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Même les lesbiennes veulent du confort

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Vous ne le saviez peut-être pas, mais je travaille à faire des blagues avec une magnifique gang de femmes hilarantes — et hétéros. On crée un nouveau show par mois, ce qui fait que pendant le mois qui précède, on se fait des réunions créatives qu’on appelle entre nous « pimp ton number ». C’est un moment où on se lit ce qu’on a de prêt — des fois, c’est un texte élaboré, d’autres fois, c’est notre liste d’épicerie — et où on se donne des commentaires. Il m’arrive de prendre leurs commentaires pour complètement transformer mon texte… D’autres fois, je peux juste rien faire avec leurs commentaires, parce que de toute façon, c’est MON numéro.

Cette gang tricotée serrée est regroupée sous un nom qui était pourtant une inside joke entre nous au départ : Les Femmelettes.

Les Femmelettes en répète, c’est le meilleur de tous les mondes. Elles sont un peu comme un gros chandail mou qu’on sort de la sécheuse par un matin pluvieux d’octobre. BEN CONFORTABLES. C’est ma famille choisie, quoi.

Des preuves? Anna me guide pour savoir qui swiper à droite et à quel « Salut ça va? » répondre, Josie me dirige vers le soutien-gorge qui soutient vraiment et Linda m’aide à trouver des souliers qui ne sont pas des souliers d’orthopédagogue.

Ouais, je me suis déjà fait dire : « Oh wow, t’es tellement cute. Tu portes des souliers d’orthopédagogue ».

J’étais plutôt contente, vu que je suis vraiment orthopédagogue. Jusqu’à ce que Linda me dise que ça devait être interprété comme une remarque sur la laideur des souliers plutôt que sur leur confort. Tsssss.

Pis avec Nadine, entre une joke pis un sauvetage, on s’occupe de mascaras et de divans, ces bastions du luxe contemporain. Lors de notre dernière séance de magasinage, dès que Nadine et moi avons posé le pied sur l’étage de tous les salons possibles chez [le lecteur insère ici le nom d’un magasin de meubles connu de son choix… qui finit idéalement en « ick »], une dame au sourire aussi aimable que crispé nous a accueillies.

« Bonjour mesdames! », s’est-elle exclamée. « Vous cherchez un divan pour votre salon? »

Puis elle a enchaîné : « HA! En tout cas, moi, j’ai rien contre ça les… Je suis très ouverte, moi. Ça ne me dérange pas les… Je n’ai absolument AUCUN problème avec ça! »

Nadine et moi, on est un peu abasourdies. On n’a pas eu le temps de répondre que notre émule de Jeannette Bertrand et de l’Amour avec un grand A a poursuivi :

« J’en ai, des amies comme vous! Même que j’en ai quatre! »

« Vous avez quatre amies qui se cherchent un divan, madame? », qu’on a pensé.

Faire le décompte en public de tes amies lesbiennes pour prouver que t’es pas homophobe, c’est un peu comme dire « Chu pas raciste, j’ai un ami noir. Pis y’est correct, lui, y’est pareil comme un blanc. ».

À vrai dire, on ne savait pas trop comment réagir.

On voulait pas rendre la duchesse du meuble encore plus mal à l’aise, pis on aurait trouvé dommage de gâcher son bel effort par un « Nenon madame, on n’est pas lesbiennes. En tout cas, pas ensemble. Arrrrrkeeeeee. En fait, c’est juste ELLE qui est lesbienne… »

Quelque part, même les lesbiennes comprennent les madames comme ça.

Quelque part, même les lesbiennes les trouvent drôles et touchantes quand elles admettent candidement que « les lesbiennes, c’est du monde comme nous autres ». Surtout si lesdites lesbiennes magasinent un divan sans s’embrasser en l’essayant.

Pis oui, quelque part, on n’a pas tout le temps à réagir à propos de toute. C’est correct d’écouter quelqu’un et de ne rien ajouter. Ni d’approuver ni de réfuter. Juste… rien faire avec ça.

C’est même re-po-sant.

Il y a des gens (même des lesbiennes) qui ne sont pas encore capables de prononcer le mot « lesbienne », parce qu’ils trouvent que c’est un mot vulgaire. Ils sont choqués par le titre de ma chronique et ils me le disent.

Vous savez quoi? C’est correct. Ça ne veut pas dire que je suis vulgaire, que ma chronique est vulgaire, ou quoi que ce soit d’autre à propos de moi.

En fait, peu importe le commentaire qui est dit, que ce soit en « pimp ton number » ou sur Twitter, j’ai le choix, en bout de compte de ne rien prendre de façon « personnelle ».

Tout le monde a ce choix-là. Peu importe ce qui est exprimé et comment ce l’est, nous pouvons choisir que ça n’affecte en rien notre valeur et nos valeurs, nos idéaux, notre personnalité… et notre humeur. Et encore mieux, si j’ai le choix de ne PAS prendre la chose de façon personnelle, j’ai même le choix de la prendre de façon positive. Si c’est pas une bonne nouvelle, je me demande ce que c’est.

Je pourrais être très choquée, je pourrais monter aux barricades, je pourrais répliquer ad vitam aeternam ad nauseam. Mais je choisis de me trouver bien chanceuse.

Parce que contrairement à certains endroits dans le monde, ici, je me sens en sécurité de magasiner un divan confortable avec ma « pas blonde » que la dame du magasin de meubles présume être ma blonde.

Je trouve ça plutôt réconfortant.

Marie Christine

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