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Maison, sweet maison! Pérou part 2

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De retour du Pérou depuis hier… plutôt fatiguée. Après avoir fait Cusco-Lima, Lima-Miami et Miami-Montréal en 24 heures (tout ça en ayant immensément hâte de serrer mes enfants dans ses bras), l’arrivée à la maison c’est le comble de la volupté. Je le vis chaque fois que je pars, ce joli paradoxe: si heureuse de partir et si heureuse de revenir.

Le voyage

Comme je vous le disais dans mon billet précédent, je suis allée me balader au beau milieu de la cordillère des Andes, sur le Chemin inca qui m’a menée jusqu’à la Porte du soleil puis au célébrissime Machu Picchu! Contexte: une amie à nous, Marie-Hélène, pour ne pas la nommer, a eu l’idée de souligner son 40e anniversaire de naissance là-bas. Elle a commencé à en parler autour d’elle, à manifester son intention de constituer un petit groupe privé pour vivre cette aventure. Elle a fait appel à l’agence québécoise Karavaniers, de véritables experts dans ce genre de voyages-aventures-tout-inclus. On s’y est donc pris un an d’avance pour réserver nos dates, notre guide, nos billets et permis (le nombre de marcheurs est absolument contrôlé, limité à 500 personnes par jour sur le Chemin inca). Puis, de courriels en réunions, on a planifié notre séjour sud-américain. On a fait le tour des magasins d’équipement spécialisé, on s’est dit qu’il faudrait bien s’entrainer un peu (mais bon, on ne peut pas tenir toutes nos résolutions, non?!) et on a fini par se rejoindre à l’aéroport la semaine dernière, tous les 7. Mon amoureux faisait également partie du voyage; après tout, Marie-Hélène était son amie avant de devenir la mienne!

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L’histoire

On a été accueillis par notre guide Willy, qui parlait un excellent français, dès notre arrivée à Cusco. On s’est bien vite rendu compte que notre guide n’était pas un amateur, un jeunot, un étudiant. Non, dans cette région du pays qui dépend de la manne touristique, une formation universitaire en langue et en histoire, jumelée à une solide expérience sur le terrain est exigée. Ces guides doivent impérativement accompagner chaque groupe de marcheurs sur le Chemin inca. On a rapidement réalisé que sans lui, sans ses explications détaillées, nous serions passés à côté d’une grande partie de l’expérience; nous aurions raté l’essentiel. Une semaine avec lui et nous avons suivi, en marchant, un beau grand cours d’histoire. Une histoire fabuleuse et infiniment triste, par ailleurs. L’Empire inca était vaste, ingénieux, organisé. Les Espagnols sont arrivés en 1532. De grosses brutes épaisses, montées sur des chevaux, avec des armes à feu et leur religion conquérante. Ils ont su exploiter les divisions entre les différentes factions d’Amérindiens. Ils ont vaincu les Incas, détruit leur empire, les ont réduits en esclavage, ont pillé les cités et les tombes. Ils ont même importé l’une des pires horreurs de l’Europe moderne; la sainte inquisition! Ils ont torturé, écartelé, décapité, brûlé au nom de leur Dieu. Difficile pour moi de comprendre comment les habitants de ces pays d’Amérique latine peuvent continuer d’être de si fervents catholiques alors qu’ils ont été parmi les peuples les plus brutalisés de la terre au nom de cette foi chrétienne.

Le trek

On a eu deux jours pour s’adapter à l’altitude avant d’entreprendre notre randonnée en montagne. On avait pensé apporter toute une pharmacie pour pallier aux éventuels petits malaises qui pourraient venir nous pourrir la vie! On a pratiquement tous eu besoin de quelques comprimés contre le mal de tête. Pour lutter contre le mal des hauteurs, on nous a répété cent fois de boire, boire et boire de l’eau… près de 5 litres par jour! Qui dit boire dit… envie! On a cherché les toilettes, ça frisait parfois l’obsession. Et quand on ne les a pas trouvées, on s’est fait des murs de protection! Vive la solidarité!

