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La Saint-Valentin

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La Saint-Valentin est aux célibataires ce que Noël est à ceux qui n’ont pas de famille. Tu peux faire semblant de ne pas la voir, mais il y aura toujours un petit cœur collé sur la façade d’un restaurant ou d’un magasin pour te rappeler que toi, tu es seule. Dès janvier, la Saint-Valentin s’installe partout. C’est comme si Cupidon et sa gang se mettaient contre toi pour te remettre en pleine face que toi là, aux yeux de la société, tu n’as pas réussi.

Petite, c’était une fête que j’aimais beaucoup. À l’école, je bricolais une carte en carton rose avec des cœurs rouges pour mes parents avec un petit mot qui se résumait souvent à : Chers papa et maman. Je vous aime fort. Joyeuse Saint-Valentin. Votre fille. Sylvie Savard (oui, je signais mes cartes avec mon nom de famille… au cas où mes géniteurs se seraient posé la question: C’est Sylvie qui, coudonc?). Quant à ma mère, elle nous offrait à ma sœur et à moi, dès le petit déjeuner, le gros kit de Saint-Valentin avec des cœurs à la cannelle et des gaufres en forme de cœur. Ensuite, elle faisait un gâteau (en coeur) avec un glaçage rouge et de petites perles argent en sucre pour le rendre encore plus spécial et plus appétissant. Un gâteau qui brille, avouons-le, ça fait rêver grave. Ensuite, je m’habillais en rouge avec des petits cœurs et je me rendais à l’école où la journée allait être encore plus spéciale. À la polyvalente, chaque année, la Saint-Valentin était vraiment LA fête la plus incroyable. L’école était décorée et on avait un service de courrier du cœur (ça, c’est comme l’ancêtre de Facebook) qui nous permettait de recevoir des mots d’amour ou d’amitié de nos amoureux, nos amis ou nos professeurs. Et surtout, il y avait ZE party où j’espérais chaque année, qu’un soupirant secret me déclare son amour pour la vie. Mais si j’écris aujourd’hui sur ce blogue, c’est que ce n’est jamais arrivé. Non, c’pas vrai. Une fois, Stéphane, un beau hockeyeur du Midget AAA, m’a avoué son amour pour la vie. Le temps de la vie d’un poisson rouge, mettons.

Donc, comme vous pouvez le constater, j’étais plutôt bien partie dans la vie en tant que disciple de la Saint-Valentin. C’est au Cégep que cette fête a commencé à un peu moins briller de mille feux. Je sortais avec Pierre depuis déjà quelques semaines. J’en étais follement amoureuse. Ce jeune bad boy ténébreux en perfecto de cuir qui devait être en sciences humaines sans maths depuis plus de 5 ans, m’avait offert pour cette fête la TOTALE, c’est-à-dire, une bouteille de mousseux Baby Duck, des chocolats en cœur achetés au dépanneur et la plus belle lettre d’amour au monde.

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C’est beau hein? Bon, il y a quelques fautes d’orthographe, mais l’intention et le cœur y étaient, n’est-ce pas? Hé ben non. Le 15 février au matin, il est venu me voir à mon casier et il a dit la fameuse phrase que l’on déteste tous entendre: Sylvie, il faut qu’on se parle. Hé ben voilà! Le gars m’a laissée tomber comme une vieille chaussette sale. Sa raison: il ne m’aimait pas. Mais la lettre? C’était juste pour me faire plaisir. Donc, si j’avais bien compris, on pouvait mentir à la Saint-Valentin? Semble-t-il que oui. Mon cœur a été pulvérisé en un milliard de petites particules de poussière; il ne manquait que l’aspirateur pour faire disparaître dans un sac ce qui restait de mon petit cœur naïf. J’me suis réellement sentie comme à 6 ans, quand Marc, à la maternelle, m’avait annoncé solennellement, couché sur le petit matelas où on faisait notre sieste: tu sais hein, que le père Noël n’existe pas?

QUOI??? TRA-HI-SON!!!

Dès cet instant, je compris l’ampleur de la pression sociale face à cette fête. Le gars n’était pas amoureux, mais il avait juste voulu suivre la tendance, parce que ça ne se faisait pas de laisser sa blonde quelques jours avant la Saint-Valentin et encore pire le jour J. Après toutes ces années, je ne lui en veux toujours pas. Bon, il a tué Cupidon à grands coups de carabine à plomb, mais j’peux pas lui tenir rancune d’avoir juste voulu être gentil, même si cela était tout sauf sincère.

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En commençant à écrire ce texte, j’avoue que je voulais vous prouver à quel point cette fête était fausse et commerciale. Mais en descendant dans mon sous-sol pour aller chercher, dans ma boîte à souvenirs, cette  fameuse lettre de ce prétendant déchu, je suis aussi tombée sur de nombreuses lettres d’amour, et surtout d’amitié, que j’avais reçues pendant mon enfance et mon adolescence. Vous savez, dans le temps où on écrivait encore à la main. Je les ai toutes lues. C’est là que j’ai constaté que c’est moi finalement qui avais tout faux. Oui, peut-être que les commerçants se servent de cette fête pour allonger leur chiffre d’affaires. Oui, peut-être qu’on essaie tellement, à grands coups de douzaines de roses, de nous rentrer dans la tête que c’est seulement la fête des amoureux et qu’on a oublié que dans le fond, cette fête, c’est le plus beau prétexte au monde pour dire à ton ami, à ton chum, à ta blonde, à tes enfants, à tes collègues, que pour toi, dans ta vie, ces personnes font LA différence.

En fait, si, à la Saint-Valentin, on doit célébrer l’amour, je pense qu’on devrait offrir nos vœux d’amour aux autres et en faire une tradition comme on le fait au jour de l’An. Ce serait plus sympathique non?

Alors cher lecteur, je te souhaite de rencontrer l’âme sœur dans la prochaine année si tu es seul. Je te souhaite que ta flamme se ravive si ton couple passe un petit moment difficile. Je te souhaite de te faire de nouveaux amis si tu arrives dans un nouveau milieu. Je te souhaite de garder ton amour précieusement et encore longtemps si tu files le parfait bonheur! Je te souhaite surtout de donner et de recevoir de l’amour, et ce sous toutes ses formes. Je te souhaite, à toi, une très belle Saint-Valentin.

Sylvie Savard
(au cas où vous ne vous en souviendriez pas)
xxx

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