Vivre

Petite inscription, grosse réflexion

Hier, j’ai inscrit ma grande, mon ainée à la maternelle. C’est avec un peu d’appréhension (une grosse boule dans la gorge en fait) que je suis entrée dans l’école de quartier, ce lieu qui deviendra un peu comme sa deuxième maison pour les six prochaines années et où elle vivra un tas de premières fois, sans moi cette fois.

Mes yeux de maman

J’appréhendais beaucoup entrer dans cette école parce que quand j’ai appris quel établissement scolaire fréquentaient les enfants de mon quartier, je n’étais pas du tout enchantée. C’est un bâtiment qui a de l’âge, situé dans un moins beau coin de la ville, à mille lieues des écoles dotées de grandes fenêtres et de tableaux électroniques qui se construisent actuellement dans la région.

Ma première idée fut de demander une dérogation à la commission scolaire pour qu’elle puisse étudier dans l’établissement de mon choix.

J’ai rapidement été confrontée à un dilemme. C’était en effet possible de faire une telle demande MAIS, si elle était acceptée, son inscription était conditionnelle chaque année à la place libre dans cette école. En d’autres mots, s’il n’y avait pas de place pour elle en troisième année parce que les enfants du quartier de l’école avaient rempli les classes, elle devrait aller à l’école de notre secteur et vivre un sérieux chamboulement. Elle devrait s’adapter à un nouveau milieu, se faire de nouveaux amis. Pourquoi? Parce que mes yeux d’adulte trouvaient que son école n’était pas jolie. Je me suis demandé aussi ce que je lui répondrais lorsqu’elle me demanderait pourquoi elle n’allait pas à la même école que les autres enfants de la rue. Allais-je lui dire que je trouvais que cette école n’était pas assez bien pour elle et lui dire, en quelque sorte, qu’elle était mieux que les autres? Bien sûr que non! S’il y a une chose que je déteste, c’est bien la comparaison.

Le grand jour

Je suis donc allée inscrire ma fille à l’école du quartier. À mon arrivée, surprise! La porte était barrée. C’était pourtant jour d’inscription… La secrétaire a déverrouillé la porte à l’aide d’un bouton et m’a expliqué que la porte était verrouillée en tout temps, une question de sécurité. Ma fille serait donc en sécurité à cet endroit. En attendant mon tour pour remettre le formulaire d’inscription dûment rempli, je me suis avancé un tout petit peu dans l’école pour essayer de voir l’état des lieux. Un gentil monsieur, le concierge de l’école, m’a demandé si c’était la première fois que je venais et il m’a offert une visite guidée. Il m’a montré une classe (c’était une journée pédagogique), le gymnase, la cafétéria et la bibliothèque. Il m’a même montré le menu de la cafétéria et m’a assuré que la nourriture y était délicieuse.

Le bâtiment date, c’est évident, mais tout y est chaleureux. La bibliothèque est petite, mais remplie de livres. Dans la section des classes de maternelle, tout est petit et coloré. Et il y a ce gentil monsieur au grand sourire qui a bien voulu prendre de son temps pour rassurer une maman. Je suis certaine qu’il doit faire la même chose avec les enfants en cas de besoin.

Les yeux d’un enfant

Je suis replongée dans mes souvenirs et j’ai réalisé que ce dont je me souviens des écoles primaires que j’ai fréquentées, c’est le parfum et la voix douce de madame Francine qui m’enseignait en première année, l’alphabet qui décorait ma classe de deuxième et les beaux collants que ma prof de troisième mettait sur ma dictée.

Puis j’ai pensé à Alex et son école des nations unies. Les enfants de différents milieux ont beaucoup à apprendre les uns des autres. Ma fille ne vaut pas plus qu’une autre parce qu’elle est née de l’autre côté de l’autoroute. Loin de moi l’idée de juger les autres enfants, c’est juste que…

C’est juste qu’en tant que parent, on voudrait décrocher la lune pour nos enfants. On voudrait leur offrir le meilleur, tout le temps, mais on a tendance à considérer le meilleur avec nos yeux de parents.

Les yeux de mes enfants voient une très grosse boîte de carton comme un jouet épatant. Ils voient un pique-nique dans la cour arrière comme une activité géniale.

Ma, fille quand je lui ai présenté sa future école, a dit: Regarde le parc maman comme il est beau et grand! Je n’avais même pas considéré cet aspect.

Cette simple petite inscription m’aura finalement permis de faire une grande réflexion. Je tâche maintenant de considérer les choses, et la vie en général je dirais, avec des yeux d’enfants. C’est fou la pression que ça m’enlève! En éliminant l’artifice et le facultatif, on se concentre sur l’essentiel et les besoins réels. Ça facilite les décisions, la gestion du quotidien et ça supprime une bonne dose de stress.

Essayez, vous verrez!

Vous aimerez également