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Maman Mono cherche l’amour en stéréo

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Mono, du grec monos, veut dire seul. Quand il vient se placer devant parental, ça change tout un plan de vie. Mais comme n’importe quoi, faut s’ajuster. Vivre seul, quand on a tant rêvé et attendu une vie de famille, ça vient fissurer des affaires. La confiance, l’estime, la foi en l’autre. Entre autres.

Puis la secousse de la rupture passe… Ou du moins, c’est ce qu’on se dit. On s’entraîne alors pour la résilience parce que ça fait du bien de s’en sortir. Et on ouvre la fenêtre pour faire entrer l’air frais qui ne sent plus le mauvais souvenir. Car la vie à deux, on y croit! Ouch. C’est qu’elle n’est plus à deux cette vie. Il y a maintenant un ou des petits bouts de soi qui sont inclus dans la formule. Formule complexe. Très.

Si une fille célibataire qui date plusieurs gars n’a pas toujours bonne presse pour un tas d’idées reçues difficiles à effacer, une mère célibataire, elle, n’est pas sortie du bois. Mais partons du commencement. Ses possibilités de rencontres. D’abord, son 5 à 7 se résume à aller chercher la petite à l’école, à faire le souper et à jouer à des jeux de société pour 5 à 7… ans. À 21 h, le jeudi soir, pendant que les mâles sortent de leur tanière, elle ferme les yeux parce que sa journée débutera à 6 h le lendemain et que celle qui vient de se terminer l’a épuisée. Les soirs où fillette est chez son papa, Maman en profite pour travailler, faire du ménage et voir les amis. Maman Mono n’a pas beaucoup de temps pour rencontrer.

C’est pour cette raison qu’elle s’est, un moment donné, tournée vers les sites de rencontres. Parce que c’est facile d’échanger sur Tinder pendant qu’on écoute pour la millième fois La Reine des neiges. Parce qu’un investissement de 15 minutes, en pyjama dans son lit, avant de se coucher, ne lui coûte pas grand chose et lui donne l’impression d’au moins «essayer». Et elle échange pendant un certain temps parce que des soirées libres, elle n’en a pas beaucoup et veut bien les utiliser, d’où le temps pris pour, un peu, faire le tri. Maman Mono pourrait facilement entendre dans son entourage des commentaires du genre qu’il n’y a rien de mieux que les rencontres impromptues et naturelles pour mener à l’amour. Mais Maman Mono sait aussi qu’avec cette tactique, elle pourrait éventuellement souffler sur les 70 bougies de son gâteau mou sans avoir pu repartager sa vie. Ce dont elle saurait s’accommoder, soit-dit en passant. Maman Mono est devenue très musclée en matière de résilience.

Rencontrer sur le Net, ça veut aussi dire partir de zéro pour connaître quelqu’un. Ce qui veut dire qu’il est possible que ça ne marche pas après deux semaines, trois mois, un an. L’amour à 40 ans n’est pas celui à 20. C’est que Maman Mono a ses habitudes, ses valeurs, et qu’elle sait ce qu’elle veut et ne veut pas. Et c’est une maman. ELLE VIENT AVEC SA FILLE! Même si le message est clair dès le départ, il n’est pas toujours bien compris. Mais avec cette volonté de résilience et l’esprit clair sur le fait que rien ne peut être parfait, Maman essaie. Mais elle n’essaie plus longtemps.

Car s’il est facile de se convaincre, il est moins facile d’aimer. Des rencontres, elle en a eu plusieurs. Des plus sérieuses, Maman Mono en a eu deux et deux fois, sa fille a fini par être le «problème». Parce qu’une enfant dynamique de 3 ou 5 ans, ça brasse de l’air, ça parle, ça questionne et ça veut jouer. Ça ne vit pas tous les jours sereinement la garde partagée. Ça veut avoir sa place. Le premier avait de grands enfants et s’est rendu compte qu’il n’avait pas la patience de rejouer à la Barbie et de passer en deuxième. L’autre, après ses grands discours sur la famille, s’est rendu compte qu’il redoutait le moment où son fiston de deux ans allait se mettre à réfléchir et à argumenter. Alors Maman Mono a fait des choix. Des choix évidents.

La question «Ça n’a pas fonctionné?» d’un air faussement surpris, Maman Mono ne s’en scandalise plus. Ce sont principalement ses amis et connaissances qui sont en couple depuis longtemps qui la posent, ces « chanceux » qui n’ont aucune idée de la réalité des rencontres d’aujourd’hui, à cet âge, avec des enfants. Tant mieux pour eux s’ils ont bien choisi. Et ne vous inquiétez pas, Maman Mono s’est posé toutes les questions du genre «Ai-je des patterns?», «Suis-je trop difficile?», «Est-ce que je fais peur aux hommes avec mon humour?», «Suis-je trop directe?», «Suis-je rendue trop vieille?», «Suis-je trop exigeante?», alouette.

L’amour est au carrefour de plein d’affaires : timing, valeurs, apparence physique, situation financière, santé, âge, poids, position sociale, quotient intellectuel, niveau de culture, goûts communs, alouette encore. Faire aligner les planètes pour que ça fonctionne, ça prend certes une bonne dose de volonté, mais ça prend aussi quelque chose qui ne s’achète pas, qui ne s’invente pas et qui, pour cette Maman Mono-là, du moins, ne se fake pas. La chimie. Et vous savez quoi? Maman Mono vit bien seule. Elle est épanouie, bien entourée et heureuse. Elle ne cherche pas l’amour à tout prix. Ça non.

Alors quand la chimie n’opère pas, Maman quitte la scène. Ça se ressent plus que ça ne s’explique. Car on lui en demande souvent, des explications. C’est pourtant simple, non? Trouver l’amour, c’est rare. C’est beau. Ça fait du bien. Ce n’est pas parce qu’on cherche qu’on trouve. Ce n’est pas parce qu’on essaie que ça marche. Mais à force d’avancer, peut-être y aura-t-il quelqu’un au coin d’une rue ou d’un profil pour faire opérer la magie. Quelqu’un qui comprend tout ce qu’implique l’art d’être magicien. Mais voilà, quand la magie opère, ça peut faire peur. Peur d’avoir mal. Peur d’être déçue. Peur de recommencer pour rien. Peur, une fois de plus, de voir l’amour se transformer en mirage qu’un simple clignement d’œil fera disparaître. Pas simple. Pas simple du tout.

Puis, avec la tête et le cœur pourtant bourrés de toutes ces émotions/perceptions/attentes/désillusions, on rencontre un Papa Mono tout aussi méfiant. Quoi, l’autre a peur aussi? Il est capable d’en parler sans jouer de game? Il est attentionné et vrai? Il sait que rien ne sera facile, mais sent, lui aussi, la chimie qui s’opère sans demander l’avis de personne? Que les moments de bonheur sereins s’accumulent alors qu’à chaque rendez-vous, on pensait trouver de la déception? Serait-il possible que… De l’espoir naissent de grandes choses.

Alors, dis, le viking, tu veux bien être mon valentin? Ton humour sarcastique, ton authenticité qui te sort par les pores de peau, ta sensibilité quand tu parles de tes enfants, le creux parfait entre ton épaule et ton cou, tout ça, ça me donne envie de voir le verre d’eau plein à rebord et non à moitié vide (avec un peu de Ricard, bien sûr!). On pourrait se tenir la main doucement et simplement et voir si elles seront encore l’une dans l’autre le mois prochain. Cet été. Pour l’Halloween. Ou encore à la prochaine Saint-Valentin.

Crédit photo de couverture: Charles Mordret

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