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Lâcher prise

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Après les festivités du temps des fêtes, restent les résolutions. On décide de manger mieux, de se mettre en forme, d’arrêter de fumer… Les gyms se remplissent de bien bon monde avec de bonnes intentions… Pour un temps! Éventuellement, la vie reprend son cours. On abandonne nos bonnes résolutions en se disant que l’on se reprendra l’année prochaine. Moi, je n’en prends habituellement qu’une seule et je la tiens. Cette année sera celle du «lâcher-prise». Oui, je sais, c’est l’ex-prrresssion du millénaire, on l’emploie à toutes les sauces, mais laissez-moi me justifier avant de me traiter de quétaine.

D’aussi loin que je me souvienne, être en couple et avoir une famille ont toujours fait partie de ma vie. C’est à l’âge de 5 ans qu’est née en moi l’envie de construire une relation durable. Bien entendu, comme toute bonne petite fille vivant dans une famille nucléaire unie, mon premier amour fut mon père. Ma mère venait d’accoucher de ma sœur, et je trouvais que cette dernière prenait beaucoup, mais beaucoup trop de place dans ma relation avec lui. Déjà que ma mère accaparait une bonne partie de son temps! Un beau matin, tandis que nous étions tous les quatre à la table, j’ai annoncé à ma mère une grande nouvelle:

Maman, je vois ton stratagème avec ma sœur (oui, j’avais beaucoup de vocabulaire à cet âge). Tu veux rester seule avec elle? Pas de problème! Sache que mon père et moi te quittons et que nous allons vivre dans le cabanon derrière la maison.

Ma décision était prise. J’aurais pu choisir d’aller vivre avec mon père dans le garage, mais avec la voiture, nous aurions manqué un peu de place tandis que dans le cabanon, nous pourrions tasser la tondeuse à gazon, le souffleur à neige et ma balançoire. Avec un peu d’imagination, nous allions sûrement arriver à créer quelque chose de douillet. Mes parents n’étaient pas de cet avis. Mon père éclata de rire et dit:

Mon amour, papa t’aime gros gros comme la terre et encore plus, mais tu es ma petite fille. J’peux pas être ton amoureux, car je suis l’amoureux de ta maman.

BANG! Premier revers amoureux. Rapide comme pas deux, dès le lendemain j’ai demandé à mon petit voisin du même âge que moi, Dominic, s’il pouvait être mon amoureux. Il a répondu oui en se jouant dans le nez et dès cet instant, je me suis mise à nommer toutes mes poupées et tous mes toutous Dominic. Ce qui est bien avec ce prénom, c’est qu’il va aussi bien à une poupée fille qu’à un toutou garçon.

Un peu plus tard est venue l’époque des Barbies. OMG que j’ai joué! Il me fallait une journée entière pour organiser ma maison. Placer le lit, faire un baldaquin avec du tulle, créer un divan avec des débarbouillettes… Ça a l’air de rien, mais c’est long pour une petite fille de 8 ans. Un coup ma maison de rêve pour Barbie home made construite et décorée, je pouvais commencer à jouer. Mais il y avait un hic et tout un, car je n’avais pas d’amoureux pour ma Barbie. Je ne savais pas trop non plus ce qu’une Barbie blonde célibataire pouvait faire de ses journées alors mes scénarios possibles étaient minces. Après l’avoir habillée, déshabillée et rhabillée, j’avais pas mal fait le tour et j’avais joué un gros 15 minutes. J’ai donc demandé au père Noël un Ken pour que ma Barbie s’ennuie moins. Je fus exaucée. Quel choc lorsque je l’ai déballé. WOW!!! Il était magnifique avec ses cheveux blonds bien placés (en plastique), son habit disco (donc moulant) en velours bleu nuit et son foulard rouge dans le cou. Tsé, la virilité à l’état pur… À ce même Noël, j’ai aussi reçu le bébé et la grande fille. Ma famille était complète et je pouvais donc jouer sérieusement.

Pour jouer avec moi, une chose était TRÈS importante: tes Barbies devaient faire l’amour. Bon, à 8 ans, on ne sait pas trop ça veut dire quoi, mais pour moi c’était super important. Selon mes critères et ma non-expérience en la matière, faire l’amour allait comme suit: les poupées se donnaient des bisous, montaient dans les airs en faisant des MUMM MUMM MUMM très intenses et rendues au bout de mes bras, elles retombaient dans leur lit. Épuisée par ces acrobaties, j’allais habituellement prendre une collation après. La metteure en scène avait besoin d’une pause elle aussi. Ma poupée s’appelait Pénélope et mon homme «mon mari». C’était simple et facile à retenir. Ce couple blond, parfait et en plastique a vécu plein d’aventures rocambolesques. D’ailleurs, quand j’allais jouer chez mon amie Maryse, nous avions toujours ce même scénario. Nos «maris» partaient en expédition. Ils avaient un accident puis mourraient. Nos Barbies pleuraient leur vie et se rendaient dans la chambre de la mère de Maryse pour y retrouver sa statue de la Sainte Vierge. On la priait fort en faisant deux Je vous salue Marie pis après, nos «maris» revenaient. Erreur sur les personnes, ils n’étaient pas morts finalement, juste perdus. C’est-tu pas beau la vie à 8 ans?

À l’adolescence, l’envie d’être en couple était encore plus persistante. Je tombais amoureuse à chaque battement de cœur. J’avais un nouveau coup de foudre chaque semaine et très souvent, l’heureux élu ne savait même pas qui j’étais. Toujours avec Maryse, on passait des heures à parler d’eux. On s’entend qu’on n’avait rien à dire, on ne les connaissait pas. Mais on rêvait en s’inventant des histoires. TOUS LES SOIRS, on appelait la radio locale pour dédier une chanson à nos amoureux du moment en espérant qu’ils tombent sur l’émission par hasard et qu’ils soient charmés par notre geste (pis qu’enfin ils nous reconnaissent!). C’était toujours les mêmes chansons, soit I’m Still Loving You de Scorpions ou Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler… Vous dire à quel point l’animateur de radio de CHRL était tanné de nous autres! Il avait beau nous proposer plein d’autres tounes, nous ne voulions rien entendre. Nous rêvions de danser un slow avec nos beaux gars sur ces chansons. Pis en plus, les paroles étaient tellement romantiques!!! Bon, c’est vrai qu’elles étaient un peu tristes, mais quand tu as 13 ans, les hormones dans le tapis et que tu ne comprends pas l’anglais, un barreau de chaise peut être romantique.

Vint ensuite l’université. J’ai quitté Roberval pour Québec où j’ai découvert un bassin incommensurable de nouveaux gars de tous les genres. Qui choisir entre l’intello, le sportif, le granole? Incapable de me poser, je virevoltais tel un papillon à gauche et à droite. Aussitôt que je posais ma tête sur l’épaule d’un gars, je regardais par dessus afin de voir les autres possibilités, et des possibilités, il y en avait beaucoup. Après l’université, je me suis enfin reposée dans les bras d’un gars qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à Brad Pitt et qui fut ma première vraie relation amoureuse. Après trois mois de fréquentation, nous habitions ensemble et nous avons été heureux pendant quelques années.

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Je suis finalement devenue adulte. J’ai commencé à payer mes comptes, je me suis trouvé un emploi dans mon domaine (les relations publiques) et une période de néant amoureux s’est amorcée. C’est à ce moment que j’ai commencé à m’établir «en attendant». En attendant de rencontrer la bonne personne, en attendant d’être en couple, en attendant d’avoir ma famille. Et depuis, j’attends toujours.

Cette année, j’ai donc décidé de lâcher prise. Je ne veux plus vivre «en attendant». Je veux rester ouverte à toutes les possibilités, mais sans rien attendre. Il y a trop de choses que j’ai envie de vivre. Je les rêve à deux depuis toujours, mais pourquoi ne les ferais-je pas seule? J’ai tous les outils pour me construire une vie de rêve. Je ne veux pas devenir amère, car attendre, ça finit par frustrer et ce n’est pas dans ma nature. Quand une amie en couple me raconte son bonheur, je veux être sincèrement heureuse pour elle. Je ne veux plus ressentir ce petit pincement au fond de moi qui me rappelle que moi, je suis seule.

En 2016, je lâcherai prise et je te parlerai de mon bonheur à moi. De ma vie de célibataire remplie. De mes petites victoires et de mes rencontres qui auront sans doute une saveur différente. Je ne connais pas l’avenir et vous non plus. C’est ainsi donc que je mets fin à l’attente. Je ne resterai plus assise à regarder la parade, j’y participerai moi aussi.

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