Culturel

La bête

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Ça aurait pu marcher, sauf que… J’ai rencontré la Bête il y a deux ans, au party d’anniversaire d’un de mes amis. Je n’étais pas très ouverte à l’époque. Je vivais une très douloureuse séparation. De plus, je venais de m’acheter un condo toute seule, chose qui ne faisait pas partie de mon plan de vie.

J’étais super contente de mon achat au final, mais j’avais tellement pleuré lors du processus de l’achat (je salue mon agente d’immeuble!) que j’étais totalement épuisée et ce n’est pas vrai que quelqu’un allait me sortir de là de sitôt… Donc, non seulement je n’étais pas ouverte, mais j’étais aussi barrée ben dure et j’avais égaré la clé de mon cœur. Mais la Bête s’était présentée. Bel homme, un genre d’armoire à glace, avec des yeux d’une douceur infinie.

Je l’ai à peine regardé. Ça ne m’intéressait pas. Lui, il essayait de faire la conversation comme il le pouvait. Il ne lâchait pas et moi, MY GOD qu’il me tombait sur les nerfs!

Je n’étais pas encore de retour chez moi que j’avais déjà une demande d’amitié Facebook de sa part. Bon, je l’ai acceptée, si ça pouvait lui faire plaisir.

Durant les semaines qui suivirent, il likait mes statuts, m’envoyait de petits mots, m’invitait à prendre un verre (je refusais systématiquement)… Je dirais même qu’il commençait à faire partie un peu de mon existence virtuelle.
Après quelques mois, il me redemanda d’aller prendre un verre et j’acceptai.

On se donna rendez-vous dans un bar sur Mont-Royal. Quand j’arrivai, il était là à m’attendre. Son visage s’illumina comme un arbre de Noël en me voyant, tellement que j’eus un malaise. Je parlai peu, il parla beaucoup. Il m’a pris la main à un moment de la soirée et il m’a dit : « Wow, je sens vraiment que ça clique fort entre nous! ». Je ne savais vraiment pas de quoi il parlait.

De retour à la maison, je me grondai un peu. Il est beau, fin et attirant, qu’est-ce que tu veux de plus? Fais un effort la Savard!

Je le revis quelques jours plus tard.

J’étais TÉ-TA-NI-SÉE. Entre deux « T’es tellement beeeeeellllllle », il me parla de rencontrer ses enfants. La Bête avait des projets, de gros projets pour nous deux. Le chevreuil au milieu de l’autoroute, fixant les phares d’une voiture, quelque peu surpris, ne sachant pas trop quoi faire, ben c’était moi.

C’est là que je fis l’une des plus belles crises d’angoisse de ma vie.

Je n’arrivais plus à respirer, je ne dormais plus non plus. Certes il m’attirait, mais son trop grand enthousiasme à mon égard me repoussait X 1000.

Je sortis de mon mutisme pour lui dire qu’il me plaisait beaucoup, mais que j’étais fragile, que je sortais d’une relation qui m’avait quelque peu détruite. Je lui dis que j’étais prête à essayer quelque chose avec lui, mais qu’il devait me laisser un peu de temps, d’espace et qu’il devait apprendre à m’apprivoiser.

Il accepta.

Deux jours plus tard, je reçus un texto de sa part : « Je pense que je suis amoureux. Tu es la femme de ma vie. ».
Je vomis.

Il n’avait rien compris.

Je quittai donc la « relation » inopinément.

Je croisai son ami quelques semaines plus tard. Il me parla de la Bête, que c’était vraiment un bon gars, que sa femme l’avait quitté, que tout cela avait brisé son rêve de famille nucléaire unie, qu’il était quelque peu désorienté, que j’avais été un peu comme une fleur dans sa tempête, que c’était dommage, car il aurait pu être une bonne personne pour moi… mais dans deux ans, quand son mauvais quart d’heure aurait passé.

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2015

Je l’avoue, j’ai toujours un peu regretté d’être partie si vite. Pendant les deux ans qui ont passé, il a souvent occupé mes pensées. Il m’arrivait d’espionner sa page Facebook même si nous n’étions plus amis. Et un bon matin, je me suis dit : « Ça fait 2 ans là. Ok, je le relance. ».

Je lui écrivis un petit mot via Facebook. Il me répondit qu’il était content d’avoir de mes nouvelles. Nous convînmes donc de nous revoir.

Première date

Tout se passe bien, il est super relax et cool. Il me raconte sa descente aux enfers des deux dernières années. Je lui raconte pourquoi je suis partie si vite. Il comprend. Très vite, une complicité s’installe. Moi, je suis plus ouverte. Je suis prête à voir où ça peut me mener. Avec lui. Par la suite, une ronde intense de textos commença. J’acceptai de me prêter au jeu. C’était un homme intense. Ça faisait partie de sa personnalité. Je l’acceptais tel qu’il était.

Deuxième date

Il me demande de lui promettre que je ne partirai jamais. Il a même dit : « Tu serais conne de partir cette fois-ci. ».
« Ça c’est vraiment pathétique », lui ai-je répondu. Le lendemain, il s’excusa à n’en plus finir. Il n’avait pas mangé de la journée, le vin lui avait fait tourner un peu la tête. Il avait dit n’importe quoi. Il était désolé. C’est là que j’aurais dû partir, mais au lieu de cela, j’acceptai ses excuses.

Troisième date

Il pleure d’émotions. Il a rencontré la femme de sa vie qu’il me dit. Nous sommes faits pour aller ensemble. Il m’a cherchée toute sa vie et enfin il m’a trouvée. Bon.

Quatrième date

Il planifie de me présenter à ses enfants.
J’accueille, comme dirait ma sœur, j’accueille.

Cinquième date

Il me colle sans arrêt, quand je vais aux toilettes, il s’ennuie. Quand je vais dans la cuisine… il s’ennuie. Quand je réponds à un courriel, il s’ennuie. Il a besoin que je le regarde dans les yeux. Tout le temps. Là, j’étouffe. Vraiment. Je finis par dire : « Là, j’ai besoin d’air. Décolle un peu s’il te plaît! Laisse-moi respirer. ».

Le lendemain

Texto lui : Je crois que nous avons fait le tour de notre relation. Je me suis senti comme un objet. Je ne peux plus continuer. Tu es superficielle. Je suis un être dominant et je sens que tu ne me laisseras jamais prendre ma place.
WHAT?????????
Texto moi : Ah! Ok!
Fin de la relation qui aura duré une semaine et demie.

300 livres venaient de se soulever de mes épaules. Je repris mon souffle.

J’aurais pu voir les signes plus tôt, mais je voulais que ça marche. Il n’avait plus d’appétit. Il ne dormait plus. Notre relation lui faisait plus de mal que de bien. Je n’étais pas la bonne fille pour lui. Pas assez fusionnelle. Ou peut-être que… Je n’étais qu’une femme qui commençait une relation et qui réalisait que l’amour, même avec un grand A, ne doit pas peser si lourd.

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