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Le body shaming : juger la forme et non le contenu

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Le body shaming, ou l’humiliation corporelle, a été un sujet chaud dans les réseaux sociaux la semaine dernière. Plaisanterie de mauvais goût dans un cas, discrimination dans l’autre, n’empêche que le fond est le même: au-delà de toute logique, on a jugé la forme et non le contenu.

Des présentatrices égyptiennes écartées de l’écran

Il y a une dizaine de jours, en Égypte, huit présentatrices télé ont été écartées de l’écran. La raison? Elles sont en surpoids. La radiotélévision d’État leur a interdit de paraître à la télévision pendant un mois et les a invitées à profiter de cette période pour se mettre au régime. On ne les a pas sommées de perdre du poids, mais on leur a fait comprendre que des mesures seraient prises l’encontre de celles qui n’y parviendraient pas. Eh oui, en 2016.

Un manque d’appui chez les femmes

L’un des pires aspects de cette situation, c’est que c’est une femme, Safa Hijazi, qui a pris cette mesure draconienne. Hijazi, qui est aujourd’hui présidente le la télévision d’état égyptienne, a elle-même déjà été présentatrice en surpoids et on lui a fait subir le même sort. La décision prise par la télévision d’état a été publiée dans les médias locaux et plusieurs journalistes, dont des femmes, l’ont fortement appuyée. L’une d’elles a même écrit que la repoussante et dégoûtante apparence de ces huit présentatrices l’avait rendue malade.

presentatrices

Un tollé dans les réseaux sociaux

L’histoire a rapidement mis le feu aux poudres dans les réseaux sociaux et les visages de ces femmes ont commencé à circuler dans le monde entier. L’une d’entre elles, Khadija al-Khattab est intervenue sur plusieurs chaînes de télé arabes et elle a accordé des entrevues à des radios internationales pour dénoncer la discrimination dont elle et ses collègues ont fait l’objet.
Je ne considère pas mon apparence comme rebutante à l’antenne, a-t-elle dit. Après tout, nous ressemblons à la plupart des femmes égyptiennes et elles ne sont pas repoussantes du tout.

Il faut dire qu’en Égypte, 75% des femmes et 61% des hommes sont en surpoids.

N’est-ce pas ce que nous voulons voir, à la télévision, des femmes qui nous ressemblent? Bien sûr! Les propos des femmes minces sont-ils plus intéressants que ceux des rondes? Absolument pas! Je déplore qu’encore aujourd’hui, on écoute avec nos yeux plutôt qu’avec nos oreilles, notre cerveau et notre cœur. Un tel aveuglement ne fait pas avancer la cause des femmes et c’est l’ensemble de la société ainsi que les générations à venir qui en souffrent.

Une autre personnalité publique a été victime d’humiliation corporelle la semaine dernière, un homme cette fois.

noncensure

L’empereur qui n’a pas de couilles

Mercredi dernier, une statue de Donald Trump flambant nu est apparue dans Union Square à New York ainsi que dans quatre autres villes américaines. L’œuvre est peu flatteuse; Trump a les mains croisées sur un ventre énorme sous lequel se cache une bien petite virilité. On a non seulement affublé le politicien d’un tout petit organe, on a aussi omis de lui mettre des testicules. L’explication se trouve sur une plaque aux pieds de la statue: The emperor has no balls (l’empereur n’a pas de couilles).

De vives réactions

La statue a bien entendu suscité de vives réactions, allant des rires au dégoût, avant d’être détruite. Donald Trump ne fait certes pas l’unanimité. J’en ai d’ailleurs discuté avec Elizabeth Plank lors du C2 Montréal. N’empêche que l’humiliation corporelle n’est peut-être pas la réponse appropriée aux propos racistes, misogynes et dégradants du prétendant à la présidence américaine. Répondre à l’humiliation par l’humiliation, c’est s’abaisser au niveau de son adversaire et en quelque sorte, invalider son action. L’actrice Amber Tamblyn abonde dans ce sens. Elle a publié dimanche soir une image de la statue avec une pancarte disant : Humiliez-moi pour mon comportement, pas pour mon corps.
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La situation des présentatrices et celle de Trump sont bien différentes. N’empêche, ce sont des êtres humains qui ont été humiliés sur la place publique en raison de leur image corporelle. Quand comprendrons-nous que les yeux sont faits pour voir la beauté et non pour la juger? Rappelons-nous du petit prince qui nous disait que l’essentiel est invisible pour les yeux.

Une dure réalité

Si la pression de l’image corporelle est forte chez la majorité des femmes, elle l’est encore plus chez les actrices, animatrices et présentatrices pour qui l’âge et le poids sont une menace constante. Amy Shumer, que j’adore, a d’ailleurs fait une vidéo humoristique sur le sujet. Vous pouvez la voir ici.

 

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