Vivre

Moi, JBH, ancienne grinch de Noël

Je l’avoue; j’ai déjà été une grinch de Noël. Pas au point de vouloir arracher toutes les lumières autour des fenêtres de la maison du voisin, mais pendant de nombreuses, nombreuses années, j’ai eu le temps des fêtes en aversion. Laissez-moi vous expliquer ce qu’il en est avant que vous n’ayez l’idée de me lancer des boules… de Noël. (Rire de lutin)

D’une jaquette à l’autre

Je suis née dans une famille plutôt spéciale. Le genre de famille où l’argent et les marques d’affection se font plutôt rares. Alors, Noël ou pas, ça ne changeait rien si ce n’est que cela me faisait réaliser encore plus à quel point toutes ces choses que les autres enfants avaient me manquaient.

Combien de jaquettes en flanelle j’ai déballées avec consternation, croyant chaque fois découvrir une poupée ou un jouet. J’aurais pu les attacher bout à bout, ces jaquettes, et m’en servir comme câble pour gravir le mont Everest. En plus, c’est tellement inconfortable, une jaquette! Si on a tendance à tourner dans tous les sens, on se retrouve pris comme un saucisson.

Je suis sûre que certains d’entre vous pensent que la jaquette était probablement plus utile qu’une poupée pour réchauffer mon petit corps durant les froides nuits d’hiver. Si vous saviez par contre à quel point mon petit cœur avait lui aussi besoin d’être réchauffé!

Le père Noël est un insensible

Ceci dit, une certaine année, j’avais mis le paquet et n’avais pas lésiné sur les prières au père Noël. Je me disais que, cette fois-ci, ce serait mon tour. Il le fallait, car bientôt, je serais trop grande pour pouvoir profiter de sa générosité.

Le fameux soir arriva et, je l’avoue, j’avais déjà soupesé la grande boîte sous le sapin à plusieurs reprises. J’étais quasi certaine qu’elle contenait les fameux patins à glace que j’avais demandés. Enfin, je pourrais faire mes nombreuses arabesques sur la glace et non plus sur le plancher ciré du salon!

Roulement de tambour… Le papier qui vole dans les airs; les derniers morceaux de Scotch Tape qui me donnent du fil à retordre… Et voilà que je me retrouve devant une boîte remplie à ras bord de friandises de toutes sortes. Euh…

En temps ordinaire, j’aurais été plus que ravie de ce cadeau puisque nous n’avions pas droit à ce genre de choses à la maison. Mais où étaient donc mes patins? C’est ce que j’avais demandé, prié, supplié de toutes mes forces!

Lorsque ma mère me tendit son cadeau, j’ai refusé de l’ouvrir. Par sa forme, je savais déjà que ce n’était pas des patins. Craignant de déclencher une autre guerre mondiale, j’ai fini par le déballer, ce cadeau que je détestais déjà, pour me retrouver avec un… album-photos. Vide, évidemment, puisque l’idée était de le remplir. Remplir de quoi, je ne le sais pas, puisque je n’avais même pas d’appareil-photo? Je ne l’ai d’ailleurs jamais comprise, celle-là.

Ce soir-là, je montai me coucher le cœur en miettes. Non seulement j’allais devoir continuer à patiner sur mes pantoufles en Phentex, mais je venais de réaliser que toute cette histoire de père Noël, c’était une véritable supercherie. Pire encore, s’il s’avérait qu’il existait vraiment, il ne venait pas dans les maisons comme la mienne. Il allait voir les enfants qui portaient de jolis vêtements et qui avaient des parents attentionnés et aimants.

Au fond, la véritable question…

Heureusement, je me suis réconciliée avec le père Noël depuis. Tout cela grâce à mon fistouche (mon fils) adoré. Mais je ne suis pas sans penser à tous les enfants qui ne comprendront pas pourquoi le père Noël les oublie chaque année.

Au fond, je crois que ce qui m’a toujours dérangée, c’est de constater que l’argent que ma mère mettait pour m’acheter les éternelles jaquettes aurait pu servir, à l’occasion, à m’acheter une peluche ou une poupée. Le coût était quasi identique. Ce qui me consterne, ce n’est pas tant le fait que nous avions des moyens financiers restreints que le fait que, visiblement, ma mère n’était pas du tout à l’écoute de nos besoins, qu’ils soient physiques ou émotionnels.

Rassurez-vous, je ne lui en veux plus du tout. Mon ressentiment a disparu le jour où je me suis mise à faire pour mon fils toutes ces choses qui m’ont tant manqué lorsque j’étais enfant. J’ai réalisé qu’il est possible de «réparer», de guérir certaines blessures en faisant justement pour les autres ce qu’on aurait voulu qui soit fait pour nous.

Les enfants peuvent tout comprendre, il suffit de leur expliquer ce qui se passe.  Et lorsque c’est fait avec authenticité et amour, cela rend les situations beaucoup plus faciles à accepter.

Si j’ai déjà ressenti une certaine amertume par rapport à mon passé, je ressens désormais une très grande fierté par rapport à mon présent et une excitation sans bornes pour mon avenir. Et ça, ce n’est pas le père Noël, mais bien moi qui me le suis offert.

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