Culturel

La vie, la mort, la pop et Marie-Mai

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Plus j’apprends à vivre, plus j’apprends à éliminer la peur de la mort. L’existence est pour moi synonyme de renouveau constant, même si parfois, je m’accroche au passé quelques secondes. Il m’a fallu du temps pour imaginer ma nouvelle vie d’entrepreneure, puis de mère, sans l’exaltation du monde de la musique qui nourrissait mon besoin de création constant.

Avec le temps, mon identité de chanteuse pop s’est dissipée, autant dans mon esprit que sur Google (ces photos de la pochette du Yaya en ont pris du temps à être supplantées!). Elle me semble être une vie antérieure. Il y a des moments par contre où une vague souterraine peut venir ébranler cet état. Ce fut le cas le 23 décembre dernier, jour où je décidai d’emmener mes filles voir Marie-Mai au Théâtre St-Denis. Un cadeau pour elles, pas pour moi, même si j’admire l’artiste. J’y suis allée comme une maman. La maman s’est levée tout naturellement après quelques pas de danse et barres de musique bien enfilées par Marie et sa troupe. Il fallait évidemment éduquer les plus jeunes spectateurs qui assistaient probablement à leur premier spectacle. Je connaissais la situation, ayant vécu la même chose 25 ans auparavant, alors que je me retrouvais chaque soir sur scène devant des jeunes de 5 à 17 ans et leurs parents.

Je regardais mes filles admirer Marie-Mai, puis je tournai la tête vers l’allée de droite. Deux petites d’environ 7 ans attirèrent mon attention. Elles portaient chacune un t-shirt blanc à l’effigie de la vedette, beaucoup trop grand pour elles. Le genre de t-shirt qu’elles ne pourraient porter qu’en jaquette par la suite. Elles étaient dans les bras de leur maman, heureuses. Je me suis avancée vers ma plus grande. «Tu vois, dans le temps, maman a vécu la même chose que Marie. Les enfants portaient le même genre de t-shirt, ils avaient le même regard et nous étions exactement dans le même théâtre.» De grosses larmes coulaient sur mes joues. Elles étaient douces, libératrices, agréables. Je regardais mes filles. Elles ne pourront jamais comprendre mon ancienne vie et je n’ai pas tenu à la leur transmettre non plus. Je leur appartiens d’une autre manière, comme une maman. Ce que j’ai vécu avant m’appartient, appartient à ceux qui l’ont vécu avec moi.

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Plus tard, en arrière-scène, je fis part de mon expérience à Marie qui tenta d’expliquer à mes filles que quand elle avait leur âge, c’était leur maman qu’elle idolâtrait. Mila, 8 ans, nonchalante, la considéra quelques secondes avant de porter son regard sur les boules de Noël à l’effigie de la vedette accrochées au plafond. «J’aimerais tellement en avoir une or!»
«Tu vois, Marie, c’est incroyable comme elles se foutent de moi!»

Marie, avec un sourire, me tira un banc pour que je puisse en décrocher une pour ma pitchounette indifférente avant de prendre une photo souvenir.

Comme quoi tout évolue. Les situations que l’on imagine si importantes et éternelles, les carrières et les mariages aussi parfois. Marie-Mai et Fred St-Gelais viennent de boucler une partie de leur histoire. Cette histoire, ils l’ont imaginée aussi puissante que leur talent et leurs rêves, dans une symbiose la plus totale. Ils écriront les premières pages d’un nouveau chapitre de leur existence chacun de leur côté, mais certainement pas moins inspirés.

Le doute d’avoir pris la bonne route et la mélancolie qui s’en suit se dissipent toujours, éventuellement. Les souvenirs viennent quelques fois effleurer l’esprit à la vue d’un certain regard d’enfant, d’un t-shirt ou d’un souvenir amoureux. À ces moments, il faut embrasser le passé et le remercier pour ce qu’il nous a apporté. C’est ce que je leur souhaite à tous les deux.

J’en profite pour remercier tous les enfants devenus grands qui m’ont adoptée dans leur univers. Ma reconnaissance est encore plus puissante maintenant qu’il y a 25 ans et elle résonne aussi fort, parce que ce qui est beau le reste à jamais, malgré les changements de direction qui nous portent tous.

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