Vivre

L’épicerie, mon casse-tête

Ahhh faire l’épicerie! Il m’arrive d’être tannée, tannée, tannée. J’y vais souvent, trop souvent: aux deux ou trois jours, genre. Et parfois, j’ai presque un haut-le-cœur rendue là-bas. Je dois planifier les soupers pour ma famille de 6, les lunchs pour l’école (sans noix, sans fruits de mer, sans mangue, sans kiwi, etc.), les petits-déjeuners équillibrés, les collations santé et tout le reste. Et ce faisant, je dois exercer une foule de choix et vivre avec mes contradictions. Par exemple: je suis une adepte du bio, mais j’achète des céréales et des biscuits (qui, même si on fait attention, contiennent évidemment trop de sucre) aux enfants.

Il y a aussi mes tergiversations sur la viande, les produits laitiers, le gluten. Qu’est-ce qui est bon, pour qui, combien, jusqu’à quand… Toutes ces questions me hantent pendant que je fais l’épicerie. À quoi viennent s’ajouter les considérations d’ordre environnemental; j’achète mes fraises bio ou locales? J’achète seulement ce qui est de saison? Pour ou contre les kiwis de Nouvelle-Zélande, les framboises de Californie et les raisins du Chili? Et puis, il y a les emballages. Beaucoup de carton, de plastique et de styromousse. J’y suis de plus en plus sensible depuis qu’on nous parle dans les médias de ces épiceries zéro déchets où on apporte ses contenants à remplir.

Je me pose trop de questions, ça m’étourdit, ça me mine. J’essaie de bien faire, mais je me sens souvent poche. Je me dis toujours qu’on peut en faire un petit peu plus; avoir un fermier de famille, acheter en vrac, faire soi-même le plus de choses… Bref, je me juge assez sévèrement, ce qui contribue à l’air bête et préoccupé que j’affiche en arpentant les allées.

Plaire à tous; mission impossible

Et puis, à l’épicerie, je remplis mon panier et j’anticipe déjà les réactions très polarisées de mes enfants devant un même repas. Si je fais des spaghettis à la viande, j’ai deux enfants qui vont être réjouis et deux autres qui vont faire une crise de bacon sur le plancher. Obtenir l’unanimité ici, c’est quasi impossible. Quand j’observe qu’un mets a été populaire; je prends ça pour une victoire et je me mets une petite note afin de m’en souvenir. Je refais la même recette deux semaines plus tard et parfois, j’obtiens une réaction tout à fait différente! Ça me rend folle. Mon chum ne veut jamais qu’on ait des desserts à la maison, mais moi j’aime leur faire des petits gâteaux ou des muffins maison. Quelque part, j’ai associé «bonne maman à la maison» avec «odeur de gâteau chaud quand tu reviens de l’école». Alors, je me retiens et j’en fais une fois par semaine seulement. Et puis, je me dis qu’il faudrait bien qu’on mange plus de poisson… mais chaque fois que j’essaie, mégadrame à la maison. Ça chiale tellement que j’ai juste envie d’aller me coucher sans souper. Savent-ils que je me casse la tête? Que je passe de précieuses minutes chaque jour à tenter d’élaborer un menu qui a du sens? Et qu’ensuite, je vérifie nos stocks et pars chercher ce qui manque? Et qu’enfin, je le prépare ce repas? Je mets la table et le leur sers. Ils n’ont plus qu’à s’installer à table et à manger, les chanceux! Et j’aimerais bien, rendue là, pouvoir m’asseoir en même temps et discuter de sujets joyeux et légers (pas discuter de la composition du menu, pas justifier mes choix, pas expliquer le détail de la recette mal-aimée). Heureusement, ça arrive parfois! Et plus ils grandissent, plus ils deviennent conscients, respectueux et ouverts à la nouveauté. Il y a de l’espoir. Un jour, ce sera leur tour d’effectuer tous ces choix.

En ces temps de guignolée, je sais que mes problèmes sont bien futiles puisque de nombreuses familles n’ont pas le luxe de ces questions frivoles. Quand ma vie me semble lourde, je change de perspective, je reviens à la base. Je n’ai que de bien petits problèmes. Mes enfants chialent, certes, mais ils mangent tous les jours. Pour cela, je ne peux qu’être reconnaissante. Et chaque année, les enfants et moi aimons beaucoup donner aux différentes collectes de denrées.

Suis-je la seule à me poser dix mille questions à l’épicerie? Me semble que c’était plus simple quand j’étais jeune. C’est peut-être parce que je n’étais qu’une enfant qui n’avait qu’à venir s’asseoir quand le repas était prêt…

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