Vivre

Justin

justin-1

Je n’ai pas d’enfant. Est-ce que ça me manque? Oui et non. Oui, parce que ça faisait partie de mon plan de vie et que ce n’est pas arrivé. Non, parce que je vis selon le principe que ce que tu ne connais pas ne fait pas mal. Tu ne peux pas dire que tu adores la crème glacée si tu n’y as jamais goûté. Tu peux trouver ça alléchant sur photo, mais tu ne peux pas dire que ça te manque. Tous les mamans et les papas autour de moi me l’ont dit, avoir un enfant est la chose la plus magnifique qu’un être humain puisse connaître dans sa vie. Je le crois. Mais je ne l’ai pas vécu donc à quoi bon essayer de m’imaginer ce que le destin n’a pas voulu me donner. Par contre, j’aime les enfants. Que ce soit avec les enfants de ma sœur ou ceux de mes amies proches, j’ai su tisser des liens avec ces petits êtres humains qui me sont plus chers que ma propre personne.

J’ai fait la rencontre de Justin il y a 8 ans, à l’hôpital Sacré-Coeur. Dès que mes yeux ont rencontré les siens, j’ai su que j’allais l’aimer toute ma vie. Il était plus que magnifique et braillard à souhait. Il ressemblait étrangement à mon père, d’où le surnom affectueux que je lui ai donné: mini monsieur Savard.

Cette année, pour son anniversaire, ma sœur m’a demandé de ne pas lui offrir de jouet. Elle voulait que j’offre à mon filleul un «moment», un souvenir, un petit quelque chose dont il allait se rappeler toute sa vie. AAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH!!!!!!!!! Ah ok! Bonjour la pression! Qu’est-ce qu’un enfant de 8 ans aime? Je ne sais pas. De quoi rêve-t-il? Je ne sais pas. Pis surtout, on occupe ça comment un enfant à l’extérieur de la maison? Je ne sais vraiment pas. Si on avait été deux, ça aurait été plus facile. J’aurais dit à mon chum: toi, occupe-toi du danger et des méchants, moi j’vais m’occuper de son bonheur. Mais là, toute seule, à devoir tout gérer d’un coup… Ça me sortait littéralement de ma zone de confort. Oui, je passe souvent du temps avec lui, mais en famille. Oui, il m’arrive de le garder, mais dans SA maison, avec SES jouets et son frère Léo pour l’occuper. Mais là, un moment? Vraiment? Tout à coup qu’il lui arrive quelque chose? Je pense que je ne m’en remettrais jamais.

J’ai commencé à chercher et à penser à ce fameux «moment». Puis il me vint une idée. Il y a un an, à Noël, j’ai offert à Justin le jeu de magie de Luc Langevin. Pourquoi? Parce qu’il est timide et que je trouvais qu’apprendre des tours de magie et ensuite les présenter était une bonne façon d’aller vers les autres. Ce fut le cas, le lendemain du réveillon. Justin et moi avons étudié notre premier tour de magie. Moi, j’étais la metteuse en scène (appelez-moi Sylvie Denoncourt SVP!) et je lui disais quoi dire et quoi faire pour que son tour devienne quelque chose de théâtral et de grandiose. Le soir de Noël, quand la famille du côté de ma mère est arrivée, Justin a fait le tour de ses oncles et de ses tantes afin de leur montrer son super tour de magie. Un succès! Vraiment, je suis fière de mon filleul! Voyant son intérêt pour ce magicien qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam, car ma sœur a décidé d’élever ses enfants sans télé, je lui ai offert les trois premières saisons de sa série télévisée… Tant qu’à être excessive! Et c’est là que j’ai créé un monstre. Dans la tête de mon neveu, je connais super bien le magicien. Donc, chaque fois que je vais le voir à la maison, son sujet de conversation est: Luc Langevin. Luc n’a pas idée à quel point il a été le centre de notre vie de famille pendant un long moment. J’ai dû répondre (en improvisant) à des questions plus farfelues les unes que les autres à son sujet. Justin en est devenu presque fatiguant, mais avouons-le, j’ai un peu couru après, car c’est tout de même moi qui ai alimenté son imaginaire afin qu’il ait sa première idole.

