Vivre

Ma sœur

masoeur-et-moi-une

Je m’aperçois en vieillissant que les relations entre frères et sœurs autour de moi sont de plus en plus difficiles. Lorsque je demande à quelqu’un s’il a des frères ou des sœurs, il n’est pas rare que cette personne me réponde que oui, mais qu’elle aime mieux ne pas en parler. Certains vivent une situation de conflit alors que d’autres n’ont aucun intérêt pour leur frangin ou frangine ou encore ils sont juste incompatibles.

Ce qui est bizarre dans ces cas, c’est que malgré qu’on ait reçu la même éducation et qu’on ait partagé les mêmes repas, fêtes et activités, la relation n’y est pas. Nous vivons une union avec des gens que nous n’avons pas choisis. La rivalité et la jalousie alimentent souvent les histoires. Les conflits avec la fratrie, puisqu’ils sont souvent très émotifs, peuvent être les plus grands d’une existence. Les pires chicanes que j’ai vues étaient des chicanes de famille.

Ma sœur

masoeur-et-moi-2
J’ai de la chance parce que j’ai vraiment une super relation avec ma sœur Éli. Pourtant, tous les éléments étaient réunis pour que nous devenions deux étrangères n’ayant rien d’autre en commun que nos géniteurs et se côtoyant seulement qu’à Noël, chez nos parents. Mais la vie n’avait pas dit son dernier mot.

J’ai été fille unique jusqu’à l’âge de 5 ans. J’avais mon papa et ma maman pour moi toute seule. Tout le temps. Un jour, ma mère m’a dit que j’allais avoir une petite sœur. Je lui ai répondu que ça ne m’intéressait pas vraiment, mais elle m’a dit qu’il était trop tard, que le bébé était dans son ventre. Lorsque début janvier, la fameuse petite sœur est arrivée, une infirmière de l’hôpital l’a mise à ma hauteur pour me la présenter. Ma petite sœur a ouvert les yeux et nous nous sommes regardées comme deux extraterrestres. Je n’aimais pas ses cheveux, elle en avait trop. Je l’ai toutefois trouvée jolie, quoiqu’un peu fripée. Reste que c’était fait, j’avais maintenant une petite sœur.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que nous allions la ramener à la maison. J’avais compris le principe que je deviendrais une grande sœur, mais on ne m’avait jamais dit que le bébé allait vivre avec nous! Nous étions maintenant une grande famille avec papa, maman, moi, Éli et… la rivalité. J’pourrais passer des heures à vous raconter à quel point je n’étais pas gentille avec elle. Je voulais qu’elle parte. Mais elle restait. Elle m’aimait malgré tout tandis que moi, je n’en étais pas certaine. En plus, mes parents avaient mis au monde une petite fille charmante, comique et surtout, dotée d’une très grande intelligence. Éli n’était pas seulement la star de la famille, elle a su très tôt charmer le quartier au grand complet. Rien pour que je l’apprécie.

J’ai vieilli. Je suis devenue une adolescente avec le caractère et l’attitude qui viennent avec. Je me souciais encore moins de ma sœur. J’ai fini par vivre comme si elle n’existait pas. Lorsque je suis partie de la maison pour aller étudier, elle commençait l’adolescence. C’est à ce moment-là qu’elle a elle aussi fait le choix de ne plus s’intéresser à moi. Elle est également partie étudier dans une autre ville. On se voyait à Noël ou à des fêtes. J’étais contente de la voir ces quelques fois, mais nous n’avions aucune relation. Nous étions deux étrangères issues du même clan.

La question

J’me souviens d’un soir bien arrosé, où un ami a posé la question suivante : Si votre frère ou votre sœur n’avait pas été dans votre vie. Est-ce que vous l’auriez rencontré? Est-ce qu’il ou elle aurait ou faire partie de votre cercle d’amis? Pour moi, la réponse était très claire. Non. Nous n’avions rien en commun et nous étions surtout super différentes.

Mais la vie avait un grand projet pour elle et moi.

Ma voisine

masoeur-et-moi-3
Je venais d’emménager à Montréal. J’ai appelé ma mère pour lui donner de mes nouvelles et pour lui communiquer mon nouveau numéro de téléphone. Ma mère m’a demandé ma nouvelle adresse, puis elle s’est exclamée : Mais mon Dieu, ta sœur Éli vient de se louer un appartement à côté de chez toi! Je savais que ma sœur habitait à Montréal. J’avais prévu lui donner un coup de fil, question de montrer que je me soucie un peu d’elle, mais j’avais mis le projet en veilleuse. J’attendais de trouver le bon moment. J’ai demandé son numéro à ma mère et je l’ai appelée. Ma sœur s’en allait à son appartement pour y faire du ménage. Nous avons convenu que j’irais la rejoindre là-bas.

Lorsque je suis arrivée chez elle, je fus stupéfaite. Elle avait loué l’appartement le plus insalubre j’avais jamais vu. Je ne pouvais pas la laisser ainsi. C’est tout de même ma sœur. Je l’ai donc aidée à faire le grand ménage. Je crois que c’est à cet instant qu’une certaine complicité s’est installée. Elle me fascinait. C’était maintenant une adulte. J’essayais de reconnaître la petite fille que j’avais connue, mais elle n’y était plus. En frottant les murs, on a ri. On a ri des travers de nos parents et on s’est un peu raconté nos vies. On a pris notre première bière ensemble, en tant qu’adultes. J’peux pas vous dire que nous sommes devenues les meilleures amies du monde du jour au lendemain, mais tranquillement, la porte s’est ouverte et une relation solide s’est développée.

Le hasard a voulu que nous habitions l’une à côté de l’autre pendant 13 ans. Pendant toutes ces années, bien des choses ont solidifié notre relation fraternelle. Nous sommes différentes, c’est vrai, mais j’aime notre différence. Elle m’a fait grandir et devenir une meilleure personne.

Aujourd’hui

masoeur-et-moi-1jpg
Nous n’habitons plus le même quartier. Elle a maintenant des enfants et il lui fallait une plus grande maison. Mais rien ne s’est estompé. On ne se voit peut-être plus presque tous les jours comme avant, mais on s’appelle et on s’écrit plusieurs fois par semaine. Et mon plus grand plaisir, c’est lorsque je vais souper chez elle avec son chum et ses enfants. Elle est ma famille, ma petite sœur et surtout ma meilleure amie.

Si on me reposait de nouveau la question à savoir si ma sœur et moi on se serait rencontrées si elle n’avait pas été ma sœur, je répondrais que probablement que non puisque nous œuvrons toutes les deux dans deux domaines qui sont diamétralement opposés (elle est enseignante à la maternelle). Mais une chose est sûre, il y aurait sans doute un grand vide dans mon cœur.

Je repense à tous ceux qui n’ont pas cette chance et j’me trouve privilégiée d’avoir une petite sœur, qui est aussi une grande femme, dans ma vie.

Je t’aime Élisabeth.

Partager cet article

Vous aimerez également