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L’école, la jungle. L’école, la loi. L’école, le trauma.

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Depuis que le monde est monde, l’intimidation flagelle les âmes et détruit des êtres sur son passage. À coups de pelles, à coups de poings, à coups de couteaux… à coups de mots. Hier encore, en manchette de notre journal populaire, je lisais l’histoire d’horreur d’un jeune, prisonnier de ses collègues de classe, qui fut flambé telle une torche humaine. Mon petit déjeuner en a écopé et mes larmes ont brûlé mes joues.

Indignée, révoltée, je me suis souvenue de mon passage à l’école. Cette jungle scolaire où, il y a plus de vingt ans maintenant, à certains moments, un climat de terreur imposé par les plus forts régnait dans la cour. Où des élèves étaient pris en otage, désignés, pointés du doigt et choisis. Élus à subir l’intimidation au quotidien.

Je me rappelle les casiers dans le sous-sol qui renfermaient des gros bras attrapant les boîtes à lunch au passage pour les vider sur la tête de Simon, qui, baissant le regard, continuait son chemin le ventre à sec et les épaules lasses. J’évoque le souvenir de Josée, qui fut enfermée dans son casier pendant la récré et des rires machiavéliques de la bande de voyous entourant sa cellule. Et celui du prof de gym qui a fermé les yeux au passage… Je me souviens du cours de géo où nous devions former des équipes de deux, et du nombre impair qui laissait l’odieux à Martine de se retrouver seule à quémander une place au sein d’un groupe. Personne ne voulait de Martine et de ses souliers usés. J’ai eu une pensée pour Julie, celle qui a écopé des rumeurs et des ouïe-dire… Julie la catin. Et pour Fred. Fred le fif, le pd, l’homo. Humiliation, blessures, peur, honte, tristesse. Pourtant, mon école était prisée et bien cotée. L’intimidation n’a pas de classe sociale…

Je me suis remémorée l’intimidation vécue et le pot de yaourt reçu sur ma tête en plein été à l’heure du dîner. Je me suis souvenue aussi de celui que j’ai lancé une année où je m’étais révoltée. Intimidés deviennent souvent intimidateurs. L’école, la jungle. L’école, la loi. L’école, le trauma.

JasminRoy

Je n’oublierai jamais Marjorie… celle pour laquelle j’ai organisé, il y a quelques années, avec mon partenaire du temps, le premier spectacle-bénéfice de la fondation Jasmin Roy. Marjorie s’est suicidée. Elle ne reviendra plus. L’intimidation lui a volé sa vie…

Heureusement, des souvenirs joyeux refont surface aussi. Ma professeure de français, Line, avec laquelle nous préparions des pièces de théâtre dans l’auditorium. Line était à l’affût et ne tolérait aucun abus. Idem pour Marie-Claude, la prof lionne qui défendait le territoire qu’était sa classe. Puis, la maturité s’est installée au fil des années chez les ados et a estompé la violence. Au bal des finissants, c’était terminé. Pourtant, certains demeureront balafrés.

Au présent… Déjà août. L’été a défilé en un coup de vent. La rentrée scolaire est à nos portes et je ne peux m’empêcher de ressentir une palpitation dans le creux de mon ventre. Dans quelques jours, nos effervescents bouillonnants feront leur entrée par la grande porte du bâtiment de 3 étages où enseignants s’affairent déjà. Cette grande porte qui, une fois close, renferme des défis. Académiques certes, mais humains surtout. L’agitation dans mon estomac séquestre tous ces souvenirs, ces images, ces moments. Heureux et malheureux.

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L’école où tant de choses se concrétisent. Où les premiers amours nous chavirent, où la personnalité se forge, où l’amitié se solidifie, où les sentiments confus se mêlent aux hormones. L’école, sans parents, où les professeurs éduquent aussi, où l’autonomie s’amplifie, où la pression du groupe influe. L’école où on apprend, où l’autorité nous confronte, où on cherche sa place. L’école de la vie…

Quel est notre devoir en tant qu’adulte? D’inculquer à nos petits bouts d’humain de se défendre corps et âme? De répliquer à toute attaque? Par la force des mots? Ou de leur enseigner la gentillesse et la bienveillance? Ou toutes ces réponses dépendant de la situation…

Notre responsabilité est peut-être d’incarner l’amour de soi, le respect de nous-mêmes et des autres. De ressentir la fierté de qui nous sommes. Notre mission est également de ne pas avoir peur de confronter, de questionner, de s’assumer et de dire non lorsqu’on le ressent. Car nos enfants s’imbibent de nous.

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Je me rassure parce que contrairement à avant, des mesures sont désormais en place et le corps professoral est vigilant. Tolérance zéro est le mot d’ordre. Je sais que nos petits amours munis de leur sac à dos trop grands feront sous peu le saut dans un milieu que nous ne pouvons contrôler. Et, en tant qu’adultes, parents, figures d’autorités, nous devons être toujours à l’affût et à l’écoute, prêts à bondir, à défendre, à soutenir et à accompagner les petits qui nous entourent. Enfin, je souhaite que la plupart soient forgés ainsi. Moi, femme dévouée, citoyenne du monde et amoureuse de l’être humain, j’ai le désir que cette année soit celle de la compassion, de l’écoute, de la douceur et du respect. Le respect, oui. Sous toutes ses formes et chacune de ses couleurs.

Et vous? Quel souvenir gardez-vous de votre jungle scolaire?

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