Vivre

L’amitié

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L’hiver est une si belle saison… J’aime voir l’hiver, sur des photos, dans les boules de verre remplies d’eau et sur les cartes de Noël. Tous ces paysages d’un blanc immaculé, c’est tellement beau, tellement bucolique! Mais le vivre… Moi, je n’y arrive pas. Oui, je suis comme tout le monde. La première neige, je trouve ça magique et le premier -30, j’me sens invincible, mais le problème avec l’hiver, c’est que ça se répète pendant 4 interminables mois. Chaque année, j’essaie de nouveaux trucs pour ne pas déprimer. Il y a deux ans, c’était le patin à glace. Je passais tous mes temps libres sur la patinoire. À moi seule, je suis devenue le guide routard de la patinoire. Je connaissais toutes les patinoires de la ville de Montréal et de sa banlieue. Mais ça aussi, ça a fini par me déprimer. J’ai eu des cuisses en béton pendant une saison par contre. L’an passé, on m’avait parlé des bienfaits de la luminothérapie. C’est bien, je l’ai fait et je le suggère si tu n’as pas peur du décollement de la rétine. Cette année, j’essaie autre chose: je teste les week-ends d’évasion.

Toutes les fins de semaine depuis janvier, je m’évade telle la prisonnière d’un château de glace (C’EST MOI LA REINE DES NEIGES!!!). Je quitte, je pars vers de nouveaux horizons et n’ayant pas les moyens d’aller dans le sud tous les week-ends, je vais visiter mes amies qui habitent à l’extérieur de Montréal. Je squatte leur maison, leur famille, leur vie, le temps de deux dodos.

Le week-end dernier, je suis allée chez mon amie Manu. Je dois l’avouer, Manu est celle qui se ramasse le plus souvent avec moi. Si mes amies avaient ma garde partagée, c’est certain que c’est elle qui aurait une garde non équitable. Même pendant mes vacances d’été, elle me voit arriver. C’est même devenu une tradition. J’pense que je ne le lui demande même plus… J’appelle la veille pis j’arrive.

J’ai connu Manu en science politique en 1992. J’arrivais à Québec avec mon accent du Lac-Saint-Jean gros comme le bras. Manu était une fille de Loretteville. Habillée sagement, chemises Lacoste de couleurs pastels, jupes beiges, loafers, une jeune femme propre là, du genre que je l’aurais laissée surveiller ma sacoche dans un centre d’achat sans même lui demander son nom. Surtout, elle était magnifique. Non, non, non, pas juste jolie là, vraiment magnifique! Tellement, que même l’université avait décidé de mettre sa face sur ses dépliants.

Bref, elle possédait tout pour que je la déteste. Cependant, quelque chose me fatiguait. Je pouvais envier quelqu’un, mais pas la détester juste pour son teint Ivory. Ce n’était pas juste. Je devais trouver une autre raison que les arcs-en-ciel, les licornes et la chorale d’anges qui chantaient dans les corridors lorsqu’elle passait. Je devais lui parler. Si je lui parlais pis qu’elle n’était pas fine, trop snob, trop nunuche… eh bien voilà, j’aurais ma raison et elle serait solide: incompatibilité intellectuelle. Voilà.

Mon plan était simple: j’allais essayer de m’asseoir proche d’elle dans le cours de relations internationales pis quand j’en aurais l’occasion, je lui poserais une question. Bon, je ne savais pas trop laquelle, mais j’allais improviser. Je m’assis donc derrière elle. Elle jasait avec sa cour. La faculté organisait un party d’Halloween la semaine suivante et elle parlait costume.

Je lui ai demandé: En quoi vas-tu te déguiser?
Et elle m’a répondu: Je ne sais vraiment pas, toi?
Moi: Heu… Moi non plus?
Elle: Est-ce que ça te tenterait de venir faire les magasins avec moi après le cours afin qu’on se trouve un costume?
Moi: Oui.

Sans préliminaires, rien. Sans peur de faire peur à l’autre, sans peur de l’étouffement, Manu venait d’entrer dans ma vie. Pis elle n’a même pas attendu 3 jours avant de me rappeler… Non, non. Elle l’a fait le lendemain pour m’inviter au cinéma. Pis pour l’incompatibilité intellectuelle, on repassera. En plus d’être belle et fine, elle était hyper brillante. (Je l’appelle d’ailleurs affectueusement «mon amie la plus intelligente».)

C’est fou! Comment mes amitiés peuvent-elles être aussi simples quand ma vie amoureuse est si compliquée? Je suis sans doute la personne avec les amitiés les plus durables et les moins conflictuelles au monde. Dans ma vie, la trahison, la chicane, les mensonges, ça n’existe pas. Les choses compliquées non plus. J’ai des amies exceptionnelles, fortes, lumineuses et indépendantes. Elles sont toutes des wonder woman à leur façon, des femmes inspirantes sur qui je peux compter dans les bons comme dans les moins glorieux moments de ma vie. Pourtant, l’amitié n’est-elle pas un sentiment similaire à l’amour? Pourquoi, dans mes relations amicales, tout est simple, facile et agréable alors que quand l’amour se pointe, tout devient complexe? Des fois, j’ai l’impression qu’il n’y a qu’une seule barrière qui nous empêche d’aimer ou de nous engager comme en amitié… et c’est juste la peur. La peur peut nous faire avancer, mais elle peut aussi nous faire reculer de quelques pas et même valser jusqu’à épuisement. C’est fatigant avoir peur. J’vous le dis, c’est fatigant. Pourtant, c’est en amitié que ça devrait être plus affolant. Regardez, mon amie Manu. Parce qu’elle m’a offert de trouver le costume d’Halloween idéal en 92, elle est pognée avec moi les week-ends quand je me tape une petite déprime hivernale… Comme si elle n’avait pas assez de s’occuper de son conjoint, de ses enfants et de son chien. C’est tout un contrat qu’elle a pris! Encore chanceuse que son chum m’aime bien et que ses filles pensent sincèrement que je suis leur tatie. Car elle est ma famille.

C’est agréable de penser qu’à défaut d’avoir une vie amoureuse comblée, je peux profiter d’une vie d’amitié comblée. Parce que c’est aussi ça l’amour.

Pis ça fait passer l’hiver, plus vite.

Bon week-end!

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