Vivre

Marquée par la beauté

Photo credit: Liana Carbone

Je dois commencer en vous disant que je suis extrêmement chanceuse. Je suis née dans une famille aimante. En prêchant par l’exemple, mes parents nous ont enseigné, à mes frères et à moi, que tout est possible lorsqu’on a des rêves et qu’on travaille fort pour les réaliser. Je possède une richesse qui n’est pas monétaire. J’ai des amis que je considère comme ma famille. Je suis une femme instruite. J’ai eu l’occasion de voyager. J’ai un emploi que j’adore. J’ai grandi le sourire aux lèvres.

C’est seulement à l’adolescence que mon sourire a commencé à cacher mes tourments intérieurs. Bien que j’aie toujours été ronde, j’ai commencé à détester ma silhouette. Malgré mon allure confiante, j’avais honte de mon corps. La vérité, c’est que je me cachais derrière des éclats de rire et une personnalité exubérante. Dans l’espoir d’éclipser ma silhouette, je bombardais mes proches d’une joyeuse énergie. On ne m’a jamais intimidée, mais j’étais particulièrement cruelle envers moi-même. Je m’empêchais de m’inscrire à des activités si je croyais qu’elles étaient inappropriées pour une «grosse fille» comme moi. Alors que j’adorais nager quand j’étais enfant, j’évitais toute activité exposant ma peau. Le gym, c’était pour les gens en forme. La personne qui jure avoir froid quand il fait 30 degrés l’été? C’était moi. Sans m’en rendre compte, je suis entrée dans le cercle vicieux de vouloir changer tout en étant paralysée par la peur de l’échec. Malgré que j’aime penser que j’ai profité de toutes les occasions qui se sont présentées à moi, je ne peux nier que mon poids m’a empêchée d’explorer une ou deux options.

Pendant des années, j’ai secrètement considéré mon corps comme un ennemi. Comme en temps de guerre, j’ai affamé l’ennemi. J’ai épuisé l’ennemi. Malgré tous mes efforts, j’étais constamment déjouée. Inutile de vous dire que l’ennemi ripostait deux fois plus fort et que chaque fois, il remportait la bataille. Ma vie était une suite de régimes yoyo et de promesses de changer non réalisées. Je ne considérais pas mon corps comme une expression de moi-même. Je devais contrôler et vaincre l’ennemi.

Le changement longtemps espéré est arrivé avec un diagnostic de syndrome des ovaires polykystiques. Dites à une jeune femme qu’il y a un problème avec ses organes reproducteurs et je peux vous assurer qu’elle fera tout pour que ça change. Je peux vous dire que mes ovaires vont bien. Je vais bien, vraiment. Mais à ce moment, la vérité m’a frappée de plein fouet. J’ai toujours voulu toucher le cœur des gens. J’ai toujours voulu transcender le monde physique. Sur le chemin du retour, j’ai réalisé que tout ce que j’accomplirais dans ma vie, je le ferais avec mon corps. Mon corps étreint ceux que j’aime. Mon corps chante mes émotions. Mes doigts tapent ces mots sur une page. Dans les heures qui ont suivi le rendez-vous, j’ai reconnu mon corps pour le temple qu’il est. L’ennemi et moi avons fusionné et je suis devenu un miracle vivant. J’ai juré d’être en santé. J’ai juré d’être forte.

J’avais évité de me regarder depuis des années, mais ce soir-là, j’ai regardé directement mon reflet. Devant le miroir, la vérité s’est dévoilée. J’ai les yeux noisette expressifs de ma grand-mère, les lèvres de ma mère et le nez de mon père. Je suis la combinaison des gens que j’aime le plus. Au-delà des gènes, je suis la somme de tous les sacrifices que mes parents, et leurs parents avant eux, ont fait. Je suis une mosaïque colorée, le résultat de toutes les personnes qui ont fait partie de ma vie. Je suis le produit de mes expériences. Qui suis-je pour détester cela?

Puis mes yeux se sont concentrés sur mes grains de beauté parfaitement symétriques. Il y en a un à deux centimètres de ma narine gauche et l’autre est à exactement deux centimètres de la droite. Comme si je les voyais pour la première fois, j’ai commencé à faire le tracé de mes grains de beauté sur mon cou et jusqu’à mes épaules, mes bras, ma poitrine et mon dos. Je les ai d’abord observés silencieusement, puis j’ai commencé à rire de façon hystérique. Dans ces précieux moments, j’ai réalisé que mes grains de beauté n’étaient pas que de simples points éparpillés sur mon corps. Dans un moment d’extrême vulnérabilité, mes grains de beauté se sont transformés en une constellation de connaissances de soi dansant sur ma peau nue. Si seulement j’avais osé me regarder et vraiment voir la femme qui me regardait dans le miroir, j’aurais vu ce que mon corps essayait de me dire tout ce temps. J’étais, je suis et je serai toujours belle.

Nous sommes tellement plus qu’un chiffre sur la balance. Je me suis demandé à quel moment «mince» était devenu le synonyme de «santé». Quand est-ce que l’obsession d’une silhouette photoshopée a surpassé notre besoin d’être fort? Ai-je des buts de mise en forme? Bien sûr! Je suis constamment en train de m’améliorer. J’aime penser que nous le sommes tous. Je sais maintenant que la vraie moi n’a pas 10 ou 20 livres de moins. La vraie moi est celle que je suis maintenant. Je pensais que ma vie commencerait au moment où j’aurais une certaine apparence. Ironiquement, l’acceptation de soi est devenue la partie la plus importante du voyage. Je vais choisir de trouver la beauté en moi, dans mes relations et dans le monde qui m’entoure et m’inspire. Si la vie est un livre, je vais prendre un moment pour apprécier ce chapitre. En fait, je vais même apprécier cette page-ci.

Le jour où j’ai décidé de devenir forte physiquement, j’ai redécouvert la force intérieure que j’avais oubliée. Ma nouvelle conscience de moi m’a catapultée dans un état de transformation. Dans les mois qui ont suivi, j’en suis venue à voir mon corps comme mon plus fort allié. De plus, je comprends que le bonheur est un équilibre parfait entre santé mentale et physique. Je ne peux pas être la première à vous dire que vous êtes votre plus grand investissement. Je vous invite à méditer, à nager, à faire de longues marches, à manger du dessert, à danser et à rire. Je vous invite à aimer sans crainte. Ce n’est pas toujours facile, mais chaque jour, j’apprends à être plus gentille envers moi-même. M’offrir un nouveau départ chaque jour m’a permis de surmonter mon insécurité. J’arrive maintenant à observer mon corps changeant avec respect et émerveillement.

Si seulement je pouvais dire à une plus jeune version de moi-même de se regarder dans le miroir… Je lui dirais d’honorer son temple sacré. Surtout, je lui dirais que la beauté, c’est la gentillesse et la compassion. C’est aussi la résilience et l’ambition. La beauté, c’est être soi-même sans aucun remords dans un monde qui vous fait toujours croire que vous n’êtes pas assez. Je lui dirais qu’elle est toujours plus que juste assez.

J’ai envie de vous dire que vous n’êtes pas un objet qui peut être mis de côté. Vous êtes plutôt magnifiques. Vous êtres magnifiques sous toutes vos formes, une expression divine de tous les mystères de la Terre. Vous êtes puissante. Vous êtes sans limites. Vous êtes toutes marquées par la beauté.

Vous aimerez également