Vivre

L’enfant invisible

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La rentrée scolaire approche et je ne peux m’empêcher de me rappeler à quel point j’étais littéralement terrorisée par l’école lorsque j’étais enfant. La fin des vacances estivales représentait pour moi le début de longs mois d’insomnie. Et les quelques soirs où j’arrivais à fermer l’œil, je me réveillais au beau milieu de la nuit en faisant d’affreux cauchemars.

En réalité, je souffrais de timidité maladive. Étais-je née avec ce mal-être? Je ne pense pas puisque mes parents étaient des personnes relativement sociables. On peut donc écarter la théorie qui dit que la timidité peut être héréditaire ou influencée par la propre timidité des parents. Je crois plutôt que cette condition s’est développée peu à peu à force de constantes critiques négatives à mon égard, critiques qui provenaient exclusivement de ma mère. Des critiques frôlant souvent le mépris. On ne peut tout de même pas venir au monde en pensant qu’on est laid, stupide et inintéressant. Il faut des circonstances particulières pour amener un enfant à entretenir une image aussi peu reluisante de lui-même.

Toute seule au monde

Ceci dit, intégrer les rangs de l’école représentait pour moi toute une épreuve, mais c’était quelque chose auquel je ne pouvais malheureusement pas échapper. Je me rappellerai toujours ma première journée à la maternelle. Je n’étais pas si tôt arrivée dans le local, où une douzaine de paires d’yeux me dévisageaient, que ma mère tournait les talons et disparaissait derrière la porte. C’est à cet instant précis que j’ai compris que je ne pourrais compter que sur moi-même pour faire face à toutes les situations qui allaient se présenter dans ma vie. Que les gestes d’affection, de réconfort et de soutien ne feraient probablement jamais partie de nos rapports. C’est sûrement aussi à ce moment-là que la conviction que j’étais une enfant adoptée se précisa. Ce qu’il faut savoir, c’est que je priais tous les soirs pour que mes vrais parents viennent me chercher. Mais ce Dieu dont on me rebattait les oreilles tous les dimanches semblait aussi distant et insensible à ma peine que l’était celle qui prétendait être ma mère. (Je me dois ici de préciser qu’elle l’était vraiment, ma mère.)

Comment survivre

Comme je n’étais pas du tout outillée pour affronter des centaines d’enfants au quotidien, j’ai choisi d’adopter le comportement qui me paraissait le plus approprié: celui de passer inaperçue. J’allais me fondre dans le décor. Disparaître. Devenir invisible. Ainsi, j’éviterais l’intimidation et autres types de confrontation. Mon plan fonctionna tel que prévu.  Tellement que je finis par effectivement ne plus exister. On en arrivait même à m’oublier lorsqu’il était question de faire des travaux de groupe. Et je ne parle pas de l’humiliation de toujours me retrouver la dernière sur le banc… Ce que j’ai pu détester les cours d’éducation physique!

La chose qui m’a le plus fait souffrir durant toutes ces années où je me sentais en état de survie, c’est de ne pas avoir pu exprimer mes talents. Comme tout enfant normal, j’aurais voulu être capable de lever la main pour répondre aux questions des professeurs.  Surtout que, bien souvent, j’étais la seule à connaître les réponses. J’aurais tellement été fière de montrer à quel point je pouvais aussi être brillante! Mais c’était tout à fait impossible pour moi de me permettre d’avoir un quelconque éclat puisque mon âme était prisonnière d’un corps qui refusait d’exister. Je me sentais plus insignifiante que l’insignifiance elle-même.

La fin du joug

Il en a fallu des années pour arriver à me sortir de cet enfer. J’ai dû me déconstruire, pièce par pièce, pour arriver à rebâtir un « moi » qui correspond désormais à ce que je suis. À ce que j’ai toujours été, en réalité. En fait, c’est la dépression qui m’a sauvé la vie. Je suis descendue aussi bas qu’il est possible de descendre… J’ai connu le grand vide intérieur.  Alors, pour remonter, je n’avais d’autre choix que de laisser au fond tout ce qui, jusqu’à maintenant, m’empêchait d’exister. Quelle bénédiction fut le jour où, en pleine réunion dans un emploi que j’occupais depuis peu, je me suis permis d’exprimer ouvertement mon désaccord devant un président visiblement surpris par tant d’aplomb et d’audace! Quel sentiment grisant que celui d’être soi, tout simplement, sans la peur d’être jugée ou de ne pas être aimée!

La question n’est pas si, mais comment

Comment aimons-nous nos enfants? Ces enfants que nous avons désirés et attendus avec impatience ou ces enfants qui ont décidé de débarquer dans nos vies à l’improviste…  Il n’y a probablement pas de lien plus fort que celui qui existe entre un parent et son enfant, mais la question ici n’est pas de savoir si nous aimons nos enfants, mais plutôt comment nous les aimons. Car la façon dont nous les aimons déterminera en grande partie ce qu’ils deviendront.

Comment traitons-nous nos enfants? Sommes-nous portés à reproduire certains comportements hérités de nos parents, sachant très bien à quel point ceux-ci nous ont tant fait souffrir? Par exemple, est-ce que nous avons parfois tendance à les dénigrer, à les ridiculiser? Passons-nous notre temps à relever ce qui ne va pas? Ou sommes-nous portés à être trop sévères par peur de perdre le contrôle? Nos enfants n’ont pas à payer la note pour les frustrations que nous avons vécues au cours de notre enfance. On ne peut dissocier la façon dont nous aimons nos enfants de la façon dont nous les traitons.  D’instinct, nous savons ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Prenons le temps de nous arrêter pour regarder chacun de nos enfants afin de voir si la façon dont nous les traitons les amène à briller un peu plus chaque jour ou s’ils sont en train de s’éteindre.

Notre rôle en tant que parents est d’apprendre à faire mieux que nos propres parents.  Nous sommes ici pour évoluer et non pour reproduire les mêmes erreurs. Les enfants ont besoin d’un amour qui les amène à se sentir bien dans leur peau. Il est primordial pour eux que quelqu’un leur dise qu’ils sont beaux, bons, intelligents, intéressants, etc. Et qui est mieux placé que les parents pour les aider à entretenir une image positive d’eux-mêmes.

Apprenons à les écouter en évitant de trop les juger. Encourageons-les. Motivons-les.  Soulignons leurs bons coups; n’ayons pas peur de les féliciter. Veillons à les réconforter, à les conseiller. Nous avons le mandat de prendre soin d’eux, de veiller à leur bien-être.

La pensée que nous entretenons par rapport à chacun de nos enfants est aussi quelque chose sur laquelle nous devons travailler, car celle-ci influence la façon dont ils se sentent et aussi leurs comportements. Si nous regardons notre fille et voyons en elle une personne qui n’ira jamais nulle part dans la vie, c’est un peu comme si nous lui souhaitions du mal.  Et cela, ce n’est pas de l’amour.

Même si les circonstances semblent parfois concorder avec notre discours, veillons à toujours aspirer au meilleur pour nos enfants. Ils ont besoin que nous croyions en eux pour s’épanouir.

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