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Petite-Bourgogne : Mon école des Nations Unies

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Quand j’étais étudiant au primaire dans les années 80 à Joliette, un garçon se démarquait. Il n’était pas plus tannant que les autres enfants, n’avait pas un prénom original et n’avait pas trois yeux ou quatre nez.

Il habitait une maison semblable à la mienne et il lui arrivait de manger, comme nous tous, du pâté chinois et du spaghetti. Il se démarquait des autres, à l’école, par la couleur de sa peau : c’était le seul enfant à la peau noire parmi quelque 300 enfants et enseignants à la peau blanche. Je me suis toujours demandé comment il percevait cette différence. Elle ne semblait pas le contrarier, mais il lui arrivait de se faire poser quelques questions.

Au secondaire, l’homogénéité était encore présente, mis à part deux ou trois étudiants d’origine asiatique qui ont eu l’étrange idée de déménager dans la région de Lanaudière! Mes cheveux châtains et mes yeux bleus ne se démarquaient pas. Au contraire, je ressemblais à la majorité des adolescents avec une coupe champignon et quelques boutons sur le front!

Les enfants de mon école sont magnifiques. Les cheveux bouclés d’Arwa, les yeux en amande de Brian, les longs cils de Nur-Jahan et le teint basané d’Esnesto créent une mosaïque multiculturelle d’une immense beauté. Il est formidable de voir certaines jeunes filles vêtues d’une robe traditionnelle indienne et d’un foulard aux couleurs vives jouer à la corde à danser avec d’autres enfants qui ont un bagage totalement différent. La majorité des garçons jouent au soccer et les chicanes raciales sont inexistantes.

Il n’y a pas seulement des livres et des crayons dans les sacs d’école des élèves; on y retrouve leurs coutumes, leurs rituels, leurs croyances et leurs valeurs. Ils en sont fiers et adorent partager avec nous des délices culinaires de leurs pays d’origine.

Les élèves arrivent avec un bagage qui peut être lourd : certains ont vécu l’horreur, d’autres ont quitté des membres de leur famille alors que plusieurs sont nés ici, suite à l’immigration de leurs parents. Chaque élève a sa propre culture et apprend de celles des autres.

Ils sont en quête d’identité et, d’année en année, forment la leur, certainement influencée par leurs camarades de classe et leurs enseignants. Curieux, ils sont intéressés par notre propre culture, notre histoire, nos chansons et nos contes traditionnels. C’est mon travail de leur faire connaître ma culture, celle dans laquelle ils évolueront.

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Des prénoms comme Léa, Thomas, Kevin et Chloé apparaissent peu sur nos listes de classe. On y retrouve des Phetsari, Yamin, Mahfuza, Shayonton, Truong, Oubah et autres prénoms qui font rêver.

En évoluant dans un tel environnement multiethnique et en étant quotidiennement confrontés à diverses cultures, les élèves, tout comme les enseignants, ont une grande ouverture d’esprit.

Passer 6 ou 7 années dans une école primaire multiethnique fera d’eux, j’ose espérer, des élèves ouverts aux autres.

Tout n’est pas que positif. Le français n’est souvent pas parlé à la maison, ce qui rend la communication avec les parents difficile, tout comme l’aide aux devoirs et leur implication à la vie scolaire. C’est un immense défi pour tous ceux œuvrant dans ce type d’école : élèves, parents, enseignants et autres intervenants.

Ma vie quotidienne est colorée et je ne l’échangerais pour rien au monde!

Je comprends mieux ce que pouvait ressentir ce garçon qui fréquentait mon école primaire. J’espère qu’il ne se sentait pas trop seul et qu’il était à l’aise dans ce milieu, autant que je me sens bien dans le mien. Il a suscité des discussions et a certainement ouvert les yeux de plusieurs enfants. Je te salue et je tiens à te remercier d’avoir croisé mon chemin. Je réalise aujourd’hui à quel point tu m’as marqué.

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