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La douance : un cadeau parfois empoisonné

Crédit photo: Isabelle Dubois Crédit photo: Isabelle Dubois

J’ai écouté le documentaire Doués et oubliés: Maman, quand est-ce que j’apprends? présenté en début de semaine à Télé-Québec (rediffusé ce dimanche à 20h) avec une grande attention. J’ai déjà eu à lire sur le sujet puisque j’ai un fils différent. Aujourd’hui, je peux dire qu’il se porte très bien. Mais il m’a un peu inquiétée, cet enfant.

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Crédit photo: Isabelle Dubois

Déjà bébé, il se comportait différemment de sa sœur ainée. Ceux qui ont plusieurs enfants le savent; il n’y a pas deux enfants pareils… Chacun a sa personnalité. Comme parent, on comprend vite que notre petite recette bien éprouvée ne sera peut-être pas aussi efficace qu’on l’avait escomptée. Mon fiston était un hypersensible. Il tolérait mal une foule de petites choses comme se faire habiller, se faire attacher dans l’auto, se faire déranger dans ses jeux. Il n’aimait pas particulièrement les sorties, les foules, la parenté. Il faisait de gigantesques crises. Je me suis questionnée, j’ai eu besoin de chercher, de lire, de trouver un mode d’emploi. J’ai trouvé des livres en anglais sur les high needs babies, les bébés aux besoins intenses, autrement dit, hypersensibles. Ça m’a aidé à m’adapter à lui, à respecter son rythme et ses besoins. Et j’ai compris qu’avec l’apprentissage du langage et éventuellement, l’arrivée de l’âge de raison, vers 6-7 ans, notre relation ne pourrait que s’améliorer.

Notre fils, on le voyait bien, avait un vif intérêt pour les activités plus intellectuelles. Il s’ennuyait au soccer, il braillait au cours de natation, il refusait d’avancer sur la patinoire. Je ne serais vraisemblablement pas la mère du prochain Mario Lemieux!

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Crédit photo: Martine Doucet

Il aimait les livres, les histoires que je lui lisais le soir. Il avait une immense soif d’apprendre. Il a tout de suite adoré la grande école. Il a appris à lire, par lui-même, à la maternelle. Quand il a commencé sa première année, il avait déjà lu les douze tomes de la série Amos d’Aragon. Fantastique me direz-vous! Oui, mais non. Après la première semaine d’école, en première année, il ne voulait plus y retourner! Il trouvait ça long et plate. Il devait rester assis et attendre. Sans parler, sans bouger, sans jouer. J’avais un futur décrocheur sur les bras. Je ne savais plus comment le motiver. J’ai été voir sa professeure. Elle a tout de suite compris le problème et lui a trouvé des activités spéciales pour le garder intéressé. On s’est posé la question son père et moi; devrait-on lui faire sauter une année? Pas si simple. Notre enfant n’était pas nécessairement plus mature que ses petits amis. Nous ne voulions pas l’ostraciser davantage, le déstabiliser, nuire à son développement émotif. Je me suis mise à lire sur la douance. Je reconnaissais mon fils sur plusieurs aspects; son hypersensibilité, sa grande intolérance envers les injustices, sa curiosité insatiable, son langage si précis. Nous ne sommes pas allés chercher un diagnostic officiel chez un neuropsychologue puisque ça n’aurait rien changé. Nous nous sommes contentés de trouver des solutions adaptées à ses besoins.

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Pour éviter les risques d’échecs scolaires (qui peuvent atteindre 30% chez ces jeunes aux besoins particuliers) et les troubles de comportement qui peuvent découler de son ennui, il existe trois grandes pistes de solutions: l’enrichissement, l’approfondissement et l’accélération (sauter une année).

Dans notre famille, nous avons opté pour les deux premiers. Des cours de musique viennent enrichir son curriculum et comblent son besoin de stimulation intellectuelle. Et il peut approfondir les sujets qui le passionnent grâce aux livres et aux magazines que nous mettons à sa disposition. Ainsi, en classe, il se tient tranquille grâce à ses lectures continues. Il termine son primaire cette année. Il a toujours trouvé ça long écouter les explications, subir les périodes de révisions. Mais il va à l’école sans rechigner puisqu’il y est bien. Il aime ce lieu, cette routine, ce cadre de vie où il s’est fait de bons amis. Il existe dans certaines commissions scolaires des écoles à vocations particulières qui offrent des programmes de musique ou d’éducation internationale. Ces écoles favorisent l’épanouissement de ces enfants doués qui carburent aux constants stimuli.

Avoir un enfant différent, au primaire, c’est parfois houleux. Il a fallu veiller au grain, le réconforter, l’encourager. Certaines années, il a souffert de ne pas être comme les autres, lui qui n’excelle pas dans les sports. Il se fait encore parfois achaler, se fait traiter de nerds, de bon à rien… Ça le dérange un peu moins maintenant. Il ne cherche pas à plaire à tous, juste à être bien, entouré de ses quelques amis respectueux.

On veut tous que nos enfants soient bien, qu’ils s’épanouissent, qu’ils développent leur plein potentiel… et qu’ils traversent ces années d’école sans trop de difficultés académiques ou sociales. On ne veut pas que nos enfants décrochent parce que c’est trop dur ou parce que c’est trop facile. Il faut les accompagner, selon leurs défis.

Avez-vous aussi eu à vous ajuster à la douance de votre enfant? Comment s’est passée la transition de la maternelle au primaire? Et du primaire au secondaire? Et surtout, quels organismes ou livres vous ont donné les meilleurs renseignements?

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