Vivre

Je suis une AA

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Je suis une AA. Je fais partie du groupe des Angoissés Automnaux qui sillonnent les rues du Québec en quête de lumière. C’est pas à moi la faute, c’est à la saison froide qui me durcit l’anatomie, des petits orteils jusqu’aux parois nasales. Elle me durcit l’âme aussi. Ça arrive chaque année, pendant quelques semaines. À l’automne, j’anticipe l’hiver et je doute de mes capacités à raccommoder mon bonheur. Mes pensées deviennent sombres et j’ai juste envie de manger des miches de pain beurrées de Nutella. Comble de malheur, quand je le fais, mon état mental s’effrite au maximum. Je suis une incapable de la saison froide et pire encore, chaque année, je pense que c’est juste à moi que ça arrive. Vraiment!

Alors que j’étais seule au monde dans mon petit désespoir sur le bord d’un fossé, une amie m’a lancé : Ah toi aussi? C’est dur, le changement de saison hein? Je n’ai rien répondu parce que j’ai toujours eu l’impression que la dépression saisonnière était un mythe. Un peu comme les SPM. Ça arrive aux autres, mais pas à moi. Je suis capable de me contrôler. Ouais… j’ai aussi pensé ça avant d’accoucher!

Cette année, j’ai pris les grands moyens. Je me suis acheté non pas une, mais deux lampes de luminothérapie, la première pour la table à déjeuner et l’autre pour le bureau, que tous les animateurs de Rythme FM utilisent aujourd’hui. Après deux semaines, je me sens déjà mieux. Mais ce n’est pas que la lumière le problème, c’est aussi la température! Je suis retourné voir mon naturopathe pour me plaindre de mon incapacité à suivre son plan qui fonctionnait pourtant si bien ce printemps et cet été.

–C’est normal, m’a-t-il dit. Tout le monde est maussade et prend une débarque côté nutrition en automne. Je les vois arriver dans mon bureau comme des zombies, déçus d’eux-mêmes…

À son avis, dès que le vent du nord nous effleure la peau à l’automne, nos pores se resserrent ce qui empêche les toxines de s’évacuer. Un stress de plus pour notre constitution déjà bien éprouvée. Bon, une autre information pour expliquer le mal-être.

Ma perception de l’hiver

À la longue, on s’y fait. Mais la grande question persiste : vais-je subir ou apprécier l’hiver? Une chose est certaine, je dois changer ma perception. Quand j’étais petite, je vivais dans une magnifique maison… isolée au beau milieu de 350 acres de bois à Saint-Charles-sur-Richelieu. L’été, c’était magnifique. Je pouvais prendre ma bicyclette pour aller visiter mes amis. L’hiver, lui, était long en sapristi! Surtout que mes parents n’aimaient pas jouer les taxis. Vers l’âge de 11 ans, à l’époque de leur divorce, j’ai commencé à soulager mon ennui en mangeant à la cuillère des bols à demi remplis de beurre d’arachide mélangé avec du miel. Ne riez pas! Dans une famille de hippies, c’est la seule cochonnerie que je pouvais trouver dans le garde-manger! Cela m’apaisait, contrait ma solitude et surtout, mon impuissance.mitscereale

Aujourd’hui adulte, lorsque je me retrouve seule dans notre chalet dans la forêt (il fallait qu’on choisisse ça), avec tous ces sapins qui bloquent ma vue, l’angoisse me reprend. Je suffoque. Et puisque tous les membres de ma famille sont des champions de ski alpin et partent toute la journée, ça m’arrive très souvent. Je fais donc seule le matin mon heure de raquette ou de ski de fond avec un livre audio dans les oreilles, puis je travaille sur mon ordi. Sans m’en rendre compte, je suis état d’attente et de servitude en préparant le repas pour le retour des miens. C’est lors de ces moments d’ennui que je pige dans le frigo au lieu de me faire plaisir autrement.

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J’ai réalisé récemment que quand je vis de tels moments, je dois sortir ma petite fille intérieure du bois et lui donner un lift pour aller là où elle le désire. Lui dire qu’elle n’est plus impuissante et qu’elle a toutes les possibilités du monde. Je serai là pour la soutenir, même si ça me fait une autre enfant à charge!

Cet hiver, je tenterai de me stimuler avec des activités qui m’allument et m’inspirent pour ne pas être à la remorque des occupations des autres. Je suis d’ailleurs déjà à la recherche de petits cafés avec vue non obstruée (sans arbres svp!) pour jaser avec une amie. J’aimerais aussi trouver un cours de yoga (chauuuuud!) et peut-être un atelier de peinture ou de cuisine. Pas évident quand on est parent de prendre du temps pour soi (et mes filles ne font pas de sports exigeants comme le hockey), mais cet hiver, je prioriserai le transport de mon enfant intérieur. Aimeriez-vous avoir un lift vous aussi?

Bon mois de novembre à tous! Merci de lire mes folies passagères et de nous visiter chaque jour sur Mitsou.com.

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