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L’amitié homme-femme

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Je l’ai rencontré au début des années 2000 au festival Juste pour rire. Il était un jeune gérant d’artiste et moi, une toute petite relationniste qui débutait dans le monde de l’humour. Mon bureau était à côté du sien et il m’agaçait pro-fon-dé-ment. C’était un gars hot, beau, sûr de lui, nonchalant. Il avait l’air de planer sur la vie, de voler au-dessus d’elle sans vraiment avoir envie de s’y arrêter, sauf pour se ravitailler. Pis pour ce qui est du ravitaillement, je le voyais souvent passer devant mon bureau. Tous les jours, une nouvelle conquête venait le retrouver. Des fois elle était connue, d’autres fois non, mais elles possédaient toutes les qualificatifs et les attributs pour être la fille du mois sur la couverture du Summum. Tous les soirs, il quittait avec une nouvelle amourette à son bras en me disant: Bonne soirée Savard Garden! Surnom qu’il m’avait donné. Vous dire à quel point il me tombait sur les nerfs… vous dire. Mais la vie est drôlement faite. On s’est perdu de vue pendant quelques années et il a refait surface il y a 5 ans. On ne s’était pas croisé depuis longtemps et il m’a invitée à luncher. J’y suis allée et depuis, il est une partie intégrante de ma vie avec le titre de meilleur ami. Rien de moins.

Je suis de celles qui croient en l’amitié entre homme et femme. Je pense sincèrement qu’il est important dans la vie d’une femme ou d’un homme d’avoir un input du sexe opposé, surtout quand tu es célibataire. Là, je ne vous parle pas d’amitié «avec bénéfices», non! Je vous parle d’une relation basée sur le respect mutuel sans ambiguïté sexuelle. J’ai beaucoup de femmes autour de moi que j’adore, mais j’ai aussi besoin d’une présence masculine pour équilibrer mon yin et pour me ramener à l’ordre quand je pars trop intensément vers l’est avec juste un petit: Hey, Savard’voler! Avant de t’énerver, as-tu pensé à regarder un peu vers l’ouest? Non, je n’y avais pas pensé. Bref, il me calme et m’apaise et me démontre souvent qu’il y a un autre côté à une médaille.

Je n’en suis pas à ma première relation amicale homme-femme. Autant ces relations peuvent être enrichissantes et intenses, autant elles peuvent disparaître en un battement de cils. Les amitiés homme-femme peuvent être fragiles, très fragiles. Mon premier ami, je l’ai rencontré pendant que je travaillais dans les bars à l’université. C’était mon client assidu, mon habitué. J’pouvais toujours compter sur lui pour venir me divertir dans les soirées plates à servir derrière le bar, les soirs de tempête quand l’établissement était presque vide. Il n’y a jamais eu d’ambiguïté entre nous. Il était drôle, me parlait de ses conquêtes et me conseillait sur les miennes. Pis un jour, j’ai quitté le bar, mais pas lui. On se voyait souvent. On se faisait des soupers. J’aimais ses amis, ses nouvelles blondes. Un jour, je me suis mise en couple et il a suivi. Mon chum l’adorait. Il venait à la maison. On pouvait refaire le monde. Pis à un moment donné, mon chum m’a quittée, mais pas lui. Il est resté pour me consoler, me dire que tout allait bien aller. J’ai déménagé à Montréal. On se voyait moins, mais il venait passer des fins de semaine. Il s’est mis à sortir avec l’une de mes amies. Mon amie l’a quitté et moi je suis restée. Notre relation a duré 10 ans, jusqu’à cette soirée un peu trop arrosée où il a glissé sa main dans ma petite culotte. Ce fut la fin. Il avait franchi une porte qu’il ne devait pas franchir, une porte qui ne lui appartenait pas. Il avait dépassé la ligne, cette loi non écrite qui avait toujours existé entre nous. Peut-être ai-je été naïve? Mais il avait tout de même brisé ma confiance. Il ne s’est jamais excusé. Il préférait parler de ça comme de quelque chose d’anodin. Désolée, mais ça ne l’était pas pour moi.

