Vivre

Quinze ans sans toi

Quinze ans sans toi. Quinze Noëls. Quinze anniversaires. Quinze Pâques. Quinze fêtes des Mères où je ne sais pas trop quoi faire ce dimanche-là quand les gens vont bruncher en famille.

Je me suis souvent dit que ce n’était pas juste. Je me raisonnais en me disant que certaines personnes n’ont jamais connu leur mère. D’autres ont eu des relations houleuses avec elle. Moi, j’ai eu la chance de t’avoir pendant les vingt premières années de ma vie. Et tu as toujours été là. Même quand mon attitude d’ado-fru-de-la-vie te repoussait, tu ne me lâchais pas. Tu ne m’as jamais laissée tomber. Toi, tu étais la meilleure, ma meilleure, mon amie, ma mom. Et la vie t’a reprise quand je sortais à peine de l’adolescence.

Le jour de ta mort, j’ai eu l’impression qu’un abysse s’est ouvert sous mes pieds et à l’intérieur de moi. J’avais le vertige. Un vertige interne. J’avais l’impression de tomber dans le vide tout en ayant encore les deux pieds sur terre. Pendant longtemps, j’ai été en colère contre toi, contre la vie, contre ceux qui n’aiment pas leur maman.

Avec le temps, j’ai réussi à retrouver mon équilibre. Un équilibre qui s’est avéré plus fragile par moments, comme le jour de mon mariage, celui où j’ai acheté ma première maison, à la naissance de chacun de mes enfants. J’aurais donné le monde pour que tu sois présente. On me répétait souvent «mais elle est là, avec toi, quand même». Et je retenais mes larmes en me disant que je ne voulais pas d’un fantôme près de moi, mais les vrais bras de ma maman.  J’étais bien consciente que mes réactions étaient puériles, mais peu importe notre âge, on est toujours l’enfant de quelqu’un et on a toujours besoin de notre maman.

On dit que les plus grands deuils dans une vie sont ceux de nos enfants et celui de notre mère. Je ne pense pas m’en remettre jamais complètement. Il y aura toujours cette section vide dans mon cœur.

Certains jours, je me console en apercevant tes expressions sur le visage de mes enfants ou en me surprenant à dire une phrase que tu me répétais souvent avec la même intonation. Un sentiment doux-amer. Surtout depuis que Fiston et Cocotte me célèbrent à la fête des Mères. Je te comprends tellement mieux maintenant! Et j’aimerais que tu sois là pour te dire «tu avais raison, maman».

J’aimerais que tu sois là pour te voir gaga devant tes petits-enfants. Tu m’aurais fait honte par moment. On se serait tapées sur les nerfs. J’aurais soupiré d’exaspération et roulé des yeux à l’infini en me disant «qu’est-ce qu’elle est fatigante, ma mère!». Mais quand je me vois avec mes enfants, je me dis que ce n’était pas que toi, c’est ça être une maman. On ne lâche pas nos enfants, on les pousse, on les aide, on les soutient. Trop souvent, ils pensent en savoir plus que nous et on les regarde avec amour et on leur dit la pire phrase à entendre pour un enfant: «tu vas voir, un jour tu vas comprendre». Alors aujourd’hui, mom, je pile sur mon orgueil d’enfant et je t’avoue très humblement que j’ai compris et tu as eu raison.

Je t’aime.

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