Donc, pour son anniversaire, son «moment» allait être bien simple: on irait voir le spectacle de Luc Langevin. Ça va être LA soirée de mon Justin. Nous irons manger au restaurant, puis au spectacle et on se couchera très tard.  BONHEUR! Lorsque je lui ai fait part de mes plans, il était tellement heureux! Une soirée avec sa tatie pour lui tout seul. Il capotait et comptait les dodos. Moi aussi d’ailleurs, mais avec un niveau de stress grandissant de dodo en dodo. Le fameux soir, je lui donne un choix de plusieurs restaurants dans le coin de la Place des Arts. Je rêve qu’il choisisse la rôtisserie populaire afin que je puisse prendre mon verre de vin et ainsi amenuiser mon niveau de stress… Mais non, c’est le clown avec les arcs jaunes qui gagne le concours. Ma sœur n’y emmène jamais ses enfants, donc là, pour lui, c’est de la grande gastronomie avec la surprise de la semaine en sus. Ma sœur vient me le porter au métro et je prends le relais. Il court vers moi et me serre fort à la taille. Bon, j’espère que son engouement restera toute la soirée. Sur le bord de la rame de métro, je lui dis qu’il peut enlever sa tuque, son foulard et déboutonner son manteau d’hiver. Je lui dis:

Tu n’en auras plus besoin pour la soirée, car nous ne sortirons plus dehors avant notre retour. Nous allons passer par les tunnels pour aller au restaurant et ensuite aller à la salle de spectacle.

Il me répond:

WOW! Tu connais des tunnels? Comme les Ninja Turtles? Ohhh p’tit cœur! Ben oui, comme les Ninja Turtles.

Tout le fascine. On reste 15 minutes à regarder la fontaine du Complexe Desjardins. Il me demande si des fois, il y a des enfants qui se baignent dedans… Heu non… On se rend au restaurant et je lui donne carte blanche sur ce qu’il veut manger. Après tout, c’est sa soirée à lui, et surtout, je ne suis pas sa mère. Les conversations autour de notre repas hyper calorique fusent de toute part. Il me pose un paquet de questions, je lui en pose plein. Honnêtement, je me sens vraiment heureuse. J’avais peur de l’ennuyer, mais non, il semble être aux anges. Je le prends en photo à plusieurs reprises et j’envoie le tout à ses parents afin qu’ils aient une preuve que tout va bien et que leur enfant est encore en vie. On se rend ensuite à la salle. Le rideau s’ouvre et il me prend la main. Les larmes me viennent systématiquement aux yeux. Non, je n’ai pas de peine. Je suis juste submergée par une très grande vague d’amour et de bonheur. Le spectacle se termine. Il se lève et applaudit très fort! Il croit que la soirée est terminée… Mais non. J’ai encore une petite surprise. Je suis excessive, vous vous en souvenez? Parce que je travaille dans le monde du spectacle, je peux avoir accès quelquefois à certains privilèges et j’ai, ce soir-là, fait quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant, c’est-à-dire demander de rencontrer l’artiste après le spectacle. Ma sœur voulait que je crée un «moment», ben j’allais en créer un et tout un! Une amie vient nous chercher et nous amène à la rencontre de Luc. Mon filleul va enfin rencontrer son idole. J’ai des palpitations tant je suis nerveuse.

justin-3

Et il fait cela comme un grand. Luc, hyper généreux, lui pose plein de questions et Justin répond posément. Je suis tellement fière de mon filleul. Il est rouge, il a chaud, mais sur sa petite face on peut lire qu’il vit le plus beau moment de sa courte existence.

Je ne sais pas s’il va se souvenir de notre soirée toute sa vie, mais ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est à quel point, en lui offrant une soirée de rêve, je m’étais moi aussi créé un merveilleux souvenir. Je n’ai peut-être pas d’enfant, mais ce soir-là, pour de vrai, j’ai eu la sensation de goûter un peu à la crème glacée.

justin-2

Partager cet article

Vous aimerez également