Les distances à parcourir sur le Chemin inca n’ont rien de spectaculaires; on parle d’une dizaine de kilomètres par jour. Ici, ce serait une petite balade de santé; là-bas, ça relève de l’exploit sportif certains jours. Il y a l’altitude qui nous prive d’oxygène (chose assez nécessaire à laquelle on s’est habituée depuis notre naissance). Il y a les côtes… des montées parfois quasi verticales et des descentes épeurantes (qu’on préfèrerait descendre sur les fesses!). Puis, il y a les pierres. Les chemins en terre sont beaucoup faciles à parcourir que ces chemins de pierres inégales. Il faut être perpétuellement attentifs; c’est pas le temps de planter en pleine face ou de se fouler une cheville. Aucune route ne s’approche de ces sentiers centenaires et les hélicoptères ne veulent même pas tenter leur chance; seule façon d’être évacué; sur une civière, portée par des hommes. On en a vu une évacuation vers la fin de notre périple. On s’est comptés chanceux; nos petits bobos ne nous ont pas empêchés d’arriver après 4 jours de marche à la fameuse Porte du soleil.

Là, notre gentil guide nous avait réservé une surprise: il avait trainé, dans son sac à dos, une bouteille de mousseux et des verres. Assis là, au gros soleil, contemplant le Machu Picchu; on a chanté bonne fête à notre chère amie Marie-Hélène. Elle a fait son petit discours de remerciement; on a tous pleuré. C’est qu’on devient sensible après avoir traversé des épreuves physiques; c’est qu’on devient proches après avoir bravé les éléments ensemble. On a eu chaud, on a eu froid, on a eu très froid! On a affronté les bibittes et la pluie. Et j’ai même pas pleuré! 😉 On a beaucoup ri, heureusement!

Observations pêle-mêle

  • On a dormi sous la tente. Une tente pour mon amoureux et moi, c’est définitivement trop petit. On est habitués à notre confort, mais surtout à notre bulle… notre espace vital. La prochaine fois, j’exige ma propre tente!
  • Je me suis comptée immensément chanceuse de pouvoir voir ces vestiges de l’Empire inca, car on ne peut les voir qu’en parcourant à pied ces hautes montagnes. Cette longue marche parfois pénible vaut alors le coup; du haut des cols se découvrent des terrasses immenses, des cités enfouies sous le brouillard, littéralement sises dans les nuages.
  • Les Amérindiens qui vivent dans ces montagnes sont épatants. Nous avons traversé des villages, des bourgs, des maisons isolées dans ces lieux pour nous plutôt hostiles. Ils y vivent en quasi-autarcie, les enfants ne peuvent pratiquement pas être scolarisés puisque les écoles sont loin en bas dans les vallées. Ils jouent dehors avec rien, ils ont l’air absolument heureux, ils courent avec les animaux; les chiens, les poules, les ânes et bien sûr, les lamas et les alpagas. Ces gens sont forts, souriants, beaux. Leur vie est si différente de la nôtre! Alors on marche et on se questionne sur l’histoire, la civilisation, le sens de la vie, le bonheur… beaucoup de questions, pas beaucoup de réponses…
  • On a visité le Machu Picchu… avec cent millions de touristes. J’ai trouvé ça dur ce retour à la civilisation après ces journées tranquilles dans la montagne, occupée par mes pas et mes pensées. Cette cité, qui a été préservée parce que les Espagnols ne l’ont pas découverte, commence à s’abîmer, au contact des touristes et surtout en raison des travaux de forage effectués au bas de la montagne; les archéologues estiment que d’ici 80 ans, elle ne pourra plus être visitée… des parties commencent à bouger.
  • Enfin, on a aimé cette petite incursion en Amérique latine, mon amoureux et moi. On a aimé la formule du voyage, on a aimé l’agence Karavaniers. On a aussi beaucoup aimé l’esprit de gang; ça rappelait nos camps de vacances, enfants. On va vouloir repartir, c’est sûr et certain… On regarde déjà pour la Patagonie, mais on a compris aussi qu’on a besoin de pouvoir communiquer avec les gens qu’on rencontre. On va se mettre à l’espagnol!

Et vous, avez-vous déjà fait un voyage qui vous a amené à dépasser vos limites? À choisir, vous préférez le confort ou l’aventure?

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