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Le jour où ma mère a pris l’autobus scolaire avec moi

Il y a des jeunes pour qui la première journée d’école est déchirante. Ils doivent dire au revoir à leurs parents avant de mettre le pied, pour la première fois, dans ce si gigantesque et impressionnant autobus jaune. Ce n’était pas mon cas. J’ai embarqué dans cet autobus en compagnie de ma soeur ainée, Sophie, le sourire aux lèvres, car je savais que j’allais revoir ma mère dans quelques minutes, le temps du trajet.

Ma mère a enseigné quelques années au préscolaire à l’école que j’ai fréquentée de la maternelle à la sixième année. Elle était une enseignante discrète, mais impliquée, que tous les élèves adoraient. À l’école, elle n’était pas «la maman d’Alex», mais bien Mme Colette, l’enseignante de maternelle. Créative, elle pouvait transformer un simple sac d’épicerie en marionnette ou en jeu d’adresse. Et ça, c’était bien avant l’arrivée de Pinterest! Chanceux, mes amis et moi avions la chance de tester ses nouvelles inventions pendant les vacances d’été!

À cause de la présence de ma mère, l’école primaire était un lieu rassurant pour moi. Je prenais l’autobus scolaire comme tous les enfants, mais j’avais la chance de l’apercevoir par la fenêtre lors des récréations ou en marchant dans le corridor. Je pouvais aussi l’aider à faire le ménage parfois après l’école et à préparer des activités pour ses tout-petits. J’adorais ça! Je me suis toujours senti bien dans sa classe. C’est peut-être pourquoi je suis enseignant à mon tour?

Tout allait bien. Très bien même. Jusqu’au jour où, fin sixième année, elle m’a lancé cette phrase pendant le déjeuner:

– Alex, la voiture a un problème, je vais prendre l’autobus scolaire avec toi aujourd’hui.

– Quoi? Quoi? Non!

Je ne voulais tellement pas que le grand gars de sixième ait l’air du petit gars immature qui prend l’autobus avec sa mère! Qu’est-ce que mes amis allaient dire? Et les autres? On voit souvent une mère attendre l’autobus avec son enfant, mais de là à monter avec lui, non! Il y a des limites! Et elle l’a fait! Et fièrement, j’en suis certain! Bon, heureusement, elle ne s’est pas assise avec moi, mais juste devant. Acceptable. Je craignais le pire… Et vous savez quoi? Les autres ont trouvé ça drôle. Certains ont même demandé de s’asseoir avec elle au retour. Ouf, le soulagement!

C’est exactement à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’avais une mère cool (OK, pas cool, car ce mot ne faisait pas partie de notre vocabulaire dans les années 80, non?). Disons, une mère drôle, accueillante, simple et ouverte d’esprit.

Ma mère Colette est encore aussi cool. Entourée de mes amis, c’est toujours elle qui les fait rire en leur posant des questions inappropriées (gêne de son fils…). C’est une maman et une grand-maman en or, généreuse de son temps et de ses conseils. On peut discuter de tout et on le fait chaque jour! Même lorsque je suis à l’autre bout du monde, en Asie, l’été, on se parle quotidiennement. J’ai besoin de ma petite dose! C’est ma vitamine d’après-midi!

Lorsque je suis dans ma classe, je réalise que ma créativité et mon goût d’aider les autres, je retiens ça d’elle. Un beau cadeau, non? Et mon plaisir de marcher chaque jour! Je prends également conscience à quel point quelques gestes ou quelques paroles de nos parents nous influencent tout au long de notre vie.

Merci maman!

Bonne fête des Mères!

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