Vivre

Les glissades d’eau

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J’étais couchée dans le lit de la chambre d’hôtel et je jasais avec ma fille Mila, que j’avais bien déçue en cette première journée de vacances.

– Que veux-tu chérie, maman a beaucoup changé depuis qu’elle a accouché. J’ai le vertige maintenant. Je ne peux plus aller dans les glissades d’eau.
– Mais maman, c’est quand tu AS des enfants que tu devrais être capable de glisser et de t’amuser!

Elle avait bien raison. Comment se fait-il que j’avais tant de courage et de sang froid dans les manèges à La Ronde avant d’avoir mes petites et que tout se soit arrêté brusquement? Je me souviens même du dernier vertige: j’ai inauguré la catapulte à l’île Sainte-Hélène, enceinte d’un mois et demi, pour ma job de morning girl de la radio. Ce manège qui combine le deltaplane, le parachutisme et le saut à l’élastique, où l’on est relâché en chute libre à 53 mètres du sol, avait donné le coup de grâce à mon envie de sauter et le coup d’envoi aux nausées qui allaient se poursuivre jusqu’à la fin de ma première grossesse. À partir de ce moment, plus rien n’allait me séparer du sol, à part un vol d’avion vers le Sud!

Serait-ce le fait de devenir maman couveuse de rejetons qui nous transforme autant? Le calcul du risque devient-il un réflexe si puissant qu’il nous fait rejeter tout plaisir injecté d’adrénaline? Est-ce que nos rôles de parents (maman fait attention à la sécurité des enfants, papa devient le lanceur de bébé dans les airs, puis le coach de vélo plus tard) qui nous cantonne naturellement vers une vie bien rangée? Non, pas possible… Je me devais de prouver à Mila le lendemain que je n’étais pas une maman si plate!

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Mañana. 14h. L’heure de vérité avait sonné. Je me trouvais juchée sur la plate-forme de la glissade d’eau. Mila m’a précédée. Je l’ai regardée glisser et j’ai « choké ». Moi qui suis capable de faire des conférences devant des centaines de personnes, je ne pouvais même pas mettre le pied et m’asseoir sur la structure et le jet d’eau qui allaient me faire virevolter jusqu’en bas. Je me trouvais entre une fillette de 9 ans et un gamin de 4, tremblotante et ridicule, auscultée du regard par le lifeguard jamaïcain. « Monsieur, c’est dangereux ce truc? Est-ce qu’il y a des risques de tomber? Comment devrais-je me placer pour ne pas glisser trop vite? » Mila a eu le temps de remonter et de s’élancer deux fois et j’ai dû me parler avant de prendre mon courage à deux mains. « Je fais de la méditation tous les jours, ça va m’aider, c’est certain. Je vais respirer et prendre ça seconde par seconde. Allez, Mits! Les enfants commencent à te regarder bizarrement. En plus, il y a un papa avec sa petite de trois ans derrière toi et il est Québécois! Let’s go, t’es capable! On s’assoit dans le jet d’eau et on se donne un élan. Iiiiiiiouuuu!!!!! »

Je l’avoue, c’était l’fun.

– Pis, maman, c’est cool, hein? m’a-t-elle dit avec un grand sourire. Tu as aimé ton expérience? On recommence?

– Oui ma chouette!

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Je suis allée encore plus loin avec elle: dans les méga-glissades-super-hautes dans lesquelles on s’élance avec les tripes doubles à poignées. J’avoue que là, j’ai crié comme une autruche tout le long, ma fille surprise d’entendre pour la première fois ces sons sortir de ma bouche. Seul incident? Une éraflure au genou faite dans le fond de la piscine, en sortant maladroitement mes fesses du beigne géant. La dernière fois que j’avais eu un beigne sous le derrière, c’était à la sortie de l’hôpital à la naissance de Stella.
12 ans après, celui-ci était un bien moindre mal!

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Si on est capable d’accoucher, on est capable de défiler toutes les glissades d’eau du monde!

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