Superbes ou encore l’aveu d’Alice Paquet sur la dénonciation de son agresseur. Ces femmes ont été critiquées, insultées et intimidées. Il y a même des gens qui ont été assez brillants pour leur dire qu’elles n’avaient, à la limite, pas le droit de vivre. Je donne ici l’exemple de femmes, mais ce n’est pas mon point. Je crois que peu importe son sexe, sa nationalité, son orientation sexuelle, ses allégeances politiques ou sa religion, aucune personne ne mérite de se faire manquer de respect. Aucune.

Lorsque j’étais en sciences politiques, dans un cours qui se nommait Violence, conflit et politique, le professeur nous avait demandé quelle était la manière la plus facile (veuillez nuancer ici le terme facile) pour un soldat de tuer un autre être humain en zone de conflits: face à face ou à 1000 mètres? Nous avions répondu à 1000 mètres parce qu’à cette distance, on ne voit que des ombres et on ne voit pas l’autre s’éteindre. On sait ce qu’on fait, sans vraiment en avoir la notion. C’est un peu comme ça sur le web. On largue des bombes à 1000 mètres, on sait qu’on risque de blesser, mais on ne connaît jamais vraiment l’ampleur des dégâts.

C’est pas mal ça la cyber intimidation : des bombes larguées à distance.

La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

(Proverbe populaire)

Selon Wikipédia, la liberté d’expression est le droit reconnu à l’individu de faire connaître le produit de son activité intellectuelle à son entourage. Pour faire plus simple, c’est un droit fondamental oral et social qui permet à un individu d’exprimer son opinion. Tout le monde a le droit à son opinion et a le droit de la partager. Soit.

Mais est-ce que toute opinion est bonne à partager? Et c’est quoi au juste une opinion? Où est la ligne entre donner son avis sur un sujet et insulter violemment quelqu’un? Celle qui définit où s’arrête la liberté des uns et où commence celle des autres? Je l’avoue, je n’ai pas la réponse, mais je doute que traiter une personne de grosse vache sur sa page Facebook soit le produit d’une activité intellectuelle digne d’être partagé.

J’ignore c’est quoi d’être venu au monde avec les réseaux sociaux. Est-ce qu’on finit par s’habituer à être constamment jugé? Est-ce qu’on accepte que des notions de base comme le respect, l’empathie et l’écoute prennent le bord assez rapidement lorsque certaines personnes sont bien protégées derrière leur écran? J’ose espérer que non. Ça me désole de voir que la cyber intimidation est devenue monnaie courante et que ça fait désormais partie de nos vies. Ça me désole qu’un enfant puisse vivre de l’intimidation à l’école et qu’il puisse continuer à en vivre rendu à la maison juste en ouvrant son ordinateur ou son cellulaire. Ça me désole de voir que des opinions de salon se ramassent sur le web aux yeux de tous. J’trouve pas ça nécessaire. On devrait tous se poser la question avant d’écrire sur quelqu’un à savoir si on oserait faire le même commentaire si nous étions face à face avec cette personne. Peut-être que non, peut-être que oui, mais nos propos seraient sans doute beaucoup plus nuancés, car il n’y aurait pas de barrière entre nous et la personne que l’on voudrait blesser.

Il y a quelques années, Jeannette Bertrand dans une entrevue, avait dit que sur 100 lettres d’amour que tu reçois de ton public, s’il y en a une, mais seulement une où une personne te dit qu’elle ne t’aime pas, cette lettre venait d’effacer les 99 autres… À l’ère du web, ce n’est plus qu’une seule lettre méchante, mais parfois des centaines de commentaires qui viennent estomper tout l’amour reçu.

Nous sommes tous des êtres humains, avec un cœur, une sensibilité et une estime de soi. Ça serait le fun qu’on essaie de vivre ensemble sans trop s’écorcher. Ça serait le fun qu’on mette autant de vigueur à dénoncer des enjeux de société et politiques qu’à exprimer son besoin de dire à quel point on n’aime pas les cheveux d’une animatrice de show de télé. Ça serait, du moins, plus constructif.

On entend souvent dire qu’il faut tourner sa langue 7 fois avant de parler, moi je vous propose de tourner votre doigt 7 fois avant de cliquer. Et en cas d’impulsivité que l’on regrette, il y a toujours le bouton delete juste en haut, à droite, qui peut être bien réparateur. Avec une petite excuse en sus… Pour redevenir cyber décent.

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