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Maman, tu avais raison

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Un jour, tu comprendras. Tu auras une maison et tu comprendras. Tu seras en couple et tu comprendras. Tu auras des enfants et tu comprendras.

Ces phrases, je les ai entendues un nombre incalculable de fois au cours de mon enfance, de mon adolescence et même au début de ma vie d’adulte. Elles n’étaient pas prononcées sur un ton accusateur, mais plutôt énoncées comme un fait. Je comprends aujourd’hui que ce devait être libérateur pour ma maman de se dire qu’un jour, ce serait mon tour. Mon tour de ne plus savoir quoi faire pour souper. Mon tour de chialer parce que mon chum met ses bas en boule dans le lavage. Mon tour de gérer les chicanes entre mes enfants.

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Depuis que j’ai quitté la maison il y a une dizaine d’années, j’en ai compris des trucs. J’ai souvent téléphoné à ma mère juste pour lui dire : Tu sais quoi maman? Tu avais raison.

Tu avais raison, les bas en boule dans le lavage, ça ne sèche pas. Et tant qu’à parler de lavage, je comprends maintenant que mon chandail préféré n’était pas toujours propre quand je voulais le mettre. Le lavage avec des enfants, c’est un travail à plein temps. Mes crises étaient démesurées. Je m’excuse.

Tu avais raison de me faire des gros yeux quand je ne suspendais pas ma serviette de bain. Une serviette humide en tas, ça pue. Et il ne faut que quelques secondes pour la suspendre.

Tu avais raison, quelqu’un marche inévitablement sur le plancher lorsqu’il est frais lavé. C’est comme une malédiction. Je comprends aujourd’hui ta déception chaque fois que mes petits pieds foulaient le sol encore mouillé. Tu espérais probablement que cette fois serait la bonne. Que ton travail paraîtrait plus que 5 minutes. Eh non!

Tu avais raison, il arrive que je ne sache pas quoi faire pour souper. Tu sais quoi? C’était convenable finalement des crêpes les soirs où les moyens, l’inspiration ou l’énergie n’étaient pas au rendez-vous. Je m’excuse d’avoir roulé les yeux les soirs de crêpes. Si ça peut te consoler, ma fille de 4 ans m’a offert le même traitement.

Tu avais raison, j’ai appris à faire des compromis. Mes beaux idéaux d’adolescente n’étaient pas réalistes. Mes cornes de bélier se sont adoucies avec le temps.

Tu avais raison, si j’avais arrêté de crier, mon frère aurait peut-être arrêté de m’achaler. Sinon, à quoi bon? Je comprends maintenant les soirs où tu choisissais d’arrêter d’intervenir. Tu savais, n’est-ce pas que c’était lui qui me faisait crier? Sans arrêt. Du lever au coucher. Ce que mes yeux d’enfants voyaient comme de l’injustice, la maman que suis considère ça comme du lâcher-prise. C’est impossible d’intervenir 12 heures par jour et de rester saine d’esprit.

Tu avais raison, rester éveillée auprès de moi les nuits de migraine n’aurait rien changé à ma douleur. Je sais maintenant que tu aurais aimé prendre tout ce mal, mais que puisque c’était impossible, il était préférable que tu prennes quelques heures de sommeil. Les deux autres allaient se réveiller à l’aurore et moi, je serais super bougonne de ne pas avoir dormi.

Tu avais raison maman. La vie est une roue qui tourne. L’enfant que j’étais et qui te faisait parfois soupirer est aujourd’hui une maman qui comprend l’ampleur de la tâche. Un jour, ce sera à mon tour d’être grand-maman et je sais en mon for intérieur que je gâterai probablement trop mes petits-enfants, comme tu le fais, au point de me faire rabrouer parfois par leurs parents. Ce jour-là, j’espère que tu seras encore là pour me dire : Ma petite Jo, tu vois, j’avais raison.

Et vous, votre mère, elle avait raison? Pourquoi?

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