Culturel

La Journée internationale de la femme tous les jours

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J’ai été invitée à parler de féminisme à l’émission de Marina Orsini en compagnie de Léa Clermont-Dion et de Marie-France Bazzo, qui sera diffusée le 8 mars prochain, lors de la Journée internationale de la femme. Le sujet m’est particulièrement cher, ayant été élevée par une maman et un papa féministes. Je me réjouis que l’expression soit revenue dans l’actualité grâce à des femmes de ma génération qui, par leurs actions, redéfinissent et modernisent l’une des plus importantes problématiques que la terre ait portées. Si personne ne voudrait être qualifié de raciste, d’homophobe, ou de sexiste, qu’en est-il du féminisme? J’avoue que quand j’entends de jeunes femmes dire qu’elles ne sont pas féministes, je grince des dents. Surtout parce que la phrase qui suit est souvent « parce que je ne déteste pas les hommes »… Mais comment peut-on encore penser qu’en 2016, les humains qui croient en l’égalité des sexes éprouvent de la haine envers les hommes?

Qu’est-ce que le féminisme?

Pour moi, le féminisme est l’égalité des chances. C’est la possibilité de pouvoir accéder aux mêmes possibilités financières et professionnelles, et de partager les tâches familiales pour pouvoir y arriver. Le féminisme signifie également la représentation adéquate du corps de la femme dans les médias et publicités, sans stéréotypes. Il n’est pas le refus de la féminité. Il est plutôt la représentation d’un idéal fondé sur les désirs et aspirations féminins.

Le féminisme de père en fille

Quel père de famille ne voudrait pas les mêmes chances pour ses filles que pour ses garçons? Quel homme ne voudrait pas hausser le revenu global de son couple en régularisant le salaire de sa femme? Il en va ainsi pour les familles monoparentales. Quand la mère travaille, les filles ont plus de chances de faire de longues études. Rappelons que 76% des familles monoparentales sont menées par des femmes. Le féminisme est gage de succès pour un pays et augmente ses chances de réussite économique. Je suis féministe parce que j’espère les meilleures possibilités pour mes filles et c’est en réussissant au meilleur de mes capacités dans ma propre vie que je donnerai l’exemple.

Comment un homme peut-il être féministe?

Les hommes aussi peuvent être féministes. Mon père l’était. Le partage des tâches dans mon enfance était si égal, que j’ai parfois eu de la difficulté à retrouver la même équité dans mes propres relations par la suite. Les gars de ma génération et les plus jeunes (qui ont souvent été élevés dans des familles où la mère travaillait) sont sensibilisés et viennent maintenant à la défense des femmes, comme l’a fait le rappeur Koriass dans le magazine Urbania par exemple. Les jeunes femmes tendent d’ailleurs aussi la main dans leurs communications à ce sujet. L’actrice et ambassadrice de l’ONU Emma Watson fait partie des inspirantes féministes (lien sur le 2e texte). En demandant aux hommes, dans sa campagne HeforShe (Lui pour elle), de s’engager dans la lutte pour le droit des femmes et l’égalité des sexes, elle a renforcé le message positif de la quête.

Que reste-t-il donc à faire en 2016?

Mettre en application ces valeurs humaines qui nous sont chères dans toutes les sphères économiques, politiques et culturelles. Un outil pour le faire? Le Manifeste des femmes de Lise Payette et sa troupe, qui se penche sur les obstacles auxquels les femmes se heurtent dans l’atteinte d’une véritable égalité homme-femme (ou femme-homme!) et qui sera présenté à nos chefs de partis politiques provinciaux lors du Sommet des Femmes qui aura lieu les 3 et 4 mars 2016. La lecture du livret (disponible en librairie au coût de 5$) est extrêmement révélatrice du chemin qu’il reste à parcourir. Elle vous donnera peut-être l’envie d’unir votre voix à celles d’autres Québécois et Québécoises et de signer le Manifeste.

Quand on se compare, on se désole.

Voici quelques faits sur lesquels le Manifeste se penche :

  • Le Québec n’occupe que le 44e rang des pays qui cheminent vers l’égalité.
  • Alors que 75% des Québécoises s’activent maintenant sur le marché du travail salarié, l’écart salarial entre les femmes et les hommes demeure environ de 30%. Les jeunes célibataires s’en tirent bien, mais les mères qui travaillent à temps plein ou partiel subissent le poids de la conciliation travail-famille. Les proches aidantes, principales ménagères et éducatrices fournissent gratuitement les services dont la société et l’économie ne pourraient se passer. Ce travail est oublié dans les politiques publiques québécoises.
  • En possession du même diplôme qu’un homme, et travaillant autant d’heures, une femme gagne moins que lui. L’écart est, en gros, de 25% au niveau secondaire et de 10% au niveau collégial ou universitaire.
  • Les filles sont plus nombreuses et tenaces à l’école, mais dans des programmes encore très sexués (santé, services, enseignement) menant à des emplois moins payants. En formation technique, on les dirige encore vers des emplois dits « féminins » alors que l’informatique, l’électronique ou la mécanique seraient plus rentables.
  • 9 femmes sur 10 reçoivent moins de 25 000$ de pension par année du gouvernement. Plusieurs femmes ont travaillé à temps partiel, à bas salaire ou ont dû arrêter tout simplement de travailler pour s’occuper des enfants. Les femmes qui vieillissent ont alors un revenu beaucoup moins élevé à la retraite.
  • Encore aujourd’hui, y compris dans les jeunes couples modernes, les femmes assument davantage de tâches domestiques tout en travaillant à l’extérieur de la maison.
  • L’hypersexualisation et la pornographie véhiculent une fausse représentation des femmes et encouragent l’inégalité. Leur impact négatif est immense, entre autres auprès des adolescentes.
  • La santé corporelle des femmes est menacée par la tyrannie de la minceur et par des modèles de beauté inaccessibles.
  • Les femmes autochtones vivent de 5 à 10 ans de moins que les autres Québécoises, gagnent 30% de moins, sont davantage monoparentales et victimes de violence conjugale, et courent sept fois plus de risques d’être assassinées.

Si ces problématiques vous tracassent, que vous soyez un homme ou une femme, il se peut que vous soyez aussi féministe.

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