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La vie dans ma smala

smala

Voici la définition de smala selon Wikipédia : «Smala ou Smalah, provient du terme arabe zmâla qui désigne une réunion de tentes abritant des familles et les équipages d’un chef de clan arabe qui l’accompagnent lors de ses déplacements. Désigne plus familièrement une suite nombreuse qui vit au côté d’une personne, et/ou qui l’accompagne partout.»

La deuxième acception du terme suite nombreuse qui vit au côté d’une personne et/ou qui l’accompagne partout convient assez bien à ma vie. Avec mes 4 enfants, mon amoureux et mon animalerie (1 chien, 2 chats, 1 lapin et 1 lézard), disons que je me sens assez entourée… en tout temps! Parfois, j’envie mes amies célibataires; je fantasme sur la solitude, le silence, la vie contemplative. Parce qu’ici, la vie est pas mal tout le temps frénétique. Ça bouge vite, ça parle fort, parfois, on entend même des hurlements… Rassurez-vous, on ne dénombre aucun bras arraché dans la dernière année!

Hier, couchée sur mon divan en cherchant désespérément la force de me relever pour faire à souper, j’entendais les enfants se chamailler au loin. Ah zut, que j’me suis dit… J’vais être obligée de jouer à la police, au juge, voire à la gardienne de prison. Ça arrive souvent juste avant le souper, quand on tous notre journée dans le corps, quand on a faim.

Ma grande revenait d’une belle journée avec ses amies. Elle est ado, elle a de l’argent de poche, elle. Quand elle me rend service et garde ses frères et sœurs, à l’occasion, je lui donne des sous. Alors, quand elle fait de petites sorties avec ses copines, elle en profite pour s’acheter de petites gâteries qui lui plaisent. Hier, elle est revenue à la maison avec du chocolat. Jusque-là, ça va, rien de grave. Sauf que son frère et ses deux jeunes sœurs n’en avaient pas, eux, et ils en voulaient! C’est là qu’il faut être diplomate; juger à la Salomon, résoudre des dilemmes cornéliens et trouver une solution à la quadrature du cercle. Bref, ça a crié.

La grande n’avait pas envie à ce moment-là de partager son petit butin en 4 portions. On peut la comprendre… N’empêche, ç’aurait été la solution la plus simple. La toute petite, mon bébé Béné, âgée de 5 ans, confrontée à ce refus, ce mur, cet obstacle entre elle et le chocolat n’a fait ni une ni deux et a décidé de se servir. De le prendre de force. De le voler! C’est là que les cris ont commencé. La grande s’en est aperçue, elle a repoussé la petite, son frère l’a vue, la petite a braillé, son frère s’est indigné… Toute la maison vibrait au son de MAMAAAAAN!!!.

Une famille, c’est un microcosme. Une mini société. On vit ensemble, on est confronté souvent aux accrochages. On se pile sur les pieds, on doit essayer de respecter les goûts des autres, les opinions divergentes, les personnalités différentes. Il y a des jours, on est au bord de la guerre civile… Heureusement, ça passe… Les accalmies finissent toujours par arriver. Hier, le conflit était entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas. Comme dans nos sociétés.

Plus une société est égalitaire, moins il y a de crimes. Si tous avaient eu du chocolat, il n’y aurait pas eu cette tentative de vol et cet accrochage! L’autre facteur important pour vivre en paix, c’est la notion de mobilité sociale. Si on sait que notre travail et nos efforts peuvent nous permettre d’accéder à ces biens que l’on convoite, à un certain niveau de confort, on choisit cette avenue plutôt que le crime. Mais si tout l’horizon est bouché, si l’on ne voit aucune solution pour y parvenir honnêtement, il y a de fortes chances que l’on soit tenté d’emprunter les chemins de traverse. Ma petite de 5 ans n’a aucun moyen de se procurer du chocolat, comme a pu le faire sa grande sœur. Elle n’a pas de sous, ne peut aller seule au magasin, elle dépend entièrement de notre bon-vouloir. Mon bébé Béné doit poursuivre son apprentissage des règles morales qui régissent notre vivre ensemble. Elle doit apprendre qu’elle ne peut prendre les choses de force. Elle doit intégrer le fait qu’elle doit respecter la propriété privée. Même si c’est parfois injuste, même si ça ne lui tente pas… Un jour, elle sera fière à son tour de travailler, de gagner son argent de poche et de conquérir un peu d’autonomie.

Il y a de nombreux pays occidentaux où je ne vivrais pas, justement parce que l’horizon social y est obstrué et où les taux de criminalité dans certains secteurs pourrissent la vie de leurs habitants. Être celui qui possède et être entouré de ceux qui ne possèdent pas (et qui ne pourront probablement jamais posséder), c’est vivre avec la crainte de se faire voler ou attaquer et c’est ce qui a conduit à la mise en place de tous ces quartiers gated communities aux États-Unis où les gens un peu mieux nantis s’isolent des pauvres dont ils ont peur. Je souhaite ardemment que notre belle province, que notre beau Québec, demeure un endroit où il fait bon vivre, où nos enfants peuvent rêver sans limites, s’accomplir sans égard à la richesse de leurs parents et vivre dans tous les quartiers sans crainte.

C’est à ça que je pensais hier quand ça hurlait dans mon salon… et je me disais aussi: Ah, comme il doit être apaisant de vivre dans un monastère! Sans cris, sans vie de fou et sans propriété individuelle!

Suis-je la seule à avoir une vie si pleine que parfois, elle déborde? Ça crie aussi chez vous parfois?

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