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Même les lesbiennes ont une meilleure amie

Crédit photo: Julie Robillard

Dans quelques jours, j’aurai 40 ans.  Et depuis plus de la moitié de ma vie, j’ai la chance d’avoir une amie que j’appelle «ma meilleure Annie». J’ai rencontré Annie quand j’ai fait mon (premier) cégep, celui en sciences-de-la-nature-j’aime-pas-vraiment-ça-finalement.

Annie, c’était la fille intelligente, douée et sympathique qui osait me parler même si je portais des jeans mauves et que je faisais des chroniques aux jeux de mots douteux (ma chronique s’appelait L’ACCROC-nique) dans un journal étudiant au nom encore plus douteux (Le point Gle journal qui va au fond des choses). Annie, c’est l’amie avec laquelle j’ai fait des compétitions de notes de dissertations en littérature et des combats de notes de cours en biologie génétique (en rigolant gentiment de notre prof qui portait des bas lignés dans ses sandales).

Annie, c’est l’amie qui a compris, non sans être déçue, que je ne puisse pas assister à son mariage et qui a accepté que j’organise un brunch des mariés le lendemain. C’est l’amie qui, annuellement, fait garder son enfant quelques jours pour qu’on prenne le temps d’entretenir notre amitié avec un mini-voyage «juste nous deux». Des fois, on sirote notre rosé dans une verrière enchanteresse. D’autres fois, on va visiter une ancienne mine, un musée ou une grosse île. Ça nous arrive même d’être ensemble, juste bien, sans se parler.

On s’est raconté nos déboires amoureux, on s’est demandé nos avis (même si on ne les a pas suivis), on s’est fait chicaner parce qu’on jasait trop dans les spas, on s’est critiqué, on s’est confié, on s’est permis de ventiler. On a eu les frousses pis les fous rires de nos vies. On s’est TOUT DIT.

D’ailleurs, récemment, Annie m’est arrivée avec cette phrase: «Quand j’ai dit à mes collègues de travail que ma meilleure amie était lesbienne, ils étaient surpris. Ils m’ont demandé si j’avais peur.»

J’avoue que je suis tombée de ma chaise quand elle m’a annoncé ça. PEUR DE QUOI?
Que je l’agresse? On a bien rigolé. Puis on a émis deux hypothèses:

La première: Ces gens croient que les lesbiennes sont des hystériques compulsives sexuelles désaxées sans éthique, sans morale, sans standards.  

Parce que c’est évident.  Les personnes homosexuelles ne sont définies qu’en fonction de leur sexualité, et ça fait d’eux des personnes qui ne pensent qu’à ça et qui ne peuvent pas se retenir.  Des z’animaux. Les femmes qui aiment les femmes sont attirées irrémédiablement par tout ce qui est femme, sans distinction, sans discernement. 

Eh non. Même les lesbiennes ont des goûts, des préférences, de l’éthique et des standards. Elles ont les papillons pour un certain type de personnalité, sont attirées par un certain type d’énergie, sont aimantées par un certain type de physionomie.

Donc je résume. Même si les lesbiennes trouvent une personne adorable, intelligente, extraordinaire, belle et charmante, ça ne veut pas dire qu’elles éprouvent du désir NI qu’elles sont amoureuses, que cette personne soit un homme ou une femme.

La deuxième: Ces gens ne croient pas à l’amitié sans intérêt. 

Ce n’est pas possible pour un homme d’être ami avec une femme (et inversement). Ce n’est donc pas possible pour une personne homosexuelle d’être amie avec une personne de son sexe. Point barre. Donc, les seuls vrais amis potentiels sur la planète, ce sont les hommes et les femmes homosexuels, pis les hétéros du même sexe.

C’t’un peu catégorique. L’amitié entre homme et femme, c’est comme le père Noël.  Même si on n’y croit pas, ça veut-tu dire que ça existe pas? OK. Mauvais exemple.

J’avoue

J’avoue. Je me suis rappelé qu’à l’époque, j’ai eu très peur de faire mon coming out, non seulement à mes parents, mais également à mes amies les plus proches. J’avais peur que mes amies me rejettent, j’avais peur que notre amitié s’embrouille et qu’elles deviennent distantes, qu’elles considèrent soudainement mon amitié impure. J’avoue que moi aussi, j’avais un genre d’homophobie intériorisée.

Mais il y a de ces amies pour qui ce type de révélation ne change rien. Qui ne sont ni choquées, ni impressionnées. Ces personnes nous aiment pour qui nous sommes et non pas pour ce que nous faisons. Elles ne se souviennent même pas de ne PAS l’avoir su, si bien qu’elles le savaient avant que toi tu le saches. Ces amies qui m’ont même maquillée pour une date avec un homme sans croire full au potentiel de cette relation. T’sais, des amies qui ne détruisent pas systématiquement tes illusions?

 

«That’s what friends are for».

Les amitiés, il y en a de tous les genres. Comme dans tous les types de relations, il y a des rapports de pouvoir ou des tensions qui peuvent être liées aux différences des genres, mais aussi à d’autres différences, comme les finances, les priorités, le statut social et même familial. Certaines amitiés sont très présentes à un moment de notre vie puis s’amenuisent…  avant de revenir en force. D’autres s’éteignent à jamais. Mais chacune de ces amitiés aura valu la peine (et la joie) d’être vécue.

Annie et moi avons continué à élaborer quelques hypothèses de plus en plus farfelues, puis nous sommes rapidement passées à un autre sujet de discussion. Après tout, on avait bien d’autres sujets à vider que de s’inquiéter de ce que les autres pouvaient bien penser.

J’ai la chance d’être fabuleusement bien entourée.

PS: Annie je t’adore, mais j’ai jamais trippé sur toi. 

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