Vivre

Le jour où j’ai quitté l’enfance

À quel moment arrêtons-nous d’être un enfant? Y a-t-il une date précise? Une heure? Un âge?

Pour ma part, ça s’est passé bien malgré moi, un jour d’été, juste avant ma rentrée en sixième année du primaire.

J’ai grandi dans rue très tranquille près de Joliette. Le genre d’endroit où la rue devient, le temps d’un été, un terrain de tennis ou de hockey bottine, un lieu de rencontre pour les amis ou le début d’une piste cyclable. Annie, Véronique et moi étions trois amis inséparables. Une journée chez l’un, le lendemain chez l’autre.

Chez Annie, on descendait la côte pour aller jouer sur les rives de la rivière L’Assomption. On se faisait des parcours, on construisait des maisons avec les branches trouvées par terre et on faisait pousser nos fruits et légumes. C’est elle qui m’a fait découvrir les asperges sauvages.

Chez Véronique, on jouait à l’école et on écoutait nos disques vinyle: Boy George, Michael Jackson, Cyndi Lauper, etc. On allait chez moi pour se baigner dans notre grande piscine creusée, pour jouer dans la forêt derrière la maison, pour déguster les biscuits que cuisinait ma mère et pour préparer nos fameux spectacles dans le sous-sol.

Tous les matins, on se téléphonait pour décider chez qui on allait débuter la journée. Un matin comme les autres, Véronique a lancé une bombe. Elle avait, je crois, comme plusieurs filles de cet âge, atteint un niveau de maturité que je n’avais pas encore. Il n’a fallu qu’une phrase pour que mon univers de Passe-Partout, de Goldorak et de Belle et Sébastien s’effondre.

« Alex, maintenant, on va arrêter de se demander: est-ce que tu veux jouer avec moi aujourd’hui? On va dire: est-ce qu’on peut se voir?»

Bang.

Mais on allait faire quoi? Finis les jeux? On va se voir et on ne va rien faire? On va parler?

Confusion mentale pour le petit Alex.

Je ne l’ai pas vu venir cette phrase qui devait mijoter dans la tête de mon amie depuis quelques jours. Son enfance était terminée et c’était au tour de la mienne de prendre le champ et de faire place à l’adolescence.

Est-ce que nos activités allaient changer? Eh bien oui. Avec Annie, on continuait de jouer à la rivière, de se raconter des histoires et de jouer à des jeux de société. Mais avec Véronique, les choses ont changé et, tranquillement, je m’y suis habitué. Sans le savoir, elle m’a tendu la main et m’a guidé vers une autre étape de ma vie.

Véronique et moi, on discutait, on regardait des vidéoclips à la télévision, on faisait des coups au téléphone, on faisait de longues balades en vélo, mais on ne jouait pas. On était rendus des ados. L’été s’est même terminé par un bec sur la joue!

C’est un nouveau Alex qui a pris l’autobus scolaire en direction de sa sixième année, l’année où il a fait la rencontre de Mme Savignac, cette enseignante qui allait changer sa vie.

Et vous, y a-t-il un événement qui a marqué votre passage à l’adolescence?

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