Vivre

La feuille

Le cortisol était dans le plafond après ma performance télé. Je ne pouvais pas conduire avec l’adrénaline qui courait dans mes veines à 100 à l’heure. Je me suis stationnée sous un arbre devant un parc, j’ai ouvert le toit de l’auto et j’ai baissé le banc. J’ai pensé: je ne bouge pas jusqu’à ce qu’une feuille de cet arbre tombe dans ma voiture. J’ai attendu 20 minutes, le cortisol est tombé, mais pas la feuille. J’ai repris ma route jusqu’à la station de radio.

Depuis quelques jours, je n’avais qu’une question en tête: quand tout va très bien, pourquoi tout va aussi très mal? Depuis le début de l’année, j’ai vécu une succession effrénée des plus beaux départs, des succès espérés depuis longtemps et au même moment (la journée même), des grands drames ou défis. Comme si dans l’ADN des derniers mois sévissait une exterminatrice de réjouissance. «Tu veux les highs ma grande? Tu vas avoir les lows qui vont avec!», semblait-elle me répéter. Affaires, santé, famille, tout a été brassé au diapason des frasques de Donald Trump et de Kim Jong-Un, de l’échelle de Richter sur Mexico et des ouragans dans les Antilles. La planète tremblait et moi je tentais de tenir les murs de ma maison de briques.

Une feuille est tombée devant moi quelques jours après, un dimanche matin. Je l’avais attendue en fixant le toit ouvrant de ma voiture, mais elle est plutôt tombée sur mon tapis de yoga installé sur le patio alors que j’appréciais les derniers moments de l’été. J’ai souri et me suis retournée vers ma prof de yoga, une très sage femme. «Nathalie, comment doit-on réagir quand on reçoit les plus grands challenges en même temps que les plus grands plaisirs à vitesse grand V? Pourquoi ai-je l’impression depuis quelque temps de vivre 18h sur 24 dans une montagne russe?»

Nathalie, avec son calme légendaire, m’a enseigné à accepter grâce à la méditation mon chaos personnel ainsi que celui de la planète.

– Selon la pratique de la méditation Tonglen issue du bouddhisme tibétain, on accueille la souffrance en inspirant et on redonne le bien ou l’Amour en expirant.

– Mais je croyais que c’était le contraire. Ne doit-on pas inspirer les idées et sensations positives pour les intégrer puis expirer les négatives pour s’en débarrasser? On nous l’apprend, même sur le bench press au gym alors que l’on expire le mal quand on pousse. Cela n’est pas logique de le faire alors que l’on vit des traumatismes?

– Accepter la douleur en l’inspirant, c’est comme enlever les mauvaises herbes de son terrain, une poignée à la fois. Par la suite, on partage la compassion et l’amour en expirant. C’est un meilleur échange pour autrui. C’est aussi en acceptant le négatif que l’on devient un meilleur guerrier. On neutralise la peur en l’invitant. C’est grâce à notre intériorité qu’elle se transformera en quelque chose de mieux.

Je regardais la feuille devant moi. Elle n’avait pas eu le choix de tomber. Elle s’était détachée de son houppier et allait rejoindre le terreau. Même dans la tombée, une feuille allait nourrir la terre de tout son être. L’été venait de chanter sa dernière note.

Mon chemin est parsemé de ces feuilles qui peuvent, au gré des saisons, créer des montagnes, mais mes racines sont toujours ancrées profondément dans le sol. Et quand l’une de ces montées s’installe devant moi, comme une guerrière, j’inspire le pire, pour expulser le mieux.

Metta

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