Vivre

Mon conte à moi…

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J’ai 4 ans. Je grimpe sur le rebord de la bibliothèque et je pige un livre en carton dur de la collection Disney reçue à Noël. Sur la couverture, une jeune femme à la peau cendrée parle à une souris. Mais, alors qu’assise à même le sol de ma chambre d’enfant, je tourne une à une les pages coloriées, le vert de mes yeux s’illumine davantage.

Il était une fois…

Et nous connaissons tous et toutes la suite de ce conte qui a marqué l’imaginaire des enfants, et le mien.

Monsieur Disney, vous êtes responsable de nous avoir corrompus, pourris, abîmés, allez hop à la guillotine! Pourtant… pourtant aujourd’hui, une, deux (ok! Avouons-le… trois) décennies plus tard, je ne vous en tiens aucunement rigueur, bien au contraire, et je ne m’en porte pas plus mal.

Malgré vous et vos contes, je suis aujourd’hui féministe équilibrée et fièrement femme. Tout comme Cendrillon, j’ai un grand cœur, je suis gentille, simple et honnête. Je me suis déjà fait enfermer, séquestrer et maltraiter non pas par une belle-mère, mais par un Monstre qui me contrôlait telle la marâtre Lady Tremaine. Pareillement à la Cendrillon en question, j’ai toujours voulu être aimée comme chaque être humain, si je ne m’abuse et ce, depuis belle lurette.

Ce n’est pas à cause de votre implication minime dans mon éducation Monsieur Disney que je rêvassais au fameux prince charmant. Ce n’est pas grâce à vous que j’ai frotté la lampe du génie en souhaitant être chérie à profusion, être valorisée, être glorifiée et surtout, être respectée. Alors j’évite de vous donner autant de crédit.

Comme Ève, la douce moitié d’Adam, plusieurs filles de nationalités, de coins de pays, de religions et d’éducation différentes poursuivent cette quête de trouver l’amour, le vrai, le bon, le doux et qu’il dure… le temps que ça dure. Pour un moment ou pour l’éternité.

Je n’y vois rien de mal bien au contraire si le respect de soi et de l’autre prédomine. J’entends déjà certains clamer qu’ils ont fait le choix de demeurer célibataires, qu’ils ont choisi de ne pas vivre en tandem, qu’ils ont fait le deuil de l’amour… Mais s’il se pointait le bout du nez à votre porte? Lui diriez- vous de prendre le large? Je ne connais personne qui hurle haut et fort :

-Je ne veux pas être aimé!

De mon côté, j’ai bifurqué. Pendant un moment, j’ai cessé de me choisir. J’ai aimé à n’importe quel prix. Plus jamais. Mais ça aussi, c’est une autre histoire. J’en ai écrit un livre que je vous laisse le soin de visiter si ce sujet vous interpelle.

Par contre, il y a quelques années, suite à ma reconstruction, j’ai fait le choix de me retrousser les manches, d’aimer à nouveau et de ne plus flotter dans mon malheur. J’ai pris la décision de cesser de donner à mon passé le pouvoir de me nuire, de mon contrôler à son tour, de me traîner dans la souffrance. J’ai choisi de faire confiance encore, munie de mon bagage que je porte plus légèrement aujourd’hui dans un baluchon d’expériences de vie.

On me dit que de moins en moins de couples se marient. J’ai posé la question à la progéniture de mon futur époux.

– Pourquoi est ce qu’on se marie Ilann?

Du haut de ses 4 ans il me répond d’une voix assurée et un tantinet désobligeant:

– Ben… pour la cérémonique Poufette!

(Poufette, c’est mon surnom de belle-maman, mais la suite de cette histoire, je vous la réserve pour un autre billet)

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Ah oui…. La « cérémonique » ou plus communément appelée la cérémonie. C’est vrai, elle sera belle, grandiose et laissera souvent les hôtes avec une dette désavantageuse pour le début d’une vie commune. Ou comme la mienne, elle sera plus simple, moins onéreuse, mais tout aussi magique sans le fardeau de factures s’empilant sur le comptoir de la cuisine.

Mis à part le gros party, la fiesta, pourquoi nous marions-nous ? Pourquoi ai-je moi, Ingrid, dis « oui » à la somptueuse demande de mon amoureux le 9 mai dernier ?

Parce que je veux m’engager. J’ai ce désir de ne pas jeter du revers de la main mon union avec mon chum au moindre obstacle. Parce qu’il est encore là malgré des temps tumultueux, parce que j’y suis encore après des moments où je n’arrivais plus à respirer tant j’avais mal.

Parce que je n’ai jamais envie qu’une autre bouche se pose sur la mienne. Et que lui non plus. Parce que je ne peux m’imaginer que ses doigts ne caressent plus mon front avant que je m’assoupisse dans mon lit… notre lit. Parce que ce n’est qu’avec lui que je dors paisiblement. Et qu’il ferait frette en maudit si son corps chaud n’avait plus sa place sous les draps à ma droite. Mon chum… c’est un four, et c’est pratique en hiver.

Parce qu’il répare tout dans la maison et joue de la guitare. Parce qu’il a appris à parler et à me partager ses sentiments sans avoir peur. Et que j’ai laissé tombé mes masques parce que je lui fais confiance.

Je veux le marier parce que je vais mieux depuis qu’il est dans ma vie. Parce qu’on se respecte. Parce que j’ai envie de prendre soin de lui quand il a de la broue dans le toupet et parce que j’aime ça quand il brille. Parce qu’il me soutient dans ma mission de vie et qu’il ne me dénigre jamais. Parce qu’il me fait briller à mon tour.

Parce que quand je tape sur mon clavier, assise dans un vêtement mou, les cheveux ébouriffés, il me trouve belle pour vrai. Parce que je prends le relais avec ses enfants pour le laisser dormir une demi-heure de plus et il marche sur la pointe des pieds pour que mon sommeil soit réparateur lorsqu’il se lève à l’aurore pour aller travailler.

Parce que je m’aime mieux depuis que je valse avec lui. Parce qu’il m’aime. Parce qu’il m’aime… oui.

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Quand j’ai essayé ma robe de mariée, j’ai pleuré. Les larmes ont creusé leur chemin jusque dans mon cou parce que je savais à quel point mon partenaire de vie me trouvera magnifique en juin prochain. Parce que JE me trouvais sublime comme jamais. Pour la première fois, aucune critique que j’aurais pu m’infliger à moi-même n’avait d’importance.
J’épouserai mon ami, mon amant, mon amoureux, mon homme et je n’ai pas peur. Dans quelques mois, je dirai oui. Je suis une Cendrillon des temps modernes et j’assume. Oui, Disney m’a un brin implanté un conte de fées et m’a soufflé l’image de l’amoureux cliché. Et je sautille aujourd’hui et je gambade, et ma robe sera grosse et blanche. Et… mon prince lui… y’a une barbe.

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