Mon deuxième ami, je l’ai rencontré dans le cadre de mon travail. Il travaillait dans le même milieu que moi. J’aimais sa présence, son sens de la répartie et son grand sens de l’humour. Il était tout de même particulier ce qui a fait que notre relation a peut-être été un peu trop chaotique à mon goût. Il m’aimait selon son humeur et son humeur n’était pas des plus constantes, mettons. Mais je l’aimais bien. Il me faisait rire avec son intensité que j’admirais certains jours et qui m’exaspérait le lendemain. Un jour, je me suis fait un amoureux et pendant 2 ans, mon ami m’a fuie. Ce fut une grande peine d’amitié. Ce fut mon chum qui me consola à l’époque. Il m’a dit quelque chose que j’ai trouvé super gentil: Tsé Sylvie, il veut peut-être juste me laisser toute la place pour pas que je me sente en danger. Des fois, les gars sont de même. J’ai trouvé ça fin et réconfortant. Pis un beau matin, mon amoureux m’a quittée. Mon ami est revenu et tout ce qu’il a trouvé à me dire c’est: Bon enfin! C’te moron- là est enfin parti! Quoi? Sur quoi se basait-il pour dire que mon ex-chum était un moron? Il n’avait jamais voulu le rencontrer! Comment pouvait-il dire quelque chose de la sorte? C’est comme s’il me disait que je n’avais pas été assez intelligente pour choisir une bonne personne pour moi. Pour le soutien et l’amitié on repassera! Avec le recul, je sais qu’il n’avait pas voulu être méchant. Que c’était peut-être sa façon à lui de me réconforter. Mais sur le coup, il m’a blessée. Déjà que je n’en menais pas large à cause de ma rupture. Je ne me suis pas sentie assez forte à cet instant pour pardonner quelque chose qui me chagrinait encore plus.

Et bien entendu, j’ai eu celui qui était le meilleur ami de mon chum d’université et qui fut par la suite le conjoint de ma meilleure amie (c’est moi qui avais été l’entremetteuse) et avec qui j’ai même été colocataire. Un soir, après quelques bières, il s’est mis à genou dans le carré Saint-Louis et m’a fait la plus belle déclaration d’amour que je n’ai jamais eue. Il venait de brasser les cartes dans ma tête et j’avoue qu’avec lui, j’aurais dû continuer. Mais je ne l’ai pas fait. Par respect pour ma meilleure amie. Je sais que c’est niaiseux, mais elle, elle était là avant lui. D’autant plus que pendant toutes ces années, je l’avais perçu comme un ami. Rien d’autre.

Ça m’a pris quelques années avant d’entrevoir une possible relation d’amitié avec un homme. Jusqu’à mon lunch avec Marc. J’ai vieilli, je suis plus mature. Je sais ce que je veux et ce que j’attends d’une relation avec lui. Notre relation est basée sur une admiration mutuelle et sur le plus grand des respects. Mon ami a des valeurs, de belles en plus. Je sais qu’il ne franchira jamais la ligne qui sépare nos deux sexes, car lui, il parle, il communique, il écoute, il est transparent et c’est ça qui me met en confiance.

J’en ai besoin de mon «husband de 5 à 7» et j’espère que notre amitié perdurera à travers le temps. Que lorsque j’aurai un conjoint, ce dernier l’acceptera, car oui, il vient avec moi. Comme de toutes mes autres amitiés, j’ai besoin de lui, j’ai besoin de sa lumière et de son point de vue sur différents sujets. Pis je trouve que grâce à lui, je suis moins névrosée, car il est l’une des raisons de mon équilibre. Qui aurait dit, il y a 16 ans, que nous serions amis? Personne, mais la vie est drôlement faite des fois. Heureusement.

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