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Lettre à un homme qui n’aime pas Les superbes

Crédit photoL Le Pigeon Crédit photoL Le Pigeon

Cher homme qui n’aime pas Les superbes,

Tu as écrit sur Twitter une assertion lourde de sens : « wow malade! de l’au-delà, marc lépine a mis à jour sa fameuse liste #lol ». ». (sic) Tu te réclames patriarche docteur de la religion catholique romaine. Tes commentaires sur les médias sociaux incarnent une haine ordinaire et troublante des femmes. Parfois, au rythme de gazouillis maladroits, tu dépasses la ligne qu’on ne franchit pas. Tu dis l’indicible. Tu nous parles de Marc Lépine. Tu fais des amalgames douteux. Tu fais la blague qui crée le malaise.

Tu crées le malaise parce que la Polytechnique est un drame dont on se remet difficilement comme société, un drame qui porte écho à la haine viscérale que certains hommes peuvent avoir envers les femmes.

Certains qualifient cette violence de misogynie, de sexisme ou d’antiféminisme. Et toi, comment la qualifierais-tu ta violence?

Ta joke plate a touché une corde sensible en dépassant le sexisme ordinaire qu’on entend au coin d’une rue, dans un bar sportif ou au détour d’un corridor universitaire.

Tu es allé loin, trop loin. Nous avons du mal à t’en vouloir vraiment. Nous examinons ton fil Twitter et on se dit « oh merde qu’il doit être malheureux celui-là ». Tes propos violents et sexistes qui ponctuent ton fil Twitter crient la détresse d’un homme qui souffre. Certains disent que tu es fou. On ne sait pas trop quoi en penser. Tu ne sembles pas accuser un retard mental. Tu es en maîtrise de tes moyens. Tu sais ce que tu dis. Ta pensée est radicale, violente, mais organisée. Tu sembles être un antiféministe convaincu.

Peu importe, tu n’es pas le seul dans ton équipe qui s’amuse à déferler ta haine viscérale des femmes. Selon un rapport publié par la commission Broadband en 2015, 73 % des femmes sont victimes de cyberviolence.

Mais, bon. Le but de ma lettre n’est pas de te faire la morale. J’ose croire que tu réalises l’impact de tes paroles. J’espère que le but de ton message n’était pas de venir me tirer une balle dans la tête.

Au fait, ça va toi? Marie-Hélène Poitras et moi, on ne va pas très bien. Tu nous as secouées avec ton tweet haineux. Tu nous as fait du tort. Tu nous as fait du tort à nous, à toutes les superbes signataires du livre et à toutes les autres superbes aussi et aux hommes à qui tu fais honte.

Pourquoi? Pourquoi autant de hargne, de haine et de violence envers les femmes? Qu’est-ce qu’elles ont bien pu te faire?

livre

Ton tweet et ta réaction devant la reconnaissance du livre Les superbes valident l’essence de notre quête. Les superbes est un livre qui vise à libérer la parole des femmes qui, pour toutes sortes de facteurs systémiques et sexistes, se font continuellement diminuer. Il y a des femmes, probablement comme celles qui ont été assassinées violemment par Marc Lépine, qui souhaitaient tout simplement être ce qu’elles voulaient, rayonner et vivre leur émancipation, leurs réussites et leurs succès. Les superbes est un livre qui vise la création d’un safe space où les femmes peuvent s’exprimer sans se faire brimer, se faire dire de se taire ou encore se faire demander de rentrer dans le rang. Pourquoi Les superbes? Nous nous approprions ce mot qui a été diminué. (Une femme qui se dit superbe, ça ne passe dans l’espace public). Superbe réfère donc à la force de caractère, à la ténacité, à la splendeur, etc.

Le mouvement Black is beautiful a voulu reprendre le caractère diminué pour en faire du beau. Idem pour les féministes qui ont repris le mot Bitch. Les superbes se disent superbes, parce qu’elles n’acceptent pas de se fermer la gueule quand on leur dit de le faire, parce qu’elles n’ont pas froid aux yeux et parce qu’elles sont prêtes à mener des luttes lorsque l’adversité s’impose.

Un jour, peut-être, tu nous expliqueras ta haine ordinaire des femmes. Cette fois-ci, ta parole a été dénoncée. Il fallait agir contre cette violence inouïe dont tu te fais le porte-étendard. Nos filles, mères, sœurs, grands-mères et amies, ces superbes que tu attaques, ne se laisseront pas faire et vont se tenir debout.

Nous aurions pu nous replier face à tes mots dégoûtants, mais nous avons plutôt choisi de prendre parole